‹ Aziyadé Extrait des notes et lettres d'un lieutenant de la marine anglaise entré au service de la Turquie le 10 mai 1876 tué dans les murs de Kars, le 27 octobre 1877.Chapitre 105 sur 143 · LXIII

LXIII

Le soir d'apres, nous arrivons a Ismidt (Nicomedie) a la nuit tombante. Nous etions sans passeport et on nous arrete. Certain pacha est assez complaisant pour nous en fabriquer deux de fantaisie, et, apres de longs pourparlers, nous reussissons a ne pas coucher au poste. Nos chevaux cependant sont saisis et dorment en fourriere.

Ismidt est une grande ville turque, assez civilisee, situee au bord d'un golfe admirable; les bazars y sont animes et pittoresques. Il est interdit aux habitants de se promener apres huit heures du soir, meme en compagnie d'une lanterne.

J'ai bon souvenir de la matinee que nous passames dans ce pays, une premiere matinee de printemps, avec un soleil deja chaud, dans un beau ciel bleu. Bien rassasies tous deux d'un bon dejeuner de paysans, bien frais et dispos, et nos papiers en regle, nous commencons l'ascension d'Orkhan-djiami. Nous grimpons par de petites rues pleines d'herbes folles, aussi raides que des sentiers de chevre. Les papillons se promenent et les insectes bourdonnent; les oiseaux chantent le printemps, et la brise est tiede. Les vieilles cases de bois, caduques et biscornues, sont peintes de fleurs et d'arabesques; les cigognes nichent partout sur les toits, avec tant de sans-gene que leurs constructions empechent plusieurs particuliers d'ouvrir leurs fenetres.

Du haut de la djiami d'Orkhan, la vue plane sur le golfe d'Ismidt aux eaux bleues, sur les fertiles plaines d'Asie, et sur l'Olympe de Brousse qui dresse la-haut tout au loin sa grande cime neigeuse.