X.
_Enterrés vivants._
Les sauvages portent quelquefois à la sépulture des hommes encore vivants. Chez les Corbeaux, il y avait un malade que je visitais chaque jour. Un matin que j’allais le voir, j’aperçus devant la tente un chariot attelé de deux chevaux: j’entrai. Le moribond était revêtu de ses habits de gala, avec la figure peinte en rouge. Les parents étaient assis en silence tout autour de la loge. Au bout de quelques instants, un d’entre eux se leva et me dit: «Cessez de lui parler; il est temps de partir.--Et où voulez-vous aller?--Le porter à la sépulture, répondit-il en me montrant le malade.--Comment? Le porter à la sépulture? mais il n’est pas mort.--Oh! reprit l’Indien, il sera mort avant que nous n’arrivions à la colline.--Et moi je vous dis que vous ne l’emporterez pas tant qu’il sera vivant; autrement je vais chercher la police et je vous fais mettre en prison.» Là-dessus ils renoncèrent à leur projet. Cette conversation avait lieu en présence du moribond, qui comprenait parfaitement tout ce qu’on disait. Vers le soir l’homme mourut, et on le transporta à la colline.