‹ Aphrodisiaque externe, ou Traité du fouet et de ses effets sur le physique de l'amourChapitre 4 sur 7 · IV.)

IV.)

Puisque l’effet des flagellations est de rappeller la chaleur dans une partie, il ne sera pas difficile de concevoir par quel mécanisme le fouët irrite & éleve le membre viril: examinons la structure de cette partie & de celles qui l’environnent.

Ceux qui se font fustiger pour se rendre propres au coït, exigent qu’on frappe toujours sur le dos; voyons maintenant comment la chaleur, excitée dans cet endroit, passe aux parties de la génération.

On remarquera que les lombes, qui composent la majeure partie du dos, sont formés par les vertebres lombaires, sous lesquelles sont placés les reins & différens vaisseaux qui communiquent avec les parties de la génération. Il est donc constant qu’en échauffant les lombes, cette chaleur doit se rendre à la verge dans l’homme, & au vagin dans l’autre sexe.

Quoique cela dût suffire pour rendre raison de l’effet du fouët sur le physique de l’amour, quelques auteurs ont cherché d’autres preuves pour l’expliquer. _Meibomius_, qui pensoit que c’est dans les reins que se prépare la semence, n’attribuoit l’effet du fouët qu’à la chaleur qu’il produit sur les reins. Ceux qui croyoient avec _Platon_ que la semence s’écoule de la moëlle de l’épine, disoient, que les flagellations faites sur les lombes devoient provoquer l’écoulement de la semence, & conséquemment distendre la verge & l’amplifier.

Les anciennes écritures, soit sacrées, soit profanes, plaçoient la faculté de l’acte vénérien dans les lombes. On lit dans la Genèse: _reges de lumbis suis egredientur_. On chante dans un pseaume, _lumbi mei impleti sunt illusionibus_, ce qui signifie, j’ai été enclin à la paillardise[19].

[19] Les bigots, dont la fausse pudeur s’allarme au moindre mot, me pardonneront peut-être de me servir de tems à autre de phrases un peu libres, puisque je prouve par mes citations que notre église s’en sert aussi. Pour ce qui est des gens instruits, je suis sûr de ne pas les effaroucher par mon stile, n’ont-ils pas lu le _Cantique des Cantiques_? C’est dans ce petit poëme du grand _Sultan Salomon_ qu’on trouve des expressions bien délicates: pour attirer nos débauchés & nos élégantes dans les églises, il ne faudroit que le chanter à vêpres, & l’y chanter en langue vulgaire.

_Lumbos præcingere_, _se serrer les reins_, étoit un proverbe, parmi les Hébreux, qui signifioit conserver la pudeur & renoncer à l’impureté. C’est pourquoi _St. Jérôme_ dit, _conforta lumbos_, _fortifie tes reins_. Quand _St. Matthieu_ dit de _St. Jean_, _habuit zonam pelliceam circa lumbos_, il veut sans doute vanter sa chasteté. L’église, en chantant ce verset, _ure igne flancti spiritus renes nostros, ut tibi casto corpore serviamus_, entend bien que les reins sont le premier instrument de la concupiscence.

L’opinion où l’on fut toujours, que le bon ou le mauvais état des lombes contribue à l’acte vénérien, donna lieu à l’usage de s’entourer les reins avec une ceinture, pour marquer qu’on vivoit dans un état de chasteté. Les vestales juroient, en plaçant la sainte ceinture, de ne jamais la desserrer, c’est-à-dire, de tenir leurs lombes en captivité. Nos abbés, nos religieux, nos moines, nos chanoinesses ont conservé la mode de se ceindre les reins; mais on est loin de penser aujourd’hui, que la ceinture oblige à l’abstinence; il faut qu’on en ait une idée bien contraire, puisque toutes les dames ont une ceinture pour se parer.

Les Romains crurent aussi qu’il falloit se serrer les lombes pour conserver sa modestie & sa pudeur. N’étoit-on pas en usage de donner une ceinture à des candidats, lorsqu’ils recevoient un grade?

_Diane_ fut toujours représentée avec une ceinture. _Vénus_ détacha la sienne pour fixer Pâris, & ses deux rivales perdirent le procès.

Il est inutile d’appuyer, par des citations, des faits qui se prouvent d’eux-mêmes. On observe qu’en se tenant les reins très-chaudement, on a de fréquentes érections; aussi défend-on à ceux qui sont sujets à des pollutions nocturnes, de se tenir couchés sur le dos, parce que cette position échauffe la moëlle de l’épine, les lombes, les vaisseaux & les nerfs qui se rendent aux parties naturelles. Persuadés de cette vérité, les médecins faisoient appliquer des topiques très-froids, sur les lombes, à ceux qui avoient besoin de rallentir en eux la fureur de Vénus. _Pline_ ordonnoit de porter pendant quelque tems des lames de plomb sur les reins, pour tempérer l’ardeur des amans. _Galien_ conseilla aux athlétes d’y appliquer des onguens réfrigérans pour se préserver des pollutions nocturnes; ce même docteur remédioit au priapisme en faisant continuellement tenir de l’eau froide sur les lombes du malade. Cette théorie engagea, dans, la suite, les célibataires cloîtrés à jetter dans leur lit des branches d’_agnus castus_, & de se coucher dessus pour se préserver des tentations de la chair.

La médecine moderne, qui ne voit de bons remedes que dans ce qu’on avale en potions ou en pillules, n’est pas tout-à-fait de l’avis des anciens; elle ne fait appliquer aucun topique sur les lombes pour rafraîchir ou échauffer _Vénus_. Je pense cependant qu’il peut y en avoir d’utiles dans l’un & l’autre cas, comme on le verra à la suite de ce petit ouvrage, dans une dissertation sur tous les moyens qu’on peut employer pour appaiser l’amour ou lui prêter des forces.

En voilà, je pense, suffisamment pour expliquer comment les flagellations, faites sur le dos, produisent l’érection du membre viril, & rendent un libertin épuisé capable de soutenir les combats de l’amour.