CHAPITRE VIII
LES MORALISTES
Dussaulx, dans son livre: _De la passion du jeu_, paru en 1779, relate de singulières anecdotes sur les joueurs. Il faut croire qu’ils ont bien changé, car, à part les suicides, on ne voit que rarement d’extravagances furieuses comme celle de ce maniaque qui brisa la table de jeu, mangea les cartes, et avala la bougie ardente. Un second maniaque, à Naples, mordit la table avec tant de rage, que ses dents la pénétrèrent, et qu’il resta mort sur place. C’est heureux qu’il n’eût pas mordu le croupier. Un apoplectique qui trépassa d’un coup de sang au milieu d’une partie fut aussitôt fouillé par ses partenaires, qui se payèrent avec l’argent trouvé dans ses poches, de ce qu’ils avaient perdu. En Russie, on jouait ses serfs; à Rome, ses esclaves. Un Vénitien joua sa femme, un Chinois y joignit ses enfants et perdit le tout. Mauvaise affaire pour le gagnant! Je suppose qu’ils jouaient à qui perd gagne. Les Germains se jouaient eux-mêmes en un seul coup. Dussaulx raconte bien d’autres histoires; on en remplirait des volumes, qui ne prouveraient rien, sinon que l’homme a toujours joué et jouera toujours en dépit des édits, des ordonnances et, qui, pis est, de la ruine et de la mort.
Mais voici peut-être la scène la plus lamentable. Un père de famille, après avoir perdu avec sérénité la moitié de sa fortune, joua le restant, qu’il perdit avec la même placidité; on le regarde, sa figure ne change point; on aperçoit seulement qu’elle devient immobile; cet homme vivait à son insu: deux ruisseaux de larmes s’échappent de ses yeux, sans que ses traits en soient altérés; les ressorts de la machine craquaient en dépit de sa volonté; il ne parut d’abord que ridicule... Je ne sais quelle idée cette statue pleurante éveilla tout à coup dans l’âme des spectateurs: quoique joueurs, ils finirent tous par être saisis de terreur et de pitié.
Est-ce pour éviter ces explosions de _sentimentalisme_, que l’on vendait à Venise des masques riants, à l’usage des joueurs?
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A propos de masque, il en est dans les bas-reliefs du joli théâtre de Monte-Carlo un tragique dont souvent, tandis qu’éclataient les joyeuses notes de l’orchestre, je ne pouvais détacher mes regards; et mon imagination les suivant me faisait descendre dans les profondeurs de l’horrible.
C’est l’épouvante médusienne; la bouche crie l’angoisse du désastre; les yeux s’ouvrent immenses, vides, sans prunelles. Il semble que toute la longue série des suicides, les poitrines trouées, les gorges sanglantes, les crânes ouverts, les corps aplatis ou écrabouillés sur le rocher, les noyés, les pendus, les asphyxiés passent, défilé macabre, dans une ronde de minuit. Et, dans l’expression d’horreur de cette face, quelque chose de l’inflexibilité du destin, la fatalité implacable, le reflet des drames si souvent vus qu’il garde stéréotypé, les longues épouvantes, celles que laissent derrière eux les corps des suicidés.
Les suicidés? Ils sont nombreux, dit-on, et l’on n’en connaît guère le chiffre, bien que le public soit porté à l’exagérer. Rien d’étonnant cependant à ce qu’il soit considérable, étant donné que beaucoup de désespérés viennent jeter là leur dernier enjeu. Ils se seraient tués chez eux, à côté de leur caisse vide, de leurs livres falsifiés, de leurs billets protestés, de l’annonce de leur banqueroute; ils viennent se tuer près du tapis vert. Rien de changé que le lieu du sinistre.
Mais n’est-il donc que les joueurs qui se tuent, et tout ce qui nous entoure ne peut-il amener des catastrophes? Les grandes fortunes ne sont-elles pas équilibrées sur les effroyables misères, et lorsqu’un spéculateur échafaude des millions, n’est-ce pas sur un monceau de ruines? La banque, le commerce, l’industrie ne comptent-ils pas leur contingent de victimes? La femme n’amoncelle-t-elle pas autant et plus que le jeu, suicides et désastres? Faut-il supprimer l’amour? Faut-il supprimer le tabac que certains docteurs accusent de crétiniser l’espèce? l’alcool, parce qu’il y a des gens atteints de _delirium tremens_? les vins, à cause des ivrognes? les bières, parce qu’elles nous engraissent, nous épaississent et nous germanisent?
Eh! quoi! cela se fait déjà dans la _libre_ Amérique. Certains États punissent d’amende et de prison tout citoyen convaincu de garder chez lui des liqueurs. Et si les mômiers ne punissent pas, sous prétexte de religion et de morale, ceux qui travaillent en paix le dimanche à la reproduction de l’espèce, c’est qu’en pareil cas la constatation du délit est difficile. Mais ils les vouent aux peines éternelles.
Eh! messieurs les moralistes, de quoi vous mêlez-vous? Laissez-nous tranquilles et ne prenez tant de soucis ni de nos corps ni de nos âmes. Nous payons notre place au soleil, nous entretenons vos fonctionnaires, vos députés, vos magistrats, vos prêtres, vos gendarmes; il nous plaît maintenant de boire, d’aimer, de jouer et d’user librement du peu de liberté que nous achetons fort cher, vous n’avez rien à y voir. Portez vos préoccupations sur le sort des misérables, sur les ouvriers sans travail, les vieillards sans asile, les mères sans pain, et la fille-mère que vos sots préjugés et votre sotte morale poussent à tuer son enfant; portez vos préoccupations sur la question des salaires insuffisants, des mineurs qui crèvent dans les mines, des institutrices qui encombrent le pavé; cherchez le problème de la misère grossissante et laissez les jeunes et inutiles paresseux gaspiller l’argent de papa, le traitant rendre au jeu l’argent volé dans les poches publiques et le notaire fripon sauter près du tapis vert.
Le mal du joueur, je parle du joueur heureux, est qu’il perd la notion de la valeur de l’argent et dissipe le gain rapidement acquis.
«Tôt est perdu avoir mal conquesté.» Mais est-ce bien un mal?
Il ne cause de préjudice qu’à lui-même, et d’autres, beaucoup d’autres tirent profit de ses extravagances.
Nous nous préoccupons trop des désastres privés et pas assez de la misère publique.
Qu’un joueur enlève une grosse somme à la banque, il fait œuvre pie en la dépensant. Elle rentre dans la circulation, entretient les industries de luxe, que dédaignent trop les Jacobins austères, cousins germains des puritains obtus.
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Il faudrait, avant tout, se montrer logique; mais, à ces apôtres qui prétendent nous «moraliser» malgré nous, tailler notre vie sur les mesures étroites de leur puritanisme et de leur tartuferie, la logique fait défaut.
Et puis, quoi? S’il me plaît de perdre mon argent, de le jeter sur un tapis vert, le dos d’un cheval, le ventre d’Aspasie ou par la fenêtre!
D’autres le ramasseront, et en quoi cela concerne-t-il le consul ou le préteur?
«Nous voulons jouer, écrivait Montjoyeux, et perdre notre argent, et nous vieillir, et nous faire le crâne chauve, les mains tremblantes, les joues creuses; nous voulons oublier nos femmes et nos maîtresses, nos travaux et nos affaires; ignorer, sous les hauts salons enfumés, que dehors court l’air libre, l’air bienfaisant; ne pas nous souvenir que, quelque part, nous attend le souper préparé, nous attend le plaisir, nous attend l’amour...»
Qu’importe qu’un brasseur d’affaires enrichi dans les spéculations louches se ruine dans de fausses combinaisons de Bourse et remette sa famille sur la paille où elle est née.
Qu’importe qu’un beau fils de famille, inutile, oisif, gaspille la fortune amassée sou à sou par la lésine d’un père Harpagon, ou raflée en bloc par les rapines ancestrales! Je suis ravi au contraire de le voir rendre à la circulation ce que Shylock ou Macaire en a retiré, et rétablir ainsi, inconsciemment, l’équilibre. Ah! vieux forban, tu as affamé des misérables, tu as trafiqué sur la détresse, ruiné d’honnêtes gens, forcé leurs filles à devenir institutrices ou prostituées. Voici le châtiment! Ton fils, en quelques années de haute noce, détruira ta longue et sale besogne; ton or se fondra comme neige au soleil. Les filles, ou le tapis vert, mettront ton héritier à sec. Obligé de travailler pour vivre, ou de disparaître, il rendra, dans l’un ou l’autre cas, service à la société.
Les amateurs de statistique, pour qui rien n’est caché, prétendent que le jeu ne ruine pas plus d’un joueur sur dix mille. «C’est déjà trop», crieront les mères effrayées. Mais pourquoi autoriser, patronner les jeux de la Bourse qui, suivant les calculs des mêmes statisticiens, en ruinent au moins un sur cent.
Sans vouloir établir de parallèle entre les pontes et les _bookmakers_, contre lesquels on mena, à tort ou à raison, une si rude campagne, il me suffit de citer un couplet d’une des _Chansons de Faubourg_, du poète Blédort:
On nous voit partout sur le turf, Traqués par la police. Vraiment, notre sort n’est pas _urf_, Et manque de délice, Nous ne faisons rien De mal, nom d’un chien! Nous jouons dans la course Mais d’autres que nous Jouant à la Bourse Sont autrement filous.»
A côté des pertes colossales, il est des gains fantastiques. On sait l’incroyable veine de l’Espagnol Garcia, dont le nom restera célèbre dans les chroniques du jeu. Chaque fois qu’il attaquait une banque, elle sautait. Les croupiers ne le voyaient arriver qu’avec crainte. Il jouait en brûleur, mais semblant avoir l’intuition du numéro qui allait sortir, pontait le maximum et enlevait. Devenu puissance dans les Kursalls d’Allemagne, car il gagna près de cinq millions en quelques années, il vit bientôt couler plus rapidement encore cette fortune si lestement acquise, et finit par être jeté à la porte du Casino de Saxon pour une mise insignifiante qu’un voisin de table l’accusait d’avoir volée.
C’était, du reste, un simple filou d’après ce que raconte Carle des Perrières: «Garcia, le fameux Garcia, allant chercher fortune à la Havane, fit faire, deux mois avant son arrivée, par un associé, une rafle de toutes les cartes que la ville possédait. Plus de cartes à la Havane. Tout à fait par hasard, le bateau qui amenait Garcia en contenait un chargement énorme. Les Havanais s’y précipitèrent; la Havane était sauvée. Seulement, ce qu’ils ignoraient complètement, c’est que tous les jeux de cartes, faits sur un modèle unique, étaient marqués et reconnaissables au seul Garcia qui «gagna» 3 ou 400.000 francs en un mois.
Au moment de sa grande veine,--il avait enlevé déjà près de deux millions à la banque d’Hombourg--il demanda au directeur des jeux d’élever pour lui le maximum de douze mille francs à soixante mille. Blanc y consentit, et dès le lendemain Garcia gagnait plus d’un demi-million.
--Eh bien! dit-il au tenancier arrêté devant sa table et témoin de sa victoire. Vous avez peur. L’un de nous sautera, c’est sûr.
--Monsieur Garcia, répliqua le petit vieillard, je ne sauterai jamais, moi, car, j’ai 3.000 francs de rente, déposés à la banque, que vous ne me gagnerez pas.
Et tournant sur ses talons, il continua paisiblement sa promenade.»
Quelques semaines après, ajoute Carle des Perrières, qui raconte l’anecdote, Garcia demandait le _viatique_ pour regagner Paris[3].
[3] On appelle ainsi la somme que le Casino alloue aux joueurs décavés afin de leur permettre de retourner chez eux; elle est, ai-je besoin de le dire, strictement limitée aux frais du voyage. Le décavé signe un reçu de cet argent, qu’il doit rembourser s’il veut rentrer au Casino.
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Tous, d’ailleurs, terminent ainsi, ou à peu près, suivant les lois immuables de l’équilibre. Il suffit de citer les noms récents de Wells et de Harry Rosenfeld. On connaît le sort du premier qui gagna sur un seul numéro cinq cent mille francs en trois jours. Quant à Rosenfeld, qui vint exprès de San-Francisco faire danser sur la roulette le million de dollars qu’il venait d’hériter d’un oncle, après des gains d’abord considérables, une suite de _maxima_ sur le chiffre 17, il partit pour l’Algérie après avoir perdu, non seulement son gain, mais un nombre respectable de milliers de livres sterling en plus[4].
[4] Wells fut condamné en mars 1893 à 8 années de servitude pénale pour avoir obtenu plus de trente mille livres sterling par des moyens réputés frauduleux. Il avait fait ses études en France où il s’était fait recevoir ingénieur civil.
En 1885, il s’établit à Portsmouth avec un capital d’environ 30.000 livres sterling et s’occupa d’inventions. Il prit une centaine de brevets qui épuisèrent ses fonds. C’est alors qu’il eut recours à des annonces qui le conduisirent devant les tribunaux. Pendant six ans, il étudia les différents systèmes de jouer à Monte-Carlo, emprunta 10.000 livres d’un Américain pour commencer et en gagna 20.000 qui passèrent à ses brevets et à son fameux yacht. Il réalisa en tout 60.000 livres qui s’engloutirent de même façon.
L’un de nos confrères rencontra plus tard Garcia dans un de ces tripots des plages de l’Amérique espagnole, où il est prudent de ne pénétrer que muni d’un revolver de sérieux calibre.
«Je suis entré, dit-il, dans ce repaire et ai admiré autour des tables de baccara, toutes les faces de la filouterie cosmopolite. La barbe longue entre le jaune et le gris, la paupière vacillante, la taille courbée, j’ai pu voir poussant un douro de main prudente, un vieux débris qui fut le prince des joueurs de ce siècle. C’est le fameux Garcia qui, jadis, enleva quatre millions au trente-et-quarante, fit trembler tous les maîtres croupiers de l’Allemagne et, finalement décavé, échoua à la suite d’une misérable tricherie à la correctionnelle.»
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Il est, cependant, une garantie pour les joueurs de Monte-Carlo, c’est que pontant en espèces sonnantes ils ne peuvent perdre que ce qu’ils ont en poche. Dans les cercles de Paris et des stations balnéaires ou thermales qui ne sont en réalité que des rendez-vous de joueurs, des chevaliers de la dame de pique et des refuges de fripons, l’on se sert de jetons ou de plaques, laisser-passer directs pour la ruine.
Henry Baüer, que je me plais à citer comme une autorité en la matière, en raison des sommes rondes qu’il avoue avec bonne grâce avoir laissées sur les tapis, observe fort justement «qu’au bout d’une demi-heure de séjour dans l’enfer», le joueur a perdu la notion de la valeur des jetons ou des plaques qu’il pousse dans la partie; il risque sans hésitation un jeton de nacre ou d’ivoire figurant mille, cinq mille ou dix mille francs; il en est tout autrement quand il joue argent comptant. Tout le monde sait que c’est dans les parties à jetons ou sur parole qu’ont été prises les plus grosses «culottes». Des joueurs sortaient à l’aurore d’une espèce de cauchemar, qui leur coûtait plusieurs centaines de mille francs[5].
[5] _La Ville et le Théâtre_.
Tous ces gens qui viennent dans l’espoir de faire sauter la banque et «sautent» eux-mêmes, ne peuvent, si l’on raisonne logiquement, n’inspirer qu’une pitié médiocre. Il est dans toute opération aléatoire un gagnant et un perdant et celui contre lequel le sort est contraire ne s’est pas engagé avec la certitude de perdre, sans quoi, il n’eût pas joué, mais avec l’espoir de gagner, de dépouiller son partenaire.
Ce qui est à plaindre c’est le pauvre diable qui n’a que quelques louis en poche avec lesquels il croit trouver le salut et ne trouve qu’une plus complète ruine, car, comme dit Balzac, «il n’y a rien de si complet que le malheur.»
Mais, si le jeu fait des victimes, il fait des heureux, et combien comme le comte de Rochechouart ont dû leur fortune à un bon coup de dé. Agé de seize ans, il se rendait à Odessa demander la protection du duc de Richelieu, lorsque, arrivé à Milan, il se voit réduit à un seul louis. Comment continuer sa route? Il errait tristement par les rues lorsqu’il voit devant lui, grande ouverte, la porte d’un tripot; il entre, s’approche du tapis, jette au hasard son unique pièce et retire une poignée d’or, de quoi subvenir largement à ses frais de voyage.
Aussi, jamais un joueur ne considère la partie perdue tant qu’il lui reste une mise pour le coup suprême. Puis, si le sort lui a été funeste aujourd’hui, lui sera-t-il favorable demain? La déveine pas plus que la veine ne peut continuer.
«Il n’est chance qui ne retourne», dit un proverbe, et à force de mal aller tout ira bien. Toujours la loi de l’équilibre. Et c’est ainsi qu’on endort ses douleurs. On s’est couché désolé, poches et cerveau vides, on se réveillera avec la reine des joies de ce monde, celle qui console de toutes les afflictions, de tous les déboires, de toutes les misères, la divine Espérance.
Ceux qui jettent sur le tapis _au petit bonheur_, au _coup de pistolet_, à _la folie_, leur mise, font hausser les épaules aux _systémiers_. Ce ne sont pas de vrais joueurs, disent-ils, mais des audacieux ou des naïfs, que le hasard peut favoriser de temps à autre, mais destinés fatalement à une perte certaine. Ce sont eux qui alimentent chaque jour la banque, défrayent la Principauté, entretiennent le clergé, la garde, la gendarmerie, la voirie, la police. C’est le _ponte_, en un mot, dupe et victime, celui dont on trouvera quelque jour le cadavre balancé à un arbre ou le front troué par une balle dans une chambre d’hôtel, ou brisé sur les rochers d’un cap.
Le vrai joueur calcule. C’est un spéculateur, il l’affirme lui-même, qui opère sur le tapis comme on opère à la Bourse. Il arrive armé de marches, de martingales, combine sur les chances simples, les chances composées, multiples, pique des cartons, aligne des colonnes de chiffres, et si extraordinaire que cela paraisse dans un jeu de hasard, ne confie jamais une pièce au hasard.
Il arrive que pendant des semaines, des mois, parfois des années, il réalise de constants bénéfices... jusqu’au nettoyage brusque et final.
Mais, rassurez-vous, celui-là ne se tue jamais.
Il ne se tue jamais parce que tant qu’il lui restera de quoi tenter à nouveau la chance il ne désespère pas.
Des gens qui ont perdu des millions s’imaginent qu’ils vont se refaire quand avec quelques louis ils ont gagné deux ou trois billets de banque... et il arrive parfois qu’ils se refont!
Terminons ce chapitre par une anecdote cueillie récemment dans l’_Écho de Paris_.
Au Casino de Monte-Carlo un de nos plus brillants officiers de dragons, trouve un louis tombé à terre.
--Tiens, dit-il, rendons au hasard ce qu’il me fait trouver.
Et il jette le louis sur le tapis.
Une veine insolente s’attache à l’orphelin qui se multiplie d’une façon fantastique.
Obligé de quitter la salle de jeu, le comte ramasse un tas d’or et de billets.
Au moment où il va sortir, il aperçoit un tout jeune homme qui semble chercher timidement quelque chose autour de la table de jeu.
--Vous avez perdu quelque chose, monsieur? lui demanda le comte.
--Oui, monsieur, un louis.
--Le voilà; c’est moi qui l’ai trouvé... Très heureux, monsieur.
En même temps il remet près de dix mille francs dans les mains du jeune homme complètement ahuri.