‹ Aristophane; Traduction nouvelle, tome secondChapitre 10 sur 36 · L'ARCHER. - L'ARCHER.

L'ARCHER. - L'ARCHER.

Ne me supplie point, toi.

MNÈSILOKHOS.

Lâche la cheville.

Oui, je vais le faire.

MNÈSILOKHOS.

Ah! malheur! malheur! Tu me serres davantage.

Encore plus, veux-tu?

MNÈSILOKHOS.

Attatæ! Iattatatæ! Va-t'en à la malemort!

Tais-toi, misérable vieux! Moi, j'apporte une natte, pour garder toi.

MNÈSILOKHOS.

Voilà les belles jouissances que me procure Euripidès! Mais, ô dieux! ô Zeus Sauveur! il y a encore de l'espoir. Il ne paraît pas vouloir m'abandonner. Perseus, en se sauvant, m'a fait signe de me métamorphoser en Andromédè. Et de fait me voilà attaché. Il est clair qu'il viendra me délivrer. Autrement, il ne se serait pas envolé dans les airs.

EURIPIDÈS, _en Perseus_.

Vierges chéries, aimées, comment approcherai-je et me déroberai-je au Skythe? (_A Ekho_.) M'entends-tu, toi qui habites au fond des grottes. Au nom de la Pudeur, je t'en supplie, laisse-moi m'approcher d'une épouse.

MNÈSILOKHOS, _en Andromédè_.

Il est sans pitié, celui qui m'a enchaîné ainsi, moi le plus infortuné des mortels. Échappé avec peine à une vieille dégoûtante, je n'en suis pas moins perdu. Ce Skythe continue à rester de planton, et il me tient là misérable, sans amis, suspendu, en proie aux corbeaux. Vois-tu? Je ne suis point ici parmi les choeurs des jeunes filles de mon âge, avec la corbeille aux suffrages, mais enlacée dans des liens serrés, je suis exposée en pâture à un monstrueux Glaukétès. Pour moi pas de pæan nuptial, mais un chant d'esclavage: redites, femmes, d'une voix gémissante, les maux que j'ai soufferts, malheureuse! Infortunée que je suis, infortunée par la volonté de mes parents! Souffrances injustes, où j'implore, en arrachant à Hadès des soupirs et des larmes, hélas! hélas! l'homme qui m'a rasé d'abord, qui m'a fait ensuite endosser cette robe jaune, et qui a fini par m'envoyer dans ce temple, au milieu des femmes, hélas! Inflexible dæmôn de la Fatalité! Je suis maudit! Qui verrait ma souffrance sans être touché de l'excès de mes maux? Que l'astre embrasé de l'æther détruise le barbare! Je n'ai plus la douceur de voir la lumière immortelle, depuis que je suis attaché, affolé par la douleur qui m'étrangle et qui m'entraîne vers le rapide chemin des morts.

EURIPIDÈS, _en Ekho_.

Salut, fille chérie! Que Képheus, ton père, qui t'a exposée, soit anéanti par les dieux!

MNÈSILOKHOS, _en Andromédè_.

Qui es-tu, toi qui prends en pitié ma souffrance?

EURIPIDÈS.

Ekho, fidèle interprète des sons, moi qui, l'an dernier, dans ce même lieu, vins en aide à Euripidès. Mais, mon enfant, il te faut faire en sorte de gémir lamentablement.

MNÈSILOKHOS.

Et toi, de répéter mes lamentations.

EURIPIDÈS.

Je n'y manquerai pas. Commence.

MNÈSILOKHOS.

O Nuit sainte, que ton attelage est lent à faire rouler ton char sur le dos de l'æther sacré, au travers de l'auguste Olympos!

EURIPIDÈS.

Olympos!

MNÈSILOKHOS.

Pourquoi, moi Andromédè, de préférence aux autres, ai-je des maux en partage?

EURIPIDÈS.

En partage?

MNÈSILOKHOS.

Triste mort!

EURIPIDÈS.

Triste mort!

MNÈSILOKHOS.

Tu m'assommes, vieille, de ton babil.

EURIPIDÈS.

De ton babil.

MNÈSILOKHOS.

Par Zeus! tu te montres ici insupportable à l'excès!

EURIPIDÈS.

A l'excès!

MNÈSILOKHOS.

Mon bon, laisse-moi monodier seul; fais-moi plaisir: finis.

EURIPIDÈS.

Finis.

MNÈSILOKHOS.

Va aux corbeaux!

EURIPIDÈS.

Va aux corbeaux!

MNÈSILOKHOS.

La peste!

EURIPIDÈS.

La peste!

MNÈSILOKHOS.

Chansons!

EURIPIDÈS.

Chansons!

MNÈSILOKHOS.

Tu plaisantes!

EURIPIDÈS.

Tu plaisantes!

MNÈSILOKHOS.

Gémis.

EURIPIDÈS.

Gémis.

MNÈSILOKHOS.

Pleure.

EURIPIDÈS.

Pleure.