‹ Aziyadé Extrait des notes et lettres d'un lieutenant de la marine anglaise entré au service de la Turquie le 10 mai 1876 tué dans les murs de Kars, le 27 octobre 1877.Chapitre 15 sur 143 · XX

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La barque d'Aziyade est remplie de tapis soyeux, de coussins et de couvertures de Turquie. On y trouve tous les raffinements de la nonchalance orientale, et il semblerait voir un lit qui flotte plutot qu'une barque.

C'est une situation singuliere que la notre: il nous est interdit d'echanger seulement une parole; tous les dangers se sont donne rendez-vous autour de ce lit, qui derive sans direction sur la mer profonde; on dirait deux etres qui ne se sont reunis que pour gouter ensemble les charmes enivrants de l'impossible.

Dans trois heures, il faudra partir, quand la Grande Ourse se sera renversee dans le ciel immense. Nous suivons chaque nuit son mouvement regulier, elle est l'aiguille du cadran qui compte nos heures d'ivresse.

D'ici la, c'est l'oubli complet du monde et de la vie, le meme baiser commence le soir qui dure jusqu'au matin, quelque chose de comparable a cette soif ardente des pays de sable de l'Afrique qui s'excite en buvant de l'eau fraiche et que la satiete n'apaise plus ...

A une heure, un tapage inattendu dans le silence de cette nuit: des harpes et des voix de femmes; on nous crie gare, et a peine avons-nous le temps de nous garer. Un canot de la _Maria Pia_ passe grand train pres de notre barque; il est rempli d'officiers italiens en partie fine, ivres pour la plupart;--il avait failli passer sur nous et nous couler.