Scène 5
Mademoiselle Mance, Élisabeth Moyen
Une chambre de l’hôpital. Élisabeth Moyen, le bras droit en écharpe, Mlle Mance.
Mademoiselle Mance,elle examine d’abord la main blessée, puis l’enveloppe avec précaution et d’un air radieux. –Voilà une blessure qui va avoir de graves conséquences.
Élisabeth Moyen,avec un effarouchement candide –De graves conséquences !
Mademoiselle Mance,s’asseyant près d’elle –**Vous sentez-vous assez remise pour une communication sérieuse ? (La jeune fille troublée la regarde sans rien dire.)Vous savez que de grandes faveurs suivent souvent de grandes épreuves, – vous savez que Dieu veille sur les orphelins.
Élisabeth Moyen – Je le remercie tous les jours de m’avoir conduite près de vous.
Mademoiselle Mance – Mais je ne puis vous tenir lieu de famille. – Il vous faut une autre protection, le Bon Dieu le sait bien, et il a incliné vers vous l’un des cœurs les plus nobles, les plus généreux qu’Il ait jamais faits. (Caressant les cheveux de la jeune fille fort agitée.)Votre absence me laissera un vide cruel, un vide que personne ne remplira jamais ; mais pourtant c’est avec bonheur que je vous remettrai entre les mains de Lambert Closse.
Élisabeth Moyen, se levant toute droite– Lui ! ! ! il m’aimerait !…
Mademoiselle Mance – Il vous aime,… il vous veut pour la compagne de sa vie. Mais il veut que vous sachiez que jamais il ne quittera Ville-Marie.
Élisabeth Moyen – Que m’importe le danger, – s’il m’aime, – si je puis vivre avec lui, – pour lui. – Mais non, il ne m’aime pas. – Une pauvre enfant comme moi, – lui, le héros. – C’est impossible. – Il ne m’aime pas. – S’il me demande en mariage, c’est parce qu’il croit que je lui ai sauvé la vie.
Mademoiselle Mance, gaiement –Vous allez éclaircir ce point-là avec votre futur, mon enfant.
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