‹ Aziyadé Extrait des notes et lettres d'un lieutenant de la marine anglaise entré au service de la Turquie le 10 mai 1876 tué dans les murs de Kars, le 27 octobre 1877.Chapitre 46 sur 143 · I

I

Eyoub, le 4 decembre 1876.

On m'avait dit: " Elle est arrivee! "--et depuis deux jours, je vivais dans la fievre de l'attente.

--Ce soir, avait dit Kadidja (la vieille negresse qui, a Salonique, accompagnait la nuit Aziyade dans sa barque et risquait sa vie pour sa maitresse), ce soir, un caique l'amenera a l'echelle d'Eyoub, devant ta maison.

Et j'attendais la depuis trois heures.

La journee avait ete belle et lumineuse; le va-et-vient de la Corne d'or avait une activite inusitee; a la tombee du jour, des milliers de caiques abordaient a l'echelle d'Eyoub, ramenant dans leur quartier tranquille les Turcs que leurs affaires avaient appeles dans les centres populeux de Constantinople, a Galata ou au grand bazar.

On commencait a me connaitre a Eyoub, et a dire:

--Bonsoir, Arif; qu'attendez-vous donc ainsi?

On savait bien que je ne pouvais pas m'appeler Arif, et que j'etais un chretien venu d'Occident; mais ma fantaisie orientale ne portait plus ombrage a personne, et on me donnait quand meme ce nom que j'avais choisi.