‹ Aziyadé Extrait des notes et lettres d'un lieutenant de la marine anglaise entré au service de la Turquie le 10 mai 1876 tué dans les murs de Kars, le 27 octobre 1877.Chapitre 114 sur 143 · VI

VI

Le lendemain, c'etait le jour de tout arracher, de tout demolir, dans cette chere petite case, meublee peu a peu avec amour, ou chaque objet nous rappelait un souvenir.

Deux _hamals_ que j'avais enroles pour cette besogne etaient la, attendant mes ordres pour s'y mettre; j'imaginai de les envoyer diner pour gagner du temps et retarder cette destruction.

--Loti, dit Achmet, pourquoi ne dessines-tu pas ta chambre? Apres les annees, quand la vieillesse sera venue, tu la regarderas et tu te souviendras de nous.

Et j'employai cette derniere heure a dessiner ma chambre turque. Les annees auront du mal a effacer le charme de ces souvenirs.

Quand Aziyade vint, elle trouva des murailles nues, et tout en desarroi; c'etait le commencement de la fin. Plus que des caisses, des paquets et du desordre; les aspects qu'elle avait aimes etaient detruits pour toujours. Les nattes blanches qui couvraient les planches, les tapis sur lesquels on se promenait nu-pieds, etaient partis chez les juifs, tout avait repris l'air triste et miserable.

Aziyade entra presque gaie, s'etant monte la tete avec je ne sais quoi; elle ne put cependant supporter l'aspect de cette chambre denudee, et fondit en larmes.