‹ Aphorismes du temps présentChapitre 35 sur 37 · VIII - L’ART DE GOUVERNER

VIII - L’ART DE GOUVERNER

Il n’y a pas de société possible sans principe d’autorité, de même qu’il n’y a pas de fleuve sans rives pour l’endiguer.

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Le plus sûr moyen de détruire le principe d’autorité est de parler à chacun de ses droits et jamais de ses devoirs. Tous les hommes sont prêts à exercer les premiers, très peu se préoccupent des seconds.

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On ne gouverne pas un peuple en tenant compte seulement de ses besoins matériels, mais aussi de ses rêves.

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Les puissances morales ne se combattent ni avec des lois, ni avec des armées.

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Pour manier les hommes, il ne faut pas oublier, que leur moi affectif et leur moi intellectuel, n’ont pas d’évolution parallèle et ne s’influencent guère.

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Utiliser les impulsions affectives et mystiques des peuples comme moyen d’action en tâchant de leur donner une orientation rationnelle, est un des secrets de l’art de gouverner.

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Une idée nouvelle a besoin d’appuis pour se faire accepter. Devenue forte, elle sert d’appui.

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On ne doit jamais partager les passions des hommes qu’on dirige, mais il faut les connaître.

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Impossible de gouverner un peuple si l’on oublie que des croyances, jugées absurdes par la raison, sont parfois plus puissantes que des vérités démontrées.

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Il est fort dangereux d’avoir la foi pour ennemie. Un gouvernement qui persécute une croyance religieuse s’expose à périr par cette croyance.

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En ne se plaçant même qu’au point de vue de l’utilité pure, un gouvernement doit éviter les persécutions. Elles sont toujours plus utiles aux doctrines persécutées, qu’à leurs persécuteurs.

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Le rôle du savant est de détruire les chimères, celui de l’homme d’État de s’en servir.

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Quand un gouvernement demande à suivre l’opinion au lieu de l’orienter, il cesse d’être le maître.

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Un pouvoir discuté n’est bientôt plus un pouvoir respecté.

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Une responsabilité morcelée devient vite de l’irresponsabilité.

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Gouverner exclusivement au profit d’une classe, c’est accroître indéfiniment les exigences de cette classe, et se condamner à l’avoir bientôt pour ennemie.

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Un des éléments de l’art de gouverner consiste à conquérir les meneurs des majorités, ou à leur en opposer d’autres.

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Les meneurs ne se combattent qu’avec des meneurs.

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On peut désagréger facilement l’âme transitoire d’une foule, on demeure impuissant contre l’âme permanente d’une race.

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Temporiser pour avoir le temps de se préparer, comme le conseillait Machiavel, est très sage. Temporiser, pour laisser au hasard le soin d’arranger les événements, est fort dangereux.

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Le mécontentement fut toujours générateur d’effort, l’homme trop content de son sort ne poursuit aucun progrès.

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Un gouvernement doit élever des barrières morales avant qu’elle soient indispensables. Au moment où elles le deviennent, il est trop tard pour les construire.

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Dès qu’on entrevoit la nécessité de céder, il ne faut pas attendre le moment où il sera impossible de ne pas céder.

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L’humanitarisme et la peur font partie des facteurs de dissociation des peuples. Ces sentiments sont sans excuse pour qui prétend gouverner.

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Céder toujours aux menaces et aux violences, c’est faire naître dans l’âme populaire l’idée qu’il suffit de menacer, et au besoin de saccager, pour être obéi.

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Les concessions n’empêchent pas les batailles devenues nécessaires. Elles les rendent plus coûteuses et plus dures.

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Une répression énergique momentanée est beaucoup plus efficace qu’une répression faible et continue.

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La terreur n’est un procédé psychologique utile, qu’à la condition de ne pas durer.

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Un gouvernement qui pactise sans cesse avec l’émeute périt par l’émeute.

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Quand on ne peut pas gouverner un peuple avec des idées vraies, il faut se résigner à le gouverner avec des idées tenues pour vraies.

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Les grands courants sociaux ne se remontent pas. La sagesse consiste à les dévier lentement.

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L’homme supérieur sait utiliser la fatalité, comme le marin utilise le vent, quelle que soit sa direction.

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Chaque événement visible a derrière lui des forces invisibles qui le déterminent. Qui ne sait les découvrir ignore l’art de gouverner.

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Une politique, ne tenant compte que de l’heure présente, est toujours d’ordre inférieur.

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Le bon sens et le caractère sont souvent plus utiles que le génie à un homme d’Etat.

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Une société ne dure pas sans pensées fixes, l’individu ne progresse pas sans pensées mobiles.

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L’avenir étant toujours chargé de passé, pour prévoir, c’est-à-dire voir en avant, il faut d’abord regarder en arrière.

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Prévoir est utile, prévenir l’est davantage. Prévoir, élimine les surprises de l’avenir. Prévenir, empêche leur action.

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Un homme d’État sans prévoyance est un créateur de fatalités désastreuses.

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