Scène 3
Maisonneuve, Lambert Closse, Brigeac,
Élisabeth Moyen, les colons qui sont de garde
Maisonneuve – Vive Notre-Dame, c’est le mot d’ordre pour cette nuit. Priez-la, mes braves, nous sommes ici pour sa gloire ; entre toutes les voix qui crient vers elle, elle distingue les nôtres.
Lambert Closse, sur le front à la naissance des cheveux, une bande de toile tachée de sang.
Maisonneuve – Une bonne nouvelle, Major. Vous n’avez pas risqué votre vie pour rien, Mlle Moyen nous arrive.
Closse – Pauvre enfant, je voudrais bien pouvoir lui donner l’illusion de la sécurité. Si ces monstres d’Iroquois pouvaient donc nous laisser un peu de repos. (Joyeuses exclamations au dehors. La porte du fort s’ouvre toute grande, et Brigeac paraît, donnant la main à mademoiselle Moyen à qui quelques Français font une sorte d’ovation. Brigeac conduit la jeune fille à Maisonneuve. Elle est tête nue, les cheveux flottants.)
Élisabeth Moyen – Monsieur le Gouverneur, comment vous remercier, vous qui m’avez arrachée à cette horrible captivité.
Maisonneuve – Mon enfant, vous avez des droits sacrés à notre protection. Mais sans l’heureuse capture d’un chef iroquois, je n’aurais pu vous racheter, malgré toute ma bonne volonté. Il y (a) ici quelqu’un à qui vous devez bien plus de reconnaissance qu’à moi. (Maisonneuve va prendre le bras du major Clossequi se tient en arrière, et le présentant à la jeune fille.)Monsieur Closse, le héros de Ville-Marie. C’est lui qui a fait l’Iroquois prisonnier, et, comme vous voyez, dans la lutte il a failli perdre sa chevelure.
Élisabeth Moyen, avec une émotion intense– Monsieur, vous êtes blessé.
Closse,portant la main à son front avec un geste de mâle insouciance –Ce n’est rien… Ne pensez pas à cela, mademoiselle. Dans quelques jours, il n’y paraîtra guère. Mais l’Iroquois s’est cru bien sûr de son fait. (Il rit, les autres rient aussi. Élisabeth, la figure couverte de larmes, le regarde avec admiration, une reconnaissance muette, mais éloquente.)
Closse, gêné par son admiration –Vive Notre-Dame ! Nous l’avons priée pour vous, mademoiselle, c’est Elle qui vous a ramenée.
Vive Notre-Dame ! (répètent tous les hommes.)
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