‹ Anthologie féminineChapitre 15 sur 17 · L'AIMABLE VIEILLE

L'AIMABLE VIEILLE

_A ma chère et vénérée Belle-Mère_

Son front a quelques plis, mais elle est fraîche et rose, Jamais on ne lui voit un visage morose, Ses cheveux ont blanchi sous la neige des ans, Ses yeux n'ont plus l'éclat, la beauté du printemps, Mais sa bouche a gardé son aimable sourire. Spirituelle et gaie, elle aime encore à dire Refrain du bon vieux temps, mot pétillant d'esprit, Joyeux conte où jamais sa verve ne tarit. Sa conscience est pure et sa verve sereine; Pourtant elle a connu l'amertume et la peine: Elle a souvent pleuré, prié, lutté, souffert, Mais elle a résisté. C'est l'arbre toujours vert Qui brave les autans et rit de la tempête. On aime à contempler sa vénérable tête; Il semble qu'elle porte une auréole au front, Diadème d'honneur que ses vertus lui font. En la voyant ainsi souriante et vermeille, On se sent pénétré près de l'aimable vieille D'un sentiment mêlé d'amour et de respect, Tout souci, tout chagrin s'enfuit à son aspect. D'un cortège animé d'enfants qui la chérissent, Les doux épanchements sans cesse rajeunissent La sève de son cœur et le font reverdir. Vous qui lui ressemblez, n'ayez peur de vieillir, Car pour récompenser la femme vertueuse, Le Seigneur lui réserve une vieillesse heureuse, Et si votre printemps peut être regretté, Femmes, consolez-vous, chaque âge a sa beauté.

Mme EUGÉNIE VICQ

Habitant la province, spirituelle et intelligente; elle a surtout écrit pour elle et les siens.

FERME TES JOLIS YEUX

(_Extrait des_ Loisirs d'une grand'mère)

Ferme tes jolis yeux! depuis plus de deux heures Enfant sur mes genoux tu t'agites, tu pleures, Pourquoi donc tant gémir? Il fait nuit, et tu sais..... tu promis d'être sage, Grand'mère ne veut pas exiger davantage, Il est temps de dormir.

Ferme tes jolis yeux! sais-tu que la fauvette A depuis bien longtemps, par une chansonnette, Rappelé ses petits; Et que, la nuit, la fleur resserre sa corolle, Que toujours le sommeil de la douleur console Les doux anges bénis?

Ferme tes jolis yeux que ma bouche caresse! Le feu s'éteint dans l'âtre, au dehors tout bruit cesse, J'ai terminé mes chants, C'est l'instant du repos, puisque le jour s'achève; Tout est calme, tout dort, on ne vit plus qu'en rêve; Chaque chose a son temps.

Sais-tu que seulement se lèvent les étoiles Quand les jolis yeux bleus se couvrent de leurs voiles, Et que toute la nuit Sous un nuage noir elles restent cachées Lorsque pleure un enfant, tant elles sont fâchées Qu'il ne soit pas au lit?

Ferme tes jolis yeux; les petites amies, Dans leurs gentils berceaux, sont toutes endormies. Sous de frais rideaux bleus Dors!... tu seras demain joyeux et plus facile, L'ange sera content en te voyant docile, Ferme tes jolis yeux.

FEMMES POLITIQUES ET JOURNALISTES

Mme ADAM

Juliette Lamber est née à Verberie, près Senlis; son père était médecin. Elle épousa M. Émile Adam. C'est une des figures de femmes du XIXe siècle appelée à vivre dans la postérité, à cause du rôle politique qu'elle a su prendre et qui l'a sortie d'entre les nombreuses femmes de lettres de notre époque. Elle est presque unique en France en son genre. C'est ce que nous appelons une tête de ligne. Depuis 1870, et avec Gambetta pour commensal, dont son mari défunt était l'ami intime, elle a tenu un salon politique encore plus ou tout autant que littéraire et artistique. Elle a fondé une revue, tâche rarement entreprise par une femme. Dans cette revue, elle s'est surtout réservé la partie de la politique extérieure, et les _Lettres_ qu'elle y publie périodiquement ne sont pas sans être lues avec considération dans les pays étrangers.

Mme Adam se délasse de temps en temps de la politique par des œuvres de sentiment et d'imagination.

Elle débuta en 1858 par:

_Idées anti-proudhoniennes sur l'amour et la femme._

_La Papauté dans la question italienne._

_Garibaldi, sa vie, d'après des documents inédits._

_Blanche de Civry._

_Le Mandarin_, 1860; _Mon village; Récits d'une Paysanne_, 1862; _Voyage autour du Grand Prix_, 1863; _Dans les Alpes_, 1867; _L'Education de Laure_, 1868; _Saine et sauve_, 1870; _Récits du golfe de Juan_, 1873; _Journal d'une Parisienne pendant le Siège de Paris_; _Jean et Pascal_, 1876; _Laide_, 1878; _Grecque_, 1879; _Galathée_, 1880; _Poètes grecs contemporains_, 1882; _Chanson des nouveaux époux_, 1882; _Païenne_, 1883; _Patrie hongroise_, 1884; _Récits d'une paysanne_, 1884; _Coupable comédie_, 1885; _Pensées spirites_, 1888; _Lettre d'un Paysan hongrois_.

PAIENNE (_extrait de_)

Je regardais sur la route de Catane la silhouette boisée des Alpines, me demandant si l'artiste créateur, vieilli, avait tremblé en faisant ce dessin, ou si le temps, de ses dents ébréchées, avait rongé les lignes pures.

Sombre, avec ses bases puissantes, la montagne noire s'élevait dans le ciel à mesure que le soleil descendait.

Mes yeux fixent l'astre à son déclin, et je le vois répandre sa lumière, soit en flèches, soit en globules. Les flèches dansent, retenues autour de la face brillante, mais les globules semblent tomber de ses lèvres.

Signes divins, ces globules forment des caractères enchevêtrés, qu'Apollon n'a point encore appris à lire aux hommes nouveaux, et que, seule peut-être depuis les âges sacrés de la Grèce antique, je commence à déchiffrer.

La nappe d'azur du ciel s'émiette, poudroie, les cyprès s'entourent d'une buée d'ombre et se gonflent. Le Luberon blanchit, les Alpines se teintent lentement de violet.

Peu à peu, le soleil ramasse ses clartés et sa chaleur, puis, brusquement, il les rejette par delà l'horizon; des feux s'allument au-dessous de l'astre et renvoient d'en bas leurs flammes au ciel.

Le dôme de la grande allée de platanes est rutilant, sous la pourpre, le faîte des peupliers se dore; des nuages se forment; ils boivent une dernière fois à la coupe de lumière, ils sont lie de vin.

Le soir tombe. Les oliviers s'argentent. Les nuages se dissipent en flocons d'un gris tourterelle, des crinières dorées apparaissent une dernière fois au sommet des Alpines.

Bientôt la nuit froide pleure, le jour brûlant a disparu.

_Lettre sur la politique extérieure_

(Parue en août 1891, au moment où l'alliance franco-russe faisait le sujet des polémiques):

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . L'hypocrisie, les fausses assurances, les menaces, le reptilisme, les intrigues ont fait leur temps; la déification de l'Allemagne s'en ira où vont les feuilles d'antan, où iront bientôt la «barbarie» de la Russie, «l'anarchie» de la France, et où sont allées déjà la haine du Tsar pour la République et sa répulsion pour notre hymne national. La vérité, qui plane comme une auréole autour de la figure d'Alexandre III, et qui est l'un des attributs du caractère français, apparaît enfin et se dégage de la fumée des saluts de nos canons à Cronstadt.

L'empereur de Russie, dans cette magnificence d'âme qui complète idéalement certains de ses actes, a voulu que l'un de ceux qui ont donné leur vie pour l'union franco-russe soit évoqué aux jours du succès de son œuvre, et il a autorisé les amis de Katkoff à lui élever un monument.

Je voudrais citer tout entières les lettres que j'ai reçues de Russie, surtout de Pétersbourg et de Moscou, durant ces derniers jours bénis entre tous. Moi aussi j'ai la récompense d'une lutte de vingt ans sans défaillance. Mes lecteurs fidèles savent mieux que personne que, depuis douze ans, la _Nouvelle Revue_ n'a cessé de les diriger dans les voies du relèvement où la France marche à cette heure. Le Congrès de Berlin m'a brouillé avec mes amis politiques les plus puissants et les plus populaires. J'ai sacrifié à mes prévoyances nationales le désir légitime que j'avais d'exercer une influence dans un milieu gouvernemental au succès duquel je n'avais cessé de contribuer; mais, par les mêmes raisons patriotiques qu'après 1877, je me suis écartée d'amitiés à la fois chères et illustres, de même aujourd'hui aucune divergence de détail, aucune antipathie de personne ne peut attiédir la gratitude que j'éprouve pour le ministère qui a donné à l'amiral Gervais la mission française qu'il vient de remplir.

J'envoie du fond de mon âme à M. le Président de la République,--pourquoi n'ajouterai-je pas, moi femme, à Mme Carnot,--dont le patriotisme n'a jamais cessé d'être en éveil, et j'en pourrais donner des preuves, j'envoie au groupe choisi des membres de notre armée et de notre marine qui entourent le chef de l'État à l'Élysée et y ont entretenu les sympathies franco-russes, le tribut d'une reconnaissance qui ne peut être dédaignée, car elle est celle de la première des russophiles qui, le jour de la capitulation de Paris, après avoir appris que la grande-duchesse héritière de Russie, aujourd'hui l'impératrice, avait refusé de boire à la victoire de Sedan, écrivait dans des notes journalières publiées sous le titre de _Journal d'une Parisienne, siège de Paris_: «Tournons-nous vers la Russie, c'est d'elle que nous viendra le relèvement.»

Et il est venu par la Russie, ce relèvement, après vingt années, durant lesquelles ni chagrins, ni déboires, ni calomnies, ni sacrifices, ni incompréhension de mes actes, ni soupçons, ni ridicules, ne m'ont été épargnés. Je me rappelle à cette heure, entre tant d'autres, l'un des mots les plus cruels et les plus récents qui me fut dit à l'Hippodrome, le jour de la première représentation de _Skobeleff_, par un grand journaliste d'un grand journal parisien, et qui donne bien l'idée du ton qu'on n'avait cessé de prendre avec moi: «Avant deux ans, me fut-il dit, vous serez traînée sur une claie sur les boulevards de Paris, car c'est vous qui avez le plus contribué à donner à la France le goût du cosaque.» Gambetta ne m'avait-il pas écrit, en 1876, un an avant le congrès de Berlin: «Il faut être effronté pour rêver l'alliance russe.» L'injure, on le voit, allait _crescendo_, comme allait, il est vrai, le progrès de l'idée russe en France. Et, puisque j'ai répété deux mots parmi les injures reçues, je me ravise et veux citer le passage d'une lettre de l'un de ceux qui ont prêché, en Russie, la bonne parole que de mon côté je prêchais en France... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Mme MICHELET

Femme du célèbre historien Michelet, elle s'est bornée à écrire les _Mémoires d'une enfant_, et à inspirer, copier, servir de secrétaire à son mari; d'aucuns disent à l'aider considérablement de son talent personnel, aussi grand que celui devant lequel elle s'effaçait.

Mme EDGAR QUINET

Née en Roumanie, mais Française de cœur et d'esprit, elle a consacré sa vie et son talent à son mari, M. Edgar Quinet. Elle a publié: _Mémoires d'exil_, 1866, _le Siège de 1870_, _les Sentiers de France_, où il y a les plus délicieuses et poétiques descriptions.

RÊVERIES DANS LES SENTIERS

Que rapporte le voyageur des rivages bretons? Une pierre de tumulus, un herbier, des algues, des coquillages; est-ce tout? Il a recueilli une fleur immortelle, un sentiment que la mousse des temps ni l'écume des mers ne terniront jamais. Il a retrempé son amour de la France dans le spectacle de sa beauté et de ses misères. Plus cette terre lui a semblé appauvrie, plus il voudrait la voir refleurir. Il a admiré ses magnificences, sa fertilité, il y cherche la place d'un peuple heureux.

Et celui qui ne sait qu'aimer la France, comment pourra-t-il la servir? En la faisant aimer aux autres; en ranimant l'amour du vrai.

Mme RATAZZI

De tous les noms que la destinée avait réservés pour la princesse Marie-Lætitia Bonaparte-Wyse, c'est sous celui de Ratazzi qu'elle s'est acquis le plus de notoriété et que nous croyons devoir l'inscrire ici. Sa mère, fille de Lucien Bonaparte, avait épousé sir Thomas Wyse, membre du Parlement et diplomate du gouvernement britannique. Marie-Lætitia épousa d'abord le comte de Solms, dont elle eut un fils. Devenue veuve, elle se remaria à Urbain Rattazzi, premier ministre de Victor-Emmanuel; après la mort de ce second mari, elle épousa en troisièmes noces don Luis de Rute, riche Espagnol, tué en duel en 1890. Les vicissitudes de la fortune l'accompagnèrent dans ses divers mariages. Jolie, spirituelle, artiste, elle n'eut jamais un de ces salons fermés dont il est difficile d'enfoncer la porte. Sa trop grande hospitalité l'a trahie.

Elle a fait paraître les œuvres de son second mari, M. Ratazzi, et a beaucoup écrit elle-même de romans, de poésies, de pièces de théâtre, sous le nom de Ratazzi et de Rute; c'est sous ce dernier nom qu'elle a fondé une revue, _les Matinées espagnoles_, à laquelle nous empruntons une page où elle se défend des calomnies qui venaient de l'assaillir:

LETTRE A TONY REVILLON[66]

Londres.

_..... Lorsqu'il y a six mois un orage formidable gronda sur ma tête, déchaîné par les causes les plus banales, les plus vulgaires, les plus infimes, dont ceux qui l'alimentaient inconsciemment ne comprirent jamais le pourquoi, pas plus que moi-même, au surplus, deux pays gardèrent un silence aussi obstiné que chevaleresque sur toutes les phases de ce chantage pyramidal dégénéré en tragédie burlesque,--ne se mêlèrent pas de cette malpropre aventure, fût-ce pour en enregistrer les péripéties, les comptes rendus exacts ou défigurés: l'Angleterre et l'Italie. L'Angleterre ne s'occupe jamais des procès de sous-ordres, des témoignages ou des histoires de domestiques, ainsi que le disait dernièrement un de ses plus spirituels chroniqueurs. Ses journaux, même les plus satiriques, n'ont pas la moindre place pour une certaine littérature de bas étage. Quant à l'Italie, qui s'obstina à ne pas reproduire même les comptes rendus des débats auxquels on m'avait si abominablement mêlée, comme si tous ces bavardages et querelles d'antichambre me regardaient,--elle se souvenait peut-être,--et l'éloignement, de même que la mort, rend impartial,--de cette femme de président de conseil, qui promena douze ans ses rêves et ses fantaisies dans les villes poétiques qui, tour à tour, l'inspirèrent, ne fut jamais mêlée à aucune intrigue, ne recommanda, ne patronna jamais aucune affaire, ne sollicita aucun emploi, ne posséda jamais aucune action dans aucune banque, aucun chemin de fer, aucune industrie, vit ses revenus s'amoindrir sensiblement au lieu de s'accroître, dans les jours de pouvoir des siens. Au bout d'un certain temps, la lumière se fait, la justice apparaît; elle fait plus qu'apparaître, elle éclate; après une si longue absence, un si profond effondrement d'une existence entière, les peuples et les gens vous rendent tout naturellement la place qui vous appartient, et ce n'est que justice; de même que si l'on était mort, l'opinion publique vous juge en dernier ressort. Et c'est cette opinion publique, de laquelle nous relevons tous, à laquelle je me soumets, car je sais qu'au fond elle est toujours impartiale et vraie, que je sais posséder absolument, malgré les clameurs de quelques misérables, qui fait ma force, mon courage, ma consolation dans les luttes âpres de la vie. Et c'est surtout en Angleterre et en Italie que j'éprouve ce sentiment. Lorsque_ j'existais, _lorsque j'étais en pleine fortune, en plein prestige, on pouvait me discuter, faire semblant de me méconnaître, m'adresser quelques épigrammes, et je ne m'en fâchais pas, mais aujourd'hui que le temps a tout remis à sa place, tout nivelé, que je suis morte, pour ainsi dire, que je suis devenue étrangère à ce grand pays qui enthousiasma mes vingt ans, la justice s'est faite pour moi. D'autres femmes d'hommes d'État, de présidents de conseils, m'ont éclipsée sans doute, comme charme, comme naissance, comme richesse ou comme beauté, mais aucune,--et j'en suis fière,--ne m'a fait oublier. Il y en a eu de plus séduisantes, et de plus intelligentes peut-être, de plus aimables et de plus populaires, à coup sûr, mais aucune, j'ose le dire, qui ait aimé davantage le pays devenu le sien, et qui se soit moins mêlée d'intrigues d'aucun genre..._

[66] _Matinées espagnoles_, 1er août 1892.

SÉVERINE

Journaliste dans l'âme, elle excelle à faire des articles émouvants en faveur des classes pauvres. Après avoir dirigé le _Mot d'Ordre_ avec Jules Vallès, elle s'est mariée et écrit maintenant dans le _Figaro_, dans le _Gil Blas_, dans _le Journal_, _l'Echo de Paris_, etc. A été interviewer le Pape, et vient de refuser de poser sa candidature au Parlement, dans l'exquise lettre suivante, le groupe «la Solidarité des femmes» ayant proposé à Mme Séverine d'être candidate:

_A Madame Potonié-Pierre, secrétaire du groupe la «Solidarité des femmes»._

Paris, le 9 Janvier 1893.

Madame et citoyenne,

Mille grâces de l'offre, mais il y a méprise, mon refus de 1885 vous en était garant.

Sur le terrain économique--c'est-à-dire la défense des intérêts et des droits féminins, en ce qu'ils ont de sérieux et de sacré--je suis votre homme! Sur le terrain politique, je persiste à méconnaître les délices du suffrage universel, quelque sexe qui y doive participer--ce n'est point quand la pomme est pourrie qu'il faut y mordre!

Donc, trop «arriérée» comme femme, fière du rôle abnégatif et maternel que la nature m'a dévolu, aucunement tentée de déchoir aux masculines ambitions; donc, trop «avancée» comme bas-bleu, plutôt gouailleuse quant à l'efficacité du vote, je ne me sens mûre que pour l'abstention.

Recevez, madame et citoyenne, mon fraternel salut.

SÉVERINE.

Mme _Potonié-Pierre_ est aussi une femme écrivain, défendant les droits des femmes, ainsi que Mme Maria Deraisme et toute une catégorie de femmes politiques que la place nous manque pour étudier ici.

Dans le même ordre d'idées de _Séverine_ il faut nommer _Louise Michel_, qui a écrit plusieurs volumes.

VOYAGES ET SCIENCES

Elles ne sont pas nombreuses les voyageuses intrépides qui, au retour de longues et pénibles excursions entreprises non dans un but de gain, mais dans un but scientifique, publient leurs livres de route!

Mme Le Ray, belle-mère de la duchesse d'Abrantès, arrive de l'Asie Mineure et de la Perse, et habite la solitaire ville du roi-soleil quand elle se repose; nous la nommons la première à cause de son grand âge.

Mais Mme Dieulafoy est plus populaire par la relation de ses voyages publiés dans le _Tour du Monde_, et par le musée fondé avec les antiquités du plus haut intérêt qu'elle a rapportées.

Elle a fait acte d'homme et a reçu la récompense masculine, la croix de la Légion d'honneur, qu'elle porte à la boutonnière du veston masculin que sa taille svelte lui permet d'adopter.

Mme LA DUCHESSE DE FITZ-JAMES

A écrit dans la _Revue des Deux-Mondes_ et dans _le Correspondant_ des articles signés Lœvenjelm, duchesse de Fitz-James, sur la manière de substituer des plantations américaines aux vignes françaises détruites par le phylloxera, articles remarquables par leur côté scientifique autant que par leur langue. Une grande dame agronome et écrivain, voilà qui n'est pas banal, et dont nous trouvons peu d'exemples.

Comme écrivain philanthropique n'oublions pas _M_lle _Pauline de Grandpré_, qui a fondé l'œuvre des Libérées de Saint-Lazare, et a écrit les _Légendes de Notre-Dame_; dans les revues économistes, il faut citer les articles de Mlle Raffalowitch.

CHRONIQUEUSES

ÉTINCELLE

Fille de M. Biard, peintre de talent, qui est allé au cap Nord avec Louis-Philippe, et avait épousé Léonie d'Aunet, originaire du Canada, laquelle a écrit, entre autres, le _Voyage d'une femme au Spitzberg_, Marie Biard, mariée au vicomte de Peyronny, remariée au baron Double de Saint-Lambert, fils et héritier du célèbre collectionneur, a débuté par des chroniques dans les journaux hebdomadaires, et un roman signé du pseudonyme de Georges de Létorière (1875). Les articles: _Carnets mondains_, dans _le Figaro_, signés Étincelle, dès 1880, lui ont valu la célébrité. Étincelle restera le type de la chroniqueuse fin de siècle, laissant loin derrière elle le vicomte de Launay (Mme de Girardin). On lui doit ces expressions mignardes et fouillées, comme les gracieux saxes Louis XVI, dont son mariage avec le baron Double devait la faire propriétaire; jamais style mieux assorti. Elle a su faire de l'art dans le chiffonnage, et a célébré avec une flexibilité et une abondance de termes délicats les grâces et les talents de toutes les princesses royales de l'Europe et des plus hautes dames, qui ne lui ont pas ménagé les témoignages de reconnaissance. Elle a signé de son nom, baronne Double, une préface très littéraire à une édition Jouaust des _Mémoires de Mme de Staal-Delaunay_ (1890), et a publié (1892) un émouvant roman de passion, _Josette_, dans la _Revue des Deux-Mondes_, qu'il ne faut pas confondre avec l'idylle du même nom d'André Theuriet. Dans _la Semaine des enfants_ a paru un conte de fées illustré qu'elle a écrit à l'âge de douze ans. Elle est la tête de ligne d'une phalange de «chroniqueuses fin de siècle» dont nous nous dispenserons de parler plus amplement: _Violette_, _Camée_, _Camélia_, _Crayon d'or_, etc., qui ont surgi sur ses traces.

Nous croyons ne pouvoir citer d'elle rien de plus intéressant qu'une interview avec Rosa Bonheur, faisant connaître ainsi par une femme une autre femme qui, pour ne pas être écrivain, n'en est pas moins illustre.

VISITE A ROSA BONHEUR[67]

La royauté de Fontainebleau se compose d'un palais et d'une forêt. La gloire du palais est éclipsée. Celle de la forêt durera autant que l'humanité.

[67] Fragment d'un article sur Fontainebleau. (_Figaro_, août 1892.)

Il tombe des arbres une douceur charmeuse. On y aperçoit des sous-bois pleins de clairs-obscurs, où la lumière ambrée transperce l'épaisseur des feuillages, où des ombres de branchages enlacés semblent d'épais rideaux à demi soulevés sur des perspectives ensoleillées.

Les mousses, pleines de baumes et de menthes, dégagent une senteur pénétrante. En se hasardant sur le sable fin des petits sentiers qui courent clairs sous l'ombre des hêtres, on trouve des coins ignorés, embaumés, étranges, où le silence recueilli, le calme invraisemblable, donne une impression de lointain, si lointain...

Presque un rêve, ces visions de forêt aux retraites cachées, ignorées de la foule. Que de songes se réveillent là, comme des oiseaux! Toujours l'enchanteresse couronnée d'émeraude révèle ses secrets à ses fervents, secrets de mélancolie et d'oubli apaisant. S'asseoir là et sentir couler la vie, peut-être cela suffit-il. Ces arbres superbes, on les a crus longtemps courtisans: ils restaient si bien rangés en deux files sur le passage des rois et des empereurs. Ils ne sont que philosophes. A présent, il n'y a plus d'empereurs, plus de rois, et les arbres regardent passer les inconnus comme ils regardaient les illustres. Ils sont si hauts, qu'ils n'ont pas compris les gloires et qu'ils ignorent les petitesses.

La saison en ce moment n'est pas animée. Chaque villa reste close, et ses habitants immobiles attendent que le vieux Phœbus ait cessé d'avoir des ardeurs exagérées pour un astre de son âge. Phœbus devient _schoking_.

En septembre, la gaieté et les joyeuses chevauchées renaîtront dans les allées désertes. Sous ses pampres verdoyants le raisin de Thomery se dore de jour en jour. Bientôt sonnera l'heure du pillage charmant, où les enfants disputent aux oiseaux les grappes mûres.

Près de Thomery, à la lisière de la forêt, dans un chemin sylvestre et champêtre à la fois, s'élève un château très simple, flanqué d'une vaste tour dans le style Louis XIII, mais moderne. Là, vraiment, pour ceux qui pensent et qui estiment les choses et les personnes à leur juste valeur, se trouve concentré, en un seul être, tout l'intérêt vivant de Fontainebleau.

C'est le logis fermé et très fermé de Rosa Bonheur.

Cette gloire n'a pas cessé de rayonner dans le ciel de l'art depuis quarante ans. Il faut lui demander audience, comme à une souveraine. C'est bien juste, la grande artiste ne veut pas être en butte aux curiosités banales.

Dès qu'on l'aperçoit, venant au-devant de ceux qu'elle admet, on voit qu'elle veut se faire pardonner la règle d'étiquette qu'ils ont dû subir.

On le sait, le premier peintre animalier d'Europe est une petite femme qui s'habille en homme: un pantalon gris, une blouse bleue de paysan vendéen, brodée en blanc sur les épaules, un col de chemise éclatant de blancheur et une cravate nouée simplement, tel est le costume. Le visage, encadré dans d'épais cheveux argentés et ondulés naturellement, a conservé une irrésistible séduction. Ce n'est pas un homme, ce n'est pas une femme qui vous regarde de ses beaux yeux noirs pleins de feu, qui sourit de cette bouche fine, c'est une âme. C'est l'âme bonne et sublime d'un être de génie.

La grande cour Louis XIII est occupée par son atelier. Très beau cet atelier, avec son grand tapis des Indes à fond turquoise, ses meubles simples, de belle couleur chaude. Au fond, une immense toile inachevée tient un des côtés de la pièce. Elle représente des chevaux battant le blé, dans un paysage de côte d'azur, éblouissant de soleil. L'ardente vie des chevaux ne saurait s'exprimer. C'est superbe. La toile, achetée 300,000 francs pour l'Amérique, reste là, attendant le caprice de son auteur.

De nouvelles œuvres, celles-là terminées, se groupent dans l'atelier. J'ai remarqué une toute petite toile qui renferme dans un étroit espace une vision inoubliable: un berger des Pyrénées en costume pittoresque conduit un troupeau de moutons; le ciel est d'un bleu vibrant; on sent qu'il tombe des rayons brûlants sur l'homme et les animaux, et ce berger vous réchaufferait... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Mme CARETTE, NÉE BOUVET

Lectrice de l'impératrice Eugénie, Mme Carette sera la Mme de Staal-Delaunay du second empire, qui ne me paraît pas avoir de Saint-Simon. Elle a débuté par un roman, _Passion_, et publie une collection des _Mémoires_ des femmes des XVIIIe et XIXe siècles; mais son grand succès est dans ses _Souvenirs des Tuileries_. Dans le siècle prochain, on s'intéressera beaucoup à lire, par exemple, son récit d'une certaine revue jouée à Compiègne en 1865, _les Commentaires de César_, où la princesse de Metternich jouait en travesti le rôle de cocher de fiacre. La marquise de Galliffet représentait l'Industrie, drapée de laine blanche, coiffée de rayons d'or, comme la statue qui domine le dôme du Palais des Champs-Élysées. La comtesse de Pourtalès était en _Hôtel des Ventes_.

_Trouville_ (Mme Bartholoni), _Deauville_ (la baronne Poilly), se disputaient la suprématie, et le marquis de Caux, en cocodès au naturel, cherchait à mettre d'accord les deux villes d'eaux rivales; à distance d'années tout cela paraît bien plus piquant que sur le moment.

Les cochers de fiacre venaient de se mettre en grève (alors, comme maintenant).

Au bruit d'un cliquetis de fouets dans la coulisse apparaissait un cocher de fiacre, fouet à la main, bien étoffé dans son long carrick blanc, finement chaussé de bottes à revers, le cou serré dans la haute cravate blanche, et le chapeau à cocarde posé sur le bord des yeux, un cocher tel que la grâce mignarde du XVIIIe siècle l'aurait reproduit en pâte tendre, plein de malice et d'élégance sous la livrée populaire d'un cocher de l'Urbaine, la princesse de Metternich faisait une entrée étourdissante, et d'une petite voix aigrelette détaillait ses couplets, avec plus de verve et d'esprit qu'on n'en a jamais entendu sur aucun théâtre:

_D'un bout à l'autre de Paris, En voiturant jusqu'à leur porte Un tas de gens de toutes sortes, J'observe et j'ai beaucoup appris! Primo, je vais prendre à la gare Les voyageurs et leur colis; Les premiers dans cette bagarre Ne sont pas toujours très polis. Quand tout commence à s'animer, J'ai déjà fait plus d'une course; A midi je jette à la Bourse Les pigeons qui s'y font plumer. . . . . . . . . . . . . Le soir, c'est quelque bon ménage Qu'on mène au bal, et, quelquefois, Pour ne pas déranger la cage[68], Le serin monte auprès de moi! . . . . . . . . . . . . Le samedi survient et, crac, Pour la noce il faut que j'attelle; Et nous allons en ribambelle Faire trois fois le tour du lac. . . . . . . . . . . . . Mais avec moi rien n'est perdu, Et chaque objet que l'on égare, Pourvu du moins qu'on le déclare, Sera fidèlement rendu. Sans que l'ambition m'assiège, Haut placé je suis fort content; Combien d'autres qui, sur le siège, En devraient savoir faire autant._

[68] A cette époque, les femmes portaient des crinolines appelées cage.

Restons-en sur cette réflexion à méditer!

MARQUISE DE SEMÉAC

Sous ce pseudonyme, la comtesse de Castelbajac, veuve en premières noces du comte Duchâtel, a écrit les _Mémoires d'une Parisienne du XIXe siècle_.

Sa fille, la vicomtesse de C. V. promet un écrivain pour le XXe siècle, sous le pseudonyme R. de l'Indre.

GYP

La comtesse de Martel, née de Mirabeau, a obtenu la palme dans une littérature légère que le fond satirique et un style élégant font seuls tolérer. Ses personnages sont devenus classiques: tel son petit _Bob_, petit garçon que promène un vénérable ecclésiastique, son précepteur, au concours hippique et autres lieux mondains, en lui posant les questions les plus embarrassantes. _Autour du mariage_ et _Bob_ sont ses plus grands succès. Elle réussit moins bien dans son feuilleton du _Raté_. Elle reste maîtresse en son genre et n'a pas fait école; jusqu'à présent celles qui ont voulu l'imiter ont eu la plume trop lourde et sont descendues dans le ruisseau. Gyp reste au salon.

Ses ouvrages tiennent plutôt de la chronique que du roman.

ARVÈDE BARINE

Critique littéraire de grand mérite. Écrit dans la _Revue des Deux-Mondes_. A obtenu le prix d'éloquence à l'Académie.

LIVRES DE PENSÉES

CARMEN SYLVA

(PSEUDONYME DE LA REINE DE ROUMANIE)

«J'aurais du plaisir à ce qu'on chantât mes compositions sans que l'on sût de qui elles sont.»

C'est bien là le cri d'une jeune reine qui est poète et écrivain, et qui connaît le prix de la sincérité!

Quoique Carmen Sylva soit étrangère, elle a été couronnée par l'Académie française; nous lui donnons place avec plaisir; elle a publié jusqu'ici un volume de pensées très remarquable; un livre de contes roumains et plusieurs romans, tous empreints d'une mélancolie qui ne la quitte pas depuis la mort de sa fille, son unique enfant.

«Je prie Dieu de pouvoir mourir pleurée, après une vie de travail, si je ne devais avoir ni enfants, ni petits-enfants.»

Tel était le souhait qu'elle formait avant que son mariage l'eût placée sur un trône, et alors qu'elle vivait simplement dans le château de ses pères, à Neuwied, où nous l'avons connue, joyeuse fillette, où elle est retournée aujourd'hui, malade et exilée.

Elle écrit encore à la date du 2 janvier 1869:

«Rien qu'une action de grâces pour l'année chaude, ensoleillée qui vient de passer. Pas de vœu pour l'année commencée, sinon que le travail de mes mains soit béni.»

PENSÉES

--Le moins que l'on fasse, il faut le faire tout à fait, si l'on veut que cela réussisse; le moins que l'on soit, il le faut être tout entier, si l'on veut être quelque chose.

--Tout travail bien terminé est un échelon sur lequel on peut poser le pied solidement et sûrement pour monter plus haut.

--L'homme détruit à coups de cornes comme le taureau, ou à coups de pattes comme l'ours; la femme à coups de dents comme la souris, ou par une étreinte comme le serpent.

--La toilette n'est pas une chose indifférente, elle fait de vous un objet d'art animé, à condition que vous soyez la parure de votre parure.

--Une femme incomprise est une femme qui ne comprend pas les autres.

--N'épousez pas une femme aux coins de la bouche pendants, la bouche elle-même fût-elle une cerise, vous trouveriez le fruit amer!

LA COMTESSE DIANE

Sous ce pseudonyme, la comtesse de Beausacq a inauguré la petite collection des Moralistes de l'éditeur Ollendorff (petits livres de _Pensées_) où l'on trouve encore, outre plusieurs auteurs déjà cités dans cet ouvrage, _Ange Bénigne_, _Amica et Mathilde_, etc.

--Ce qu'on dit à l'être à qui on dit tout n'est pas la moitié de ce qu'on lui cache.

--Gâter les enfants, c'est les tromper sur la vie, qui, elle, ne gâte pas les hommes.

--La bonté de la jeunesse est de l'élan; celle de la vieillesse est de l'indulgence.

--Les joies viennent des choses, mais le bonheur vient des êtres.

--La bonté ajoute à notre vie la vie des autres, à laquelle elle nous intéresse.

--Il n'y a de sacrifice que pour ceux qui n'aiment pas; ceux qui aiment ne sentent pas qu'ils se sacrifient.

--Les étourdis qui oublient tout s'oublient rarement eux-mêmes. Quoique plus innocente que l'égoïsme, l'étourderie arrive aux mêmes résultats.

--L'indiscret justifierait le menteur.

LES ROMANCIÈRES

Ici nous sommes absolument débordés, impossible même de faire une énumération, et nous demandons mille pardons à Jacques Vincent, à Gennevraye, à Mme Gustave Haller (Mme Fould), à Pierre Cœur, à Pierre Ninous et à cent autres que nous sommes forcés d'omettre.

Mme CARO

En 1866, sous le second Empire, la femme de l'éminent professeur du Collège de France qui devait être bientôt de l'Académie française, fit publier sans nom d'auteur _le Péché de Madeleine_; ce roman délicat obtint un vif succès. On cherchait à deviner qui se cachait sous cet anonymat, et, singulier aplomb, plusieurs écrivains se le laissèrent attribuer, ce que voyant Mme Caro se décida à se nommer. D'aucuns prétendent que ce n'est pas d'elle et qu'elle l'a découvert dans de vieux papiers. Depuis la mort de son mari d'autres écrits ont prouvé qu'elle n'en était cependant point incapable.

TH. BENTZON

Une quarantaine de volumes à son actif, dont la moitié à peu près œuvres originales; l'autre moitié traductions des romans anglais, américains et allemands: Bret-Harte, Bayle, Aldrich, Ouida, Sacher Masoch, Elliot; tels sont les auteurs dont elle est l'interprète ordinaire.

Mme MARY SUMMER

Les romans fort nombreux de Mme Mary Summer n'offrent aucune originalité de style. Mais elle excelle surtout à relater les épisodes romanesques dans les mœurs de la première République, du premier Empire et de la Restauration, en leur donnant un charme suranné et un parfum de souvenirs exhumés qui plaisent à beaucoup de lecteurs.

JUDITH GAUTIER

Fille de Théophile Gautier, mariée à Catulle Mendès, a hérité de toute la poésie ensoleillée que son père jetait sur le papier du bout de sa plume. Type oriental, elle écrit comme elle peint, avec un merveilleux coloris; l'Orient pour elle ne s'arrête pas à la Turquie: c'est la Chine, le Japon, qu'elle exploite. Ses œuvres s'appellent: _le Dragon impérial_, _la Marchande de sourires_, comédie représentée à l'Odéon, etc. Elle est, avec Mme Pauline Thys et Mlle Simone Arnauld, les seules femmes ayant pu aborder le théâtre.

HENRY GRÉVILLE

Mme Durand-Gréville, qui est, sans contredit, la romancière la plus lue de la fin de notre siècle, a eu des débuts difficiles qu'elle nous raconte elle-même:

C'était en 1874. J'avais un gros bagage de pièces en trois, quatre et cinq actes, en prose et en vers, et pas mal de romans en portefeuille, mais je n'avais encore pu ni faire imprimer une ligne ni faire représenter un alexandrin. Le théâtre de la Tour-d'Auvergne rouvrait ses portes avec une direction toute neuve, des artistes frais engagés, des peintures rafraîchies et des intentions absolument littéraires. Je ne me rappelle plus par suite de quelles circonstances je fus priée de faire un prologue en vers pour cette petite fête. Un prologue en vers déclamé devant la critique parisienne! Le cœur me battait bien fort; je fis mon prologue, qui obtint quelque succès. M. de Banville voulut bien en reproduire quelques vers dans un feuilleton du lundi suivant, et la direction, enthousiasmée, tout en refusant avec fermeté de me jouer une pièce de quelque importance, me demanda un acte en prose. J'écrivis _A la campagne_, je le fis copier et le remis dans les mains du directeur.

Je m'étonnais de ne pas avoir encore reçu de bulletin de répétition, lorsqu'un jour, vers deux heures de l'après-midi, je reçus une lettre. On m'envoyait tout un service, loges, fauteuils d'orchestre et balcon, pour la première représentation qui devait avoir lieu le soir même. M. Durand-Gréville courut au théâtre... on avait oublié de me prévenir, tout simplement! Je ferai quelque jour un monologue avec l'état d'esprit d'un auteur auquel arrive pareille aventure. Mais est-ce jamais arrivé à d'autres? Malgré mes dispositions naturelles à me méfier de l'idée si répandue, et au fond flatteuse: «ces choses-là n'arrivent qu'à moi!» je ne puis m'imaginer qu'il y ait beaucoup d'auteurs qu'on ait oublié d'inviter à suivre les répétitions de leur pièce.

On donnait _A la campagne_ le soir même, c'était positif,--et l'on avait aussi oublié d'inviter la critique;--mais tout se passait en famille à la Tour-d'Auvergne. N'avait-on pas invité la critique à l'ouverture, trois semaines plus tôt? Cela devait suffire pour toute l'année.

Cependant, nous allâmes au théâtre vers huit heures et demie, pensant arriver à la fin du lever du rideau des jours précédents. Nous nous asseyons dans notre loge: on jouait une pièce. Ce n'était pas le décor du lever de rideau que je connaissais.

«Mais, me dit M. Durand-Gréville, en tournant vers moi son visage consterné, c'est _A la campagne_ qu'on joue.

--Pas possible!» répondis-je.

Je n'avais pas achevé cette courte phrase que le rideau tombait sur mon dénouement, au milieu des applaudissements. Ma pièce toute neuve avait été donnée en lever de rideau, et le lever de rideau de la veille devenait pièce de résistance.

Je n'ai jamais voulu revoir _A la campagne_; mais ce malheureux acte a dû avoir beaucoup de succès, car il m'a rapporté soixante-neuf francs et des centimes: cela signifie, à la Tour-d'Auvergne, un nombre incalculable de représentations, peut-être cinquante ou soixante... Cela ne m'a pas consolé.

Henry Gréville n'a pas moins de cinquante volumes aujourd'hui édités chez Plon, la plupart à de nombreuses éditions. Ce sont surtout ses romans russes qui ont contribué le plus à son succès. Elle tient la corde des femmes romancières de notre époque, dans le genre pouvant être lu en famille.

MANUELA

Mme la duchesse d'Uzès (Anne de Rochechouart, de Mortemart) épousa M. le duc de Crussol, depuis duc d'Uzès, et réunit ainsi dans son écusson les armes des deux plus anciennes familles de l'aristocratie française. Veuve fort jeune avec quatre enfants (deux fils et deux filles), et une fortune immense à administrer, elle a fait preuve de bonne heure d'une énergie et d'une sagesse dénotant le caractère fortement trempé et singulièrement doué dont elle est favorisée. Ne se contentant pas d'être la plus exquise grande dame dans son splendide château de Bonnelles et de Boursault, chasseresse intrépide et mère de famille exemplaire, elle a failli, entraînée par son bon cœur, devenir une femme politique. Elle a pu rester «populaire» en ce temps de démocratie, grâce à sa charité inépuisable, qu'elle accomplit en payant de sa personne: on l'a vue panser les ulcéreux et distribuer le pain et la soupe elle-même, revêtue de la livrée d'infirmière, dans les hivers malheureux. Nous avons dû effleurer ce côté de sa vie privée pour faire ressortir la personnalité peu banale de «Manuela», qui trouve encore le moyen d'être un sculpteur de talent et un écrivain observateur dans ses heures de délassement, venant confirmer que la femme la plus haut placée ne dédaigna jamais la plume plus que les beaux-arts.

Manuela, dont les mains fines et nerveuses conduisent _à quatre chevaux_ avec le chic le plus moderne, a sculpté de ces mêmes blanches mains aristocratiques un groupe qui orne l'autel de la chapelle de saint Hubert, dans l'église du Sacré-Cœur à Montmartre, une magnifique statue pour le département de l'Aveyron, une statue pour Poissy, une statue pour le Canada, une _Jeanne d'Arc_ de grand modèle, une _Diane couchée_ en marbre (appartenant au comte Werlé), etc.

Fatiguée de l'ébauchoir, elle se repose en prenant la plume et écrit de ravissantes pièces de théâtre: _Le Cœur et le Sang_ (drame), _la Sourde_ (opérette), _Un Cas_, que Mlle Reichemberg a joué partout, etc.; _Julien Masly_, un roman de plus longue haleine; une _Chronique historique sur Rambouillet_, qui lui est demandée par un éditeur, comme à une simple femme de lettres, pour un grand ouvrage en cours de publication.

Au moment où nous écrivons, «Manuela» est loin d'avoir donné son dernier essor comme artiste et comme écrivain. Nul ne peut dire jusqu'où elle ira dans l'avenir. Elle est certainement une des plus importantes personnalités féminines de la fin du XIXe siècle, et qui empiétera de beaucoup dans le XXe, car elle est encore jeune, quoique déjà grand'mère. La postérité aura à s'occuper d'elle à plus de titres que des femmes beaux esprits des XVIIe et XVIIIe siècles, dont il n'y en a pas qui lui soit comparable, puisqu'il n'en fût aucune aussi universelle.

Mlle JEANNE SCHULTZ

Une nouvelle venue qui a déjoué la routine.--Il parut un jour dans la _Revue des Deux-Mondes_, dont l'accès est si difficile, une nouvelle, _la Neuvaine de Collette_, qui avait été envoyée sans signature à cette rédaction, auprès de laquelle les écrivains s'imaginent avoir besoin de recommandations puissantes. Le talent de cette nouvelle suffit à la faire insérer. Il se produisit alors ce qui était arrivé pour _le Péché de Madeleine_, de Mme Caro: on l'attribua à diverses femmes du monde, et l'une d'elles, Mme de K., accepta tacitement d'être l'auteur de ce petit chef-d'œuvre. Partout elle était accueillie et félicitée; elle ne rejetait point les éloges, et se laissa même attribuer d'autres ouvrages de la même plume. Un jour, les obstacles qui empêchaient Mlle Schultz de se faire connaître furent levés, et elle se dévoila pour aller recevoir le prix que l'Académie lui décernait. Mme de K., confuse, fut rejetée comme une intrigante des salons qui l'avaient accueillie.

LITTÉRATURE POUR L'ADOLESCENCE

Mme de Witt, née Guizot, dont l'érudition seule égale la modestie, est à la tête de cette glorieuse phalange de notre époque qui écrit pour la jeunesse, et il faut nommer comme grandes marques, à son côté: Mme de Stolz, la comtesse de Ségur, Mme de Pibrac, Mme Colomb[69], Mme de Pressensé, Mme Blandy, Mme de Nanteuil, Mme Tremadeur, Mme Julie Gourault, et une quantité d'autres que j'oublie forcément, car elles sont légion, qui ont suivi la trace de Mme Guizot. Les fillettes ne peuvent plus se plaindre de ne pas avoir d'historiettes à lire. Ce sont la plupart des petits chefs-d'œuvre de sentiment et de morale. Le style est suffisant, mais n'a rien d'assez personnel pour être cité.

[69] Décédée pendant que notre livre était sous presse.

Plusieurs cependant ont un cachet tout personnel: Mme de Witt s'adonne aux études d'histoire; elle compulse les chroniques de Froissart, et rend le vieux langage intelligible pour ses jeunes lecteurs; dans ses historiettes, le héros ou l'héroïne est la plupart du temps malade ou infirme, ce qui est toujours touchant et édifiant.

Mme de Stolz a adopté les études de calcul où elle a trouvé une mine intarissable.

PÉDAGOGIE

Il est juste de faire ici une place à une catégorie de femmes écrivains qui n'en ont pas moins de mérite parce qu'elles ont modestement pris pour elles la tâche la plus ingrate, la plus obscure, mais non la moins utile, les livres pédagogiques.

La méthode de Mme Pape-Carpentier a été adoptée partout. Les _Leçons de choses_ sont universelles.

Mlle Pauline de Kergomard, dont les ouvrages sur la comptabilité rendent de si grands services, Mme Dallet (du Phalanstère Gudin), dont la méthode de lecture est si claire et si excellente; Mme Schefer, etc., nous ont donné une foule de livres pratiques, qui ont un succès bien moins éphémère que quantité d'ouvrages d'imagination, et ils n'ont pas exigé moins de talent. Mme Jules Favre, veuve de l'ancien ministre, directrice de l'École normale de Sèvres, a écrit des livres de philosophie et de haute moralité, entre autres _la Morale de Cicéron_. Rendons-leur donc honneur et reconnaissance.

PSYCHOLOGISTES

Mme ALPHONSE DAUDET

Quand Mme Alphonse Daudet a publié ses premiers essais littéraires, nous nous sommes cru menacés d'une série de femmes d'auteurs, Mme Hector Malot, etc. Il n'y aurait pas eu à se plaindre; mais Mme Alphonse Daudet est restée le _leader_. Son style est cherché, tout à fait moderniste, mais très féminin. Elle produit peu, et surtout des études psychologiques sur l'enfance ou sur elle-même. Elle publie dans le Supplément du _Figaro_ des analyses courtes, genre très sentimental.

Tombée des cloches dans la campagne une après-midi de dimanche, parmi le grand silence des champs au repos. Appel vers les petites rues tristes à cailloux saillants qui aboutissent à la place de l'Église, et venue des fidèles du tantôt bien plus rares que ceux du matin, et mélancoliques, silencieux. Rien des habitués des messes de soleil, en toilette, brillants et causant, échangeant les compliments et les saluts, du pain bénit au bout des gants, un signe vers les voitures rangées à l'ombre, sous les platanes du petit cours. Rien de la sortie triomphale de midi où l'orgue à toute voix ouvre le grand portail, quand sonnent en même temps les angélus et les cloches des châteaux annonçant le déjeuner.

Non, à cette heure de vêpres, des files de religieuses et d'enfants en uniformes ternes, des femmes vêtues de deuil, des vieilles filles au dos rond, toutes celles que chassent de leur intérieur solitaire l'isolement et l'inoccupation du dimanche, qui n'attendent ni famille ni visite imprévue...

... Leurs mains s'activent, soit que la chaude journée amoitisse leur front ou que la fraîche matinée d'automne pique leurs épaules sous la camisole lâche, les plus heureuses, celles déjà moins jeunes pour qui cette couture en plein air vers quatre ou cinq heures du tantôt, ou l'épluchage de menus légumes entre leurs doigts tordus, vulgaire chapelet du travail, semble le repos de gros ouvrages terminés, la halte, la respiration de tout l'être. Quelques plantes communes sur les fenêtres, sur le petit mur clôturant: des géraniums en pots, des œillets éventaillés, non loin du linge étendu; un chat sommeille en rond sur la chaise de paille où pendent des bas à raccommoder ou toute autre occupation ménagère, et l'on sent que voilà ces femmes installées jusqu'au soleil couché sous la poussière de la route.

Mlle MARIE-ANNE DE BOVET

Mlle Marie-Anne de Bovet, dont la mère a écrit sous son nom de jeune fille, Louise Audebert, plusieurs romans de mœurs parfaitement étudiés et des pièces de théâtre charmantes, s'est donnée aux lettres après la mort de son père, le général de Bovet (1884). Elle a débuté sous le pseudonyme de Mab, dans les _Causeries Familières_, par des critiques d'art et de musique, que ses aptitudes artistiques lui rendaient faciles; puis, utilisant ses connaissances de langues étrangères, elle traduisit, aussitôt après, les _Mémoires de Lord Malmesbury_ (Ollendorff) et ceux _du colonel Gordon_ (Firmin-Didot). Bientôt connue et appréciée, elle a avancé rapidement dans la carrière littéraire, grâce à son style énergique. Outre les nombreux livres d'elle édités chaque année: _Lettres d'Irlande_, _Voyage en Irlande_ (Hachette), etc., on trouve son nom ou son pseudonyme dans _le Figaro_, _le Temps_, _la République Française_, _la Nouvelle Revue_, _l'Illustration_, _la Vie Parisienne_, des revues anglaises et américaines, etc., sous des articles de critique sociale, politique, artistique ou littéraire, des études de mœurs, des chroniques de voyages, etc.

UNE VILLE MORTE[70]

«Au sortir de Tarascon, une grande plaine ensoleillée où les blés bondissent tout pleins de coquelicots. Nous allons bon train, au trot du robuste petit cheval camarguais, l'encolure courte, l'arrière-train ample, ramassé et tout rond, hormis les flancs évidés et la jambe plate et nerveuse, qui traîne allègrement, comme pour son plaisir, le vis-à-vis d'osier protégé par un tendelet de toile blanche orné de glands bleus. Le matin laisse encore traîner dans la lumière d'or de légères ombres bleuâtres, de larges souffles chauds traversent l'air imprégné de ces senteurs aromatiques qui sont le bouquet de la Provence.

[70] Supplément du _Figaro_, 1892. _En Provence._

Brusquement, au détour d'un chaînon de mamelons pelés sur lequel on bute tout à coup, c'est le désert, brûlé et aride. Le long de la route blanche de poussière, dans une terre jaune et pierreuse, craquelée par la sécheresse, des vergers d'oliviers rabougris dont les grappes d'un blanc grisâtre atténuent encore le feuillage pâle, de vigoureux amandiers fourchus chargés de leurs coques vertes, de gros figuiers noirs tout tortus, des câpriers à mignonnes fleurs roses. Des bouquets de pins étiques et de maigres acacias, quelques vieux mûriers gibbeux, décharnés et chauves, signalent un petit _mas_, abrité des coups de mistral par un rideau de cyprès chétifs. Le _maïstral_, le «magistral», c'est-à-dire le vent par excellence, celui dont on disait naguère:

«Parlement, Mistral et Durance Sont les trois fléaux de Provence.»

Auprès de ces humbles métairies au porche accosté d'une treille, des murs bas en pierres sèches habillés de pourpiers à fleurs rouges et orangées, des buissons épineux de cactus et de lentisques, ou simplement des haies de joncs et de roseaux desséchés, enclosent des jardinets faits avec de l'humus rapporté sur un coin de terrain épierré, qu'arrose parcimonieusement un imperceptible filet d'eau. Ce n'est que l'humidité qui manque au généreux sol provençal pour donner une végétation vigoureuse. Dès qu'il a si peu que ce soit de quoi étancher sa soif, il verdoie avec abondance, et ce sont les oasis de ce désert rocailleux, ces petits potagers où la sauge, la verveine et le romarin embaument les planches d'oignons et d'ail, d'aubergines et de «pommes d'amour», à l'ombre légère de grêles micocouliers.

Une table de pierre inclinée se relève par ressauts abrupts en crêtes basses, hérissées, rageuses, dont la ligne tourmentée se découpe aiguë sur le bleu vif de l'horizon. Par places, une herbe rase, calcinée, où les grillons mènent leur chœur assourdissant, où bruissent les cigales ivres de chaleur. Dans les crevasses rampent de minuscules liserons roses, se blottissent de petites touffes de mauves, s'aplatissent les larges corolles d'un jaune verdissant. Thym, lavandes et menthes se pâment au soleil en exhalant leurs fortes odeurs poivrées.

Etrange paysage dont la tonalité grise et fauve est égayée par le blanc et le pourpre des églantiers qui fleurissent mêlés aux buissons de genévriers et de jujubiers à la silhouette rêche.

Nous montons à travers un éboulis de pierrailles rouges et des maquis de chênes kermès--une âpre garrigue peuplée de lapins et de grands lézards verts. Dans les tailles abandonnées de carrières qui font comme des sabrures blanches, mûrit un seigle clairsemé, et quelques figuiers s'agrippent, énergiques et vivaces, aux fissures où le vent a apporté un peu de terre végétale. Un désert couleur d'ocre, où le cours de rares ruisselets est marqué par des verdures maigres. De loin en loin, un pauvre essai de jeune vigne altérée.

GEORGES DE PEYREBRUNE

Le style pittoresque de Mme de Peyrebrune mérite une place dans la fin du XIXe siècle.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Une mer calme, moirée, platement étendue, jusqu'à l'horizon lointain marqué d'une ligne droite, sous le ciel qui la touche, uni comme elle, est un spectacle morne et qui endort.

Et ce calme revêt cependant une grandeur troublante, quand le regard peut embrasser une immense coulée, un vaste lambeau de mer, immobile et bleu ainsi qu'un ciel tombé, et cela dans le grand silence des nues, comme, par exemple, du haut d'une falaise très haute, à pic sur cette immensité.

Là seulement on peut ressentir, autant qu'il est donné à nos sens de la percevoir, la sensation de l'infini.

On conçoit la notion de l'âme errante dans l'espace. Un besoin de planer vous emporte. Un désir inconscient vous fait tendre les bras, comme si l'on ouvrait des ailes pour prendre un essor calme dans cette solitude infinie où règne l'éternelle paix.

A ces hauteurs, et dans ce silence lumineux des espaces, la pensée s'affine, en même temps qu'elle devient la dominante de vos sensations. On ne vit plus que par la puissance de l'idée contemplative; le corps allégé se tait. Et un bonheur inexprimable enveloppe l'être conquis à ce prélude de dématérialisation.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Le cri d'une mouette, la chute d'un peu de cette terre rouge qui zèbre de laque les rocs crayeux de la falaise, le bourdonnement d'une mouche, un coup de vent qui vous frôle et vous jette, en passant, des mots mystérieux, en voilà assez pour composer une symphonie qui complète l'idéale volupté, dont tout l'être frémit et vibre.

Cependant, pour fleurir les herbes, des grappes de coccinelles s'y suspendent en boutons: leurs rouges élytres, s'écartant pour l'envolée, semblent l'éclosion subite d'une fleurette sanglante.

Et, comme des papillons blancs, les voiles des pêcheurs rasent le flot lointain.

Baignés dans cet azur et dans ces cercles de lumières diffuses, les yeux, où toute vie est montée, se pâment dans des délices de clartés. Ils se pâment, et la rosée qui féconde l'âme coule de leur prunelle extasiée.

THÉOSOPHIE

Mme TOLA-DORIAN

Née princesse Metcherscky, mariée à l'ancien député de la Loire, fils de l'ancien ministre des travaux publics et frère de M. Ménard Dorian, député de l'Hérault, Mme Tola-Dorian, tout en conservant l'âme slave, écrit mieux que plus d'une vraie Française; elle a su s'approprier le style de l'avenir. Après plusieurs traductions, elle a édité, comme œuvre personnelle, des _Poèmes lyriques_, et a fondé une revue théosophique, la _Revue d'aujourd'hui_. Entre autres écrivains féminins théosophiques, citons sommairement la duchesse de Pomar, la comtesse d'Adhémar, Mme Blanasky, etc.

UNE NUIT BLANCHE PAR UNE BISE FROIDE SOUS LE POLE NORD

Les Rayons, les Blancheurs, l'Aurore, Montent des glauques profondeurs Sur la glace multicolore; Ainsi qu'une vivante flore, S'épanouissent, pleins d'ardeurs, Les Rayons, les Blancheurs, l'Aurore!

Les arcs-en-ciel viennent éclore Sous les éclairs, fauves rôdeurs, Sur la glace multicolore...

La haute banquise se dore Belle de ses triples pudeurs, Les Rayons, les Blancheurs, l'Aurore.

FIN

ERRATA

Page 178.--Sophie Arnould, morte en 1803 et non 1703. -- 237.--Princesse de Salm-Dych et non Dycha. -- 63.--Madeleine Rouvre, marquise de Sablé, au lieu de Souvre.

TABLE DES MATIÈRES

Avertissement I

Préface sur l'instruction des femmes et la carrière littéraire. III

Ire PÉRIODE: XIIIe AU XVIe SIÈCLE

_Note.--Héloïse._ 2

Marie de France. 3

Agnès de Navarre Champagne. 5

Christine de Pisan. 9

Clotilde de Surville. 21

Marie de Clèves. 23

Clémence Isaure. 24

Marguerite d'Angoulême. 29

Paule de Viguier. 32

Louise Labé. 35

Clémence de Bourges. 38

Pernette du Quillet 40

Dames des Roches. 40

Anne de Marquets. 40

Anne Séguier. 40

Dame de Vergnes. 40

Elisène de Crenne. 41

Marseille d'Altouvins. 41

Catherine de Parthenay. 42

Marie de Romieu. 43

Marguerite de France. 45

Anne de Rohan. 47

Mlle de Gournay. 50

IIe PÉRIODE: XVIIe ET XVIIIe SIÈCLES

Madeleine de Scudéry. 55

Marquise de Sablé. 63

Mlle de Calage. 65

Comtesse de la Suze. 66

Comtesse de Brégy. 67

Anne de Bourbon. 69

Mme de Motteville. 70

Duchesse de Nemours. 73

Marquise de Sévigné. 75

Mme de Grignan. 79

-- de Simiane. 79

Mme de Coulanges. 79

Mlle de Montpensier. 80

Mme de la Fayette. 81

Mme de Maintenon. 87

Princesse des Ursins. 92

Marquise de Caylus. 94

Mme Deshoulières. 96

Marquise de Lambert. 105

Mme D'Aulnoy. 112

-- Dacier. 115

-- de Lenoncourt de Courcelles. 124

Jeanne Dumée. 125

Catherine Bernard. 126

Comtesse de Murat. 127

Mme de Tencin. 128

-- de Staal-Delaunay. 129

-- de Graffigny. 132

-- du Deffand. 135

Mlle de Lespinasse. 137

Mme Geoffrin. 138

Marquise du Châtelet. 140

Mme du Boccage. 144

Mme Le Prince de Beaumont. 148

Mme Riccoboni. 157

-- Daubenton. 163

Mlle Du Sommery. 163

Mme de Puysieux. 167

Mme Boufflers-Rouvrel. 172

Mme d'Epinay. 174

-- Petiteau de la Férandière. 175

Marquise de Montesson. 176

Mlle Clairon. 177

Sophie Arnould. 178

Marquise d'Antremont. 178

IIIe PÉRIODE: FIN DU XVVIIe SIÈCLE JUSQU'A NOS JOURS