Scène 3
Maisonneuve, Closse
Maisonneuve, entrant armé –Les Iroquois vous ont assailli. Comment votre jeune femme a-t-elle supporté l’alarme ?
Closse – Vaillamment, – tant qu’a duré la fusillade, mais quand le calme s’est fait, toute sa force l’a abandonnée. Elle repose.
Maisonneuve – Pauvre enfant ! Et dire que la situation est plus terrible que jamais. – Mon cher compagnon d’angoisses et de périls, je vous apporte une effroyable nouvelle.
Closse – Je vous écoute, Monsieur le Gouverneur.
Maisonneuve – Les cinq tribus iroquoises ont décrété l’annéantissement (sic) de la Nouvelle France. Pour en finir avec les Français, ces démons se sont unis. 800 sont près d’ici, à la Roche Fendue ; 400 autres y seront bientôt.
Closse – Es-tu bien sûr ?
Maisonneuve – Absolument sûr ; un messager du Gouverneur est arrivé. Monsieur d’Argenson m’écrit que les Iroquois se porteront d’abord sur Québec, puis sur Trois-Rivières et Ville-Marie.
Closse – C’est un grand bonheur que nous soyons avertis.
Maisonneuve – Les habitations voisines de Québec, – les maisons de la Basse Ville ont été abandonnées. Les familles sont réfugiées au Fort, à l’évêché, chez les Jésuites. Monseigneur de Laval a fait enlever le Saint Sacrement de l’église paroissiale. Partout on se barricade, on fait le guet jour et nuit, et on se prépare à une défense désespérée.
Closse – Mais la garnison est si faible, – si absolument insuffisante.
Maisonneuve – Humainement parlant, tout doit être mis à feu et à sang, – je le sais, – et malgré tout, j’espère.
Closse – L’expérience, voyez-vous, crée l’espérance. Songez à ce que nous avons fait ici.
Maisonneuve – Aurais-je mérité de voir périr dans mes mains l’œuvre qui m’a été confiée ?
Closse – A laquelle vous avez tout sacrifié, tout immolé. Non, Monsieur de Maisonneuve, la Vierge Marie ne peut vous abandonner. Je ne sais pas d’où viendra le secours, mais le secours viendra.
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