‹ Aziyadé Extrait des notes et lettres d'un lieutenant de la marine anglaise entré au service de la Turquie le 10 mai 1876 tué dans les murs de Kars, le 27 octobre 1877.Chapitre 106 sur 143 · LXIV

LXIV

D'Ismidt a Taouchandjil, de Taouchandjil a Kara-Moussar, deuxieme etape ou la pluie nous prend.

De Kara-Moussar a Nicee (Isnik), course a cheval dans des montagnes sombres, par temps de neige; l'hiver est revenu. Course semee de peripeties, un certain Ismael, accompagne de trois zeibeks armes jusqu'aux dents, ayant eu l'intention de nous devaliser. L'affaire s'arrange pour le mieux, grace a une rencontre inattendue de bachibozouks, et nous arrivons a Nicee, crottes seulement. Je presente avec assurance mon passeport de sujet ottoman, fabrique du pacha d'Ismidt; l'autorite, malgre mon langage encore hesitant, se laisse prendre a mon chapelet et a mon costume; me voila pour tout de bon un indiscutable effendi.

A Nicee, de vieux sanctuaires chretiens des premiers siecles, une Aya-Sophia (Sainte-Sophie), soeur ainee de nos plus anciennes eglises d'Occident. Encore des montreurs d'ours pour compagnons de chambree.

Nous voulions rentrer par Brousse et Moudania; l'argent etant venu a manquer, nous retournons a Kara-Moussar, ou nos dernieres piastres passent a dejeuner. Nous tenons conseil, duquel conseil il resulte que je donne ma chemise a Achmet, qui va la vendre. Cet argent suffit a payer notre retour et nous nous embarquons le coeur leger, et la bourse aussi.

Nous voyons reparaitre Stamboul avec joie. Ces quelques journees y ont change l'aspect de la nature; de nouvelles plantes ont pousse sur le toit de ma case; toute une nichee de petits chiens, dernierement nes sur le seuil de ma porte, commencent a japer et a remuer la queue; leur maman nous fait grand accueil.