‹ Aphrodisiaque externe, ou Traité du fouet et de ses effets sur le physique de l'amourChapitre 3 sur 7 · CHAPITRE II

CHAPITRE II

Des causes par lesquelles les flagellations excitent à l’amour.

Puisqu’on ne peut révoquer en doute ce que j’ai avancé dans le chapitre précédent, il me reste à chercher la cause de tels désordres. _J. Pic de la Mirandole_ dit que les astrologues ne sont pas embarrassés pour expliquer de pareils phénomenes; ils ne les attribuent qu’aux astres & à leur influence secrette, «ils assurent que _Vénus_ donne telle ou telle espece de passion au nouveau né, suivant la position où se trouve cette planette au moment de la naissance». _Junctin_, qui a beaucoup écrit & déraisonné sur l’astrologie[16] est de ce sentiment que _Jean Pic_ a combattu avec raison.

[16] _Junctin_ assuroit qu’il lisoit clairement l’avenir dans le firmament: cet extravagant étoit moine, & conséquemment fort ignare. Il fut accablé sous les ruines de sa bibliotheque, quoiqu’il eût vu dans les astres qu’il mourroit d’un autre genre de mort. Ce n’est pas le seul astrologue qui se soit trompé sur le même sujet.

Le prince _de la Mirandole_ croit que la triste nécessité où sont quelques personnes de recevoir le fouët pour les rendre propres au coït, leur vient depuis l’enfance, c’est-à-dire que c’est un effet de l’habitude; & voici sur quel fondement il appuye son opinion; «connoissant, dit-il, un malheureux qui ne pouvoit se livrer aux plaisirs de l’amour, sans avoir été préalablement bien fustigé, je cherchai à en pénétrer la cause. Après différentes conversations que j’eus avec lui, il m’apprit qu’il avoit été élevé dans une pension où ses petits compagnons ne s’amusoient qu’à se fouetter alternativement; que ce jeu étoit une jouissance pour eux, & que cette jouissance s’étoit depuis lors changée en habitude».

_Cælius Rhodiginus_, dont je vais rapporter les propres paroles, étoit du même sentiment que _Pic_; «ayant entendu dire qu’une personne de ma connoissance ne se livroit à l’acte vénérien qu’après avoir reçu le fouët, je voulus étudier la cause de cette passion contre nature. J’interrogeai cet homme singulier, qui m’assura qu’il avoit pris cette habitude dans son enfance, qu’il connoissoit toute l’horreur de ses procédés, mais qu’il ne pouvoit se montrer homme qu’en recourant à cette vile ressource».

Je suis loin de nier que l’habitude ne devienne souvent une seconde nature[17]: _Aristote_ l’a prouvé trop éloquemment dans ses écrits. _Galien_ & plusieurs autres grands médecins n’ont pas douté du pouvoir & de la force de l’habitude. _Ennius_ l’a bien peint dans ces deux vers:

Usus longus mos est, ac meditatio crebra; Hunc tandem affero naturam mortalibus esse.

[17] Cela n’arrive que trop: mais ceux qui veillent à l’éducation de la jeunesse s’en occupent-ils sérieusement? C’est ce que j’examinerai plus au long dans le IV. chapitre.

Quelle que soit la force d’une habitude contractée depuis l’enfance, on ne sauroit toujours trouver en elle la cause qui force certains individus à se soumettre au fouët pour se livrer au coït. La cause éloignée de ces désordres est quelquefois l’effet d’une éducation vicieuse; mais il s’agit maintenant d’en rechercher la cause prochaine, & c’est ce qu’on ne peut faire qu’à l’aide du flambeau de la physiologie & de l’anatomie.

Il faut d’abord observer que les flagellations réchauffent la partie qu’on soumet à l’opération, & qu’elles y attirent le sang en quantité. Quelques médecins faisoient battre de verges une partie, lorsque le sentiment venoit de s’y éteindre. Cette pratique subsiste encore en partie, car on fouette avec une poignée d’orties piquantes, la partie où il est nécessaire de rappeller la chaleur. Les frictions avec les brosses ou la flanelle, font à la longue ce que feroient les flagellations qu’on n’ordonne plus, vu la délicatesse des malades[18].

[18] Il y a certainement quelques cas où les flagellations seroient utiles; mais on y a substitué d’autres moyens non moins capables de rappeller la chaleur, ou de _dériver_ les humeurs; on a les frictions, les fomentations, les ventouses, les sinapismes, le moxa & les vessicatoires. Les flagellations étoient jadis une opération très-commune; c’est de cette pratique que venoit le sot usage où l’on étoit de fustiger les foux. Comme on se figuroit que la démence n’étoit causée que par une trop grande quantité de sang qui se portoit au cerveau, on ne croyoit pouvoir guérir cette maladie qu’en rappellant les humeurs vers les parties inférieures; aussi frappoit-on tous les jours les foux, & les nourrissoit-on au pain & à l’eau: cette pratique barbare étoit dictée par une théorie aveugle plutôt que par la cruauté. C’est peut-être par la même raison qu’on donnoit, il n’y a pas longtems, le fouët aux prisonniers, dans de certaines maisons de correction, chez les Lazaristes, & aux Repenties; (je ne sais si cet usage est entierement aboli de us jours... Il y a encore tant de sottes gens.) On croyoit la tête malade, & on s’imaginoit la guérir par cette humiliante & barbare manœuvre. Mais, dira-t-on, qui osoit présider à des opérations de ce genre? Des bouchers!... Non. C’étoit des prêtres! (Voyez le chap.