‹ Aux jours de MaisonneuveChapitre 23 sur 34 · Scène 1

Scène 1

Closse, Élisabeth, Flamand, Pigeon

Lambert Closse, Élisabeth (madame Closse), rangeant des plats dans le dressoir : Flamand et Pigeon, domestiques du major.

Closse, à Élisabeth –Ma pauvre petite femme, vous voici donc presque en plein bois.

Élisabeth, riant –Avec vous, je n’ai peur de rien.

Closse – Folle enfant ! – il faut être bien prudente.

Élisabeth – Je serai prudente. Mais je ne crains rien avec vous.

Closse – Votre maison est bien pauvre, bien nue.

Élisabeth – Laissez faire ; vous verrez quelle bonne ménagère vous avez.

Closse – J’aurais tant voulu vous faire une vie douce, agréable. – Cette maison est si triste, si sombre…

Élisabeth – Où prenez-vous cela ? Je trouve ma maison belle. Quand vous y êtes, elle me semble faite de rayons.

Closse, bas– J’aimerais bien vous embrasser. Mais ce chien de Flamand nous regarde. (Riant.) Avez-vous fini vos arrangements ?

Élisabeth – Y a-t-il quelque chose que vous désiriez que je fasse ?

Closse – Oui, il faut que vous appreniez à vous servir des armes. (à Flamand)Préparez la cible. (À Élisabeth.)Je vais vous donner des leçons de tir.

Élisabeth – Des leçons de tir !

Closse – Oui, – en attendant les jours de sécurité, il faut que vous sachiez un peu vous défendre, – le fusil, la carabine, c’est trop lourd pour vos mains. (Il va prendre un pistolet et le lui présente.)

Élisabeth, repoussant l’arme –Je ne pourrai jamais.

Closse – Vous ne pourrez jamais ! Mais vous avez bien pu saisir le couteau de Cœur de Roc. (Il prend sa main droite, regarde la blessure, la baise discrètement, et dit gaiement.)Allez-vous nier que vous êtes une héroïne, – que vous m’avez sauvé la vie. D’abord, savez-vous charger un pistolet ?

Élisabeth – On met de la poudre dans le canon, – de la poudre, – du plomb ou des balles, – et des bourres.

Closse, lui présentant un pistolet –Faites. (À ses domestiques.)Donnez une corne à poudre, du plomb et des bourres, – et allez à la redoute examiner les environs.

Élisabeth, versant de la poudre dans sa main, la montre à son mari. –Y en a-t-il assez ?

Closse – Oui, mon cœur. (Élisabeth met la poudre dans le canon, puis elle met la bourre, et va pour mettre le plomb.)Vous prenez la baguette et enfoncez la bourre. Bien, très bien, mon cœur, mettez le plomb, puis une autre bourre, – et la pierre, comme ceci. (Il la place à la distance voulue de la cible) Maintenant, élevez le pistolet. Tenez-le bien serré. Vous aurez un léger choc quand le coup partira, – mais ce n’est rien.

Élisabeth, tremblante –J’ai peur.

Closse – Peur ! Est-ce qu’on a peur ? Allons donc. Mettez le doigt sur la détente. Pointez le canon et la mire et prenez votre visée pour que le coup porte où vous voulez. Pressez la détente. (Le coup part. Élisabeth tremblante, s’appuie à l’épaule de son mari, qui l’étreint contre son cœur.)Recommencez. Vite, comme si un loup ou un Iroquois allait fondre sur vous. Il faut que la charge ne soit ni trop forte ni trop faible. Souvenez-vous de cela. Feu… (Le coup part.)Bravo. Pas mal du tout.

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