‹ Barzaz BreizChapitre 86 sur 98 · XXXV LE SIÈGE DE GUINGAMP — DIALECTE DE TRÉGUIER — ARGUMENT

XXXV LE SIÈGE DE GUINGAMP — DIALECTE DE TRÉGUIER — ARGUMENT

La Bretagne, en l’année 1488, était tombée dans le plus déplorable état : attaquée au dehors, divisée au dedans, trahie par quelques-uns des siens, réduite à créer une monnaie de cuir marquée d’un point d’or, pour remédier à la ruine de ses finances, et sans autre chef qu’une enfant. Mais toute vaincue et misérable qu’elle était, elle pouvait se relever, car, bien que gouvernée, depuis plusieurs siècles, par des princes de race étrangère, elle n’était pas encore tombée sous l’autorité immédiate des rois de France, et elle les repoussait toujours. A la tête des déserteurs de la cause nationale se trouvait le vicomte de Rohan ; il vint assiéger Guingamp, en qualité de lieutenant général des armées du roi en Bretagne.

« Mais, dit d’Argentré, les habitants de Guingamp firent response que de mettre la ville ny autres villes entre ses mains, Us ne dévoient le faire, ne devant ignorer ledit seigneur qu’elles ne fussent à la duchesse, à laquelle, du vivant du feu duc son père et depuis son décès, ils avoient fait serment de les garder ; par ainsi le prioient de les tenir pour excusés de faire autre response jusques à savoir l’intention de la duchesse. »

Rolland Gouiket, ou Gouyquet, commandait dans la ville ; la garnison était peu nombreuse : il arma tous les jeunes gens, les posta dans le fort Saint-Léonard, au faubourg de Trégnier, et le premier assaut des Français fut repoussé vigoureusement. Le lendemain ils revinrent a la charge, battirent le lorl en brèche, et s’emparèrent des laubourgs ; Gouiket lit une sortie et les repoussa encore. Le troisième jour, le vicomte de Rohan donne l’assaut à la ville même ; Gouiket est blessé sur la brèche ; on l’emporte ; son héroïque femme le remplace et force les assiégeants à demander une suspension d’armes Le vicomte de Rohan, profitant du sursis, entra dans la ville par traliison et la livra au pillage. .Mais il n’en jouit pas longtemps. Gouiket, à peine guéri de sa ble.->sure, s’étant annoncé avec un renfort considérable, les étrangers prirent l’alarme et abandonnèrent la place.

Cet événement est le sujet d’un chant populaire très-répandu, dont il existe diverses rédactions fort interpolées. J’ai choisi la suivante comme la moins éloignée de l’inspiration primitive.

— Portier, ouvrez cette porte ! C'est le sire de Rohan qui est ici, et douze mille hommes avec lui, prêts à mettre le siège devant Guingamp.

— Cette porte ne sera ouverte ni à vous ni à personne, sans un ordre de la duchesse Anne, à qui cette ville appartient.

— Ouvrira-t-on ces portes au prince félon qui est ici avec douze mille hommes, prêts à mettre le siège devant Guingamp ?

— Mes portes sont verrouillées, mes murailles crénelées ; je rougirais de les écouler ; la ville de Guingamp ne sera point prise.

Quand ils passeraient là dix-huit mois, ils ne la prendraient pas ; chargez voire canon ; çà ! du courage ! et voyons qui se repentira !

— Il y a ici trente boulets, trente boulets pour le charger ; de poudre, nous n’en manquons pas, non plus que de plomb ou d’étain. —

Comme il revenait et montait, il fut blessé d’un coup de feu, d’un coup de feu tiré du camp par un homme appelé

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