II
Le même plat pour tous, pour tous la même gourde Pleine d’un vin épais qui sentait le goudron Et, tous, l’on s’empiffrait à même le chaudron De pois chiches très durs et de soupe très lourde.
Autour du puchero l’on s’asseyait en rond Et chacun racontait son histoire ou sa bourde, Trop heureux quand un merle, une alouette, un tourde Venait corser un peu le menu du patron.
L’escopette pendue à l’arçon de la selle Et fiers de n’avoir guère allégé l’escarcelle, Les émigrants étaient dehors au point du jour.
Par des sentiers poudreux, ou des routes fangeuses Contemplant les sierras lointaines et neigeuses Et vibrants sous la joie immense du retour.