Scène 4
Mademoiselle Mance, Closse
Chambre de l’hôpital, Mlle Mance et Lambert Clossecausent.
Closse – Je vais bien vous étonner.
Mademoiselle Mance – Moi ?… Mais qu’y a-t-il donc ?… Est-ce une mauvaise nouvelle ?
Closse, rougissant, timide – Vous en jugerez.
Mademoiselle Mance, souriant –Il s’agit d’Élisabeth, – de sa belle conduite d’hier.
Closse – Ah ! bonne amie, merci de me faciliter ce que j’ai à vous dire. Le fait est que j’ai présumé de mes forces ; – que me voilà fou de cette enfant. J’en meurs de honte, mais je n’y puis rien.
Mademoiselle Mance – Tant mieux, il faut une protection à Élisabeth, – et sans flatterie, la vôtre n’est pas à dédaigner. Mais comment cela vous a-t-il pris. C’est son courage qui vous a touché ?
Closse – Le sais-je ? Qui dira comment et pourquoi l’amour entre dans le cœur. Mais il y a fait bien des bouleversements.. (Se levant et marchant). Ah ! comme on connaît peu ce qui nous attend. Dieu le sait ! je ne suis venu ici que pour faire mon métier de soldat. Je voulais m’immoler à cette belle œuvre de Ville-Marie, et voici qu’il me faut un foyer, – du bonheur. Je suis bien humilié, – et pourtant, je me sens si heureux. Ma jeunesse m’est revenue, ardente, entière. Comme au printemps, tout chante, tout s’illumine. Voyons, voulez-vous transmettre à mademoiselle Moyen ma demande ?
Mademoiselle Mance – De tout mon cœur, Major.
Closse – Mais il faudra lui dire que jamais je ne quitterai Montréal. Je ne le pourrais sans me mépriser moi-même. En m’acceptant pour mari, c’est donc une vie de privations, d’alarmes et de périls que mademoiselle Moyen choisira.
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