‹ Barzaz BreizChapitre 56 sur 98 · II

II

Il y a trois nuits que je n’ai dormi, et ce soir encore je ne dormirai point,

Car la vipère siffle ; elle siffle au bord de la rivière.

Or, elle a dit on sifflant : — Voici encore une personne à moi !

J’en ai eu quatre de ce lieu, dont pas une n’a été portée en terre. —

Deux jeunes gens de qualité avaient été fiancés ce jour-là.

Dix-huit tailleurs avaient fait la robe de noces de la jeune fille ;

Lui avaient fait sa robe de noces, où brillaient douze étoiles ;

Où douze étoiles, et le soleil et la lune étaient peints.

Dix-huit tailleurs l’habillèrent ; Satan seul la déshabilla.

Quand la messe eut été chantée, elle revint au cimetière. En entrant dans l’église, elle était brillante comme la fleur du lis ;

En repassant le seuil de la porte, elle était faible comme une tourterelle.

Survint un grand seigneur paré, couvert de fer de la tête aux pieds ;

Un casque d’or sur la tète, un manteau rouge sur les épaules ;

Ses yeux comme des éclairs, sous son casque, en sa tête ;

Pour monture, une haquenée saxonne aussi noire que la nuit ;

Une haquenée dont le sabot faisait jaillir du feu, comme celle du seigneur chevalier,

Du seigneur Pierre qui est à Izel-vet ; Dieu lui fasse paix !

— Donnez-moi la nouvelle mariée, que je la conduise aux miens pour la leur faire voir ;

Qu’aux miens je la conduise pour la leur faire voir ; je serai de retour dans un moment. —

On avait beau attendre la nouvelle mariée, la nouvelle mariée ne revenait pas.