III
En cette année mil sept cent cinquante-huit, le second
lundi du mois de la paille blanche les Anglais ont été vaincus dans ce pays.
En cette année, comme devant, ils ont été mis au pas.
Toujours, comme grêle dans la mer, fondent les Anglais en Bretagne.
NOTES
Si l’on en croyait le poëte populaire, ce seraient les Bretons d’Armorique qui auraient marché au combat en chantant, et l’air ainsi que les paroles de leur chant qui auraient fait tomber les armes des mains de leurs frères les Gallois. On choisira entre la tradition recueillie par M. de Saint-Pern et celle de l’auteur breton. Mais ce qu’il y a de très-remarquable, c’est que l’air du Combat de Saint-Cast est populaire à la fois en Bretagnee et dans le pays de Galles. Les anciennes défaites des Anglais, dont le souvenir est rappelé par le poëte, se rapportent aux années 1486, 1694 et 1746. Il paraîtrait, d’après lui, que les officiers anglais de la compagnie des archers gallois auraient attribué à la trahison, et non au patriotisme réveillé par l’identité de langage et d’airs nationaux, le refus de marcher de leurs soldats. Faut-il croire que cette détermination décida les ennemis à fuir ? Cela n’est guère probable ; mais l’armée française et la marée montante concoururent bien certainement à les empêcher de regagner leurs vaisseaux, et la plupart furent faits prisonniers. On ne dit pas si les Cambriens furent du nombre ; dans cette hypothèse, leurs frères d’Armorique auront certainement adouci leur captivité : les Gallois devaient eux-mêmes, trente-cinq ans plus tard, adoucir celle des Bretons prisonniers des Anglais.
Il y a plusieurs versions du Combat de Saint-Cast : l’une d’elles m’a été procurée par M. Joseph de Galan, arrière-neveu d’un officier breton qui était à la bataille. Je ne doute pas qu’elle ait été chantée par quelque soldat cornouaillais témoin de l’affaire. Elle le fut aussi en français par divers témoins, et inspira un sarcasme très-vif au procureur général La Chalotais, à propos du duc d’Aiguillon, gouverneur de Bretagne, où ce duc n’avait pas eu l’avantage de se faire aimer. Le duc d’Aiguillon ayant assisté à la bataille de Saint-Cast du haut d’un moulin dont il avait fait son observatoire, La Chalotais s’écria : « L’armée française s’est couverte de gloire, et le duc d’Aiguillon de farine. »
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LES BLEUS
− DIALECTE DE CORNOUAILLE —
ARGUMENT
Les Bretons, dont la royauté absolue avait opprimé les pères, dans sa force, comme indépendants, voulurent la défendre, comme royalistes, dans sa faiblesse, sans lui rien demander, sans rien recevoir d’elle. Leurs frères des montagnes du pays de Galles et de l’Ecosse, eux aussi, victimes d’une monarchie toute-puissante qui s’incorpora violemment les peuples libres de l’Angleterre, n’avaient pas servi autrement les Stuarts malheureux. Conservateurs armés de l’ordre fondé par le temps, la défense de la liberté religieuse, de la liberté civile et de l’institution monarchique, contre les parodies sanglantes de ces trois grandes choses, devint l’objet qu’ils poursuivirent à travers les échafauds et les baïonnettes de la Terreur. La tyrannie révolutionnaire ne les trouva pas plus disposés à courber la tête que ne les avait trouvés la tyrannie des rois; ils marchèrent le front levé au-devant des maîtres nouveaux, en hommes dont le cri de guerre était depuis douze cents ans ; « On ne meurt jamais trop tôt, quand on meurt pour la liberté !» A ce cri des anciens bardes, répété et prolongé par tous les échos de la Bretagne, la poésie nationale s’éveilla; elle entonna ses vieux chants de guerre, en saluant de chants nouveaux l’étendard de l’indépendance. Fille du peuple, elle n’eut guère qu’un thème : les malheurs et les espérances du peuple. Elle fit des héros de ces paysans que les conventionnels traitaient d’animaux à face humaine, qu’ils ordonnaient de traquer et de tuer comme des bêtes fauves, ou d’échanger contre leurs bœufs, et qui les jetaient dans la stupeur par des paroles telles que celles-ci : « Guillotinez-nous donc bien vite pour que nous ressuscitions dans trois jours ! »
Mais laissons les poètes populaires nous tracer encore le tableau de cette lamentable époque; le Prêtre exilé vient de la peindre à sa manière; écoutons un jeune paysan qui s’est fait soldat. 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APPENDICE
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COMPLAINTE DE LA DAME DE NIZON
— DIALECTE DE CORNOUAILLE —
Il n’y a pas longtemps, par une froide matinée de janvier, s’arrêtaient à ma porte deux pauvres paysannes des montagnes ; c’étaient de ces filles de l’Arèz qui vont tous les ans quêter au loin du chanvre qu’elles emportent chez elles pour le filer, au coin du feu, pendant les longues veillées d’hiver. Debout, devant chaque maison, leur baguette blanche à la main et leur besace en toile sur l’épaule, elles annoncent leur arrivée par des complaintes, seules fleurs dont elles puissent orner le seuil qui les reçoit en cette dure saison. Aucune n’ignore que parmi leurs chants de bienvenue, ceux-là me plaisent entre tous qui gardent le parfum du passé ; et cependant elles chantaient une complainte nouvelle. Mais les couplets, — elles le voyaient bien, — tombaient comme des larmes sur mon cœur.
· · ·
Hélas! hélas! elle est morte la dame du Plessix-Nizon ! Je vois comme un nuage noir qui cache entièrement le soleil.
— notre bonne petite mère, quand vous n’êtes plus, qui apaisera notre faim ? Qui nous donnera des vêtements et des remèdes ? Qui guérira nos plaies ?
KLEMVAN ITRON NIZON — I ES KERN E — AUaz! allaz! maro itron i — llormammik paour, pa n’emocli mui, Mauer ar Geukiz-a-Mzon! Piou dorro pelloc’ii lion naon-ni? Me wel evel ar c’iioummoulclu Pion roi d’e-omp dillad ha louzou? A guz ann heol a bep lu. I Tiou bareo hor gouUou?
Depuis la ville de Quimperlé jusqu’à Nizon, nous pleurions ; agenouillés au bord du chemin, pendant quatre lieues nous avons pleuré.
Nous avons pleuré, en suivant la charrette qui vous a conduite à la terre ; nous avons pleuré près de votre tombe, nous pleurerons pendant toute notre vie.
Quel deuil, hélas! au manoir! Quel deuil au pays, chère dame ! Adieu, notre mère douce et bonne, pourquoi nous avez-vous quittés ? —
— Pauvres, pauvres chéris ! vos pleurs sont au-dessus de toutes les louanges ; mais il ne faut pas pleurer quand notre mère est dans le bonheur ;
Quand elle est avec la sainte Vierge, avec Jésus et les apôtres, avec le saints et les saintes, avec ses deux filles, et son époux.
Le prêtre qui était près de son lit parlait pour elle d’une voix douce :
« Saints et saintes du ciel, venez recevoir mon âme ;
« Oh ! venez , afin que je puisse pour tout de bon aimer, avec vous, Dieu notre père, dans le Paradis, pendant l’éternité. »
C’est à ces mots qu’elle a passé.
Adal ar gcr a Gemperle Bêle Nizon ni a oele, E boidig anii heiil danulinct UeJ pedeir leo lion euz goelel; Goekt bon euz da hcul ar t’Iiarr Zo bel ouz bo kas d’ann douar ; Goelet bon euz étal bo pez Goela raimp epad bor buliez. Pebez kaoD, siouaz, er mancrl Pebez kaon er vio, ilinn fier! Kenavo, bor mamni dou^ ba mad; Perag oi;’b-ba deud d’bnr c’buital? — — Peorien, pnorien geiz, bo taclou Zo dreist ann hoU meuleudiou; Koulskoude ne ket red goela Pa ’ma bor mainni ebarz ar joa. Pa’ ma gand ar Wun’bcz ^alltel, Gand Jezuz bag ann Ebeitel Gand ar Zent bag ar Seiitezed, Gand be diou veic’b, gand he fried. Ar ))eleg étal hi’ gwele Gand cur vou ’z dous a lavare: « Sent ba senti^zed euz ann ne, Deud da zigemcr va ene; Deut ’ta, ma belliun evid mad Kaioiii, gan-c-lioc’b, Doue bon TaJ,. Ef Baradoz da virvikcn. » Neuze e tcuaz da dremenn.
Elle a passé doucement, comme en souriant, notre chère mère, comme si elle eût vu la porte du Paradis ouverte devant elle.
Celait la fête de Notre-Dame du Carmel, une belle fête pour mourir ! C’était le soir du vendredi, ce grand jour où mourut le Sauveur.
Cessez donc, chers pauvres, cessez de gémir ; ne pleurez pas, si vous l’aimez ; le blé était mûr, les anges l’ont coupé.
Le vieil arbre est tombé, le Maître a emporté son bien ; mais beaucoup de jeunes rejetons restent après lui très-serrés.
Les petits oiseaux pourront encore faire leurs nids sous les feuilles vertes, et chanter les louanges de Dieu qui ne laisse ni l’oiseau, ni l’homme dans le besoin.
Disons le De Profundis près de la tombe de la dame du Plessix, et qu’on écrive sur sa pierre : Ici repose la mère des pauvres. —
L’auteur de cette complainte est un prêtre autrefois vicaire de la paroisse de Riec, qui aimait et aimera toujours la dame qui n’est plus.
Tant qu’il vivra il dira chaque matin un Memento pour sa vieille mère ; puisse-t-il aller la rejoindre dans le Paradis !
Tremenn e deuz prêt gnnd dousdcr, Evel c’hoarzin, hor inamm gcr; Evel m’e dife gwek-l dof Ar Barudoz il’ezhi digor. Edo gouil Muria-Gcirmcl Gouel du liuz evit mervel, Edo abaidaez ar gwener, Dcizbraz ma vaivaz ai- Zalvcr. Tavil ’ta, penrion geiz, tavit, Na oelil Uet, ma lie c’iiarit: SI ad da vedi a oa aiui ed .im elez ho di’uz lieii medet. Ar wezen goz a zo |iilet, He dra gaiid ar Mo-tr a zo et, Koulskoude mem a bbiil iaouaidi A jomm war lie Icrc’li slank-ha-slaiik An n (.’viiigou a iiellu c’iioaz iNo /ia diiidan ann deliou glaz, lia kaiia meuleudi Doue N;i loïk cvn na den dibourve. — I.e Leveromp ann De pTOfiindis Iti liez ilroii ai- GL’nkiz, ,1 iM o -kiivit war be men : A M . i;ma mamm An uiiOiilEN. Al- wri s ZO gret gand cur be!ek, lie kiire e narrez Riek, Ilag a uarn, liaga garo Da vikeii ann ilron varo. En ha ma jornino e buhez E 1 iva;o prli niintinviz El. Eur, mcnlu ’v:d be vainm goz Ma ’z ai gant hi d’ar Baradozl
NOTES
Ne méritait-elle pas d’être ainsi chantée, de l’être par un prêtre et par les pauvres gens de la Bretagne, celle dont la tendresse, au moment suprême, s’épuisa dans ce cri suppliant : « Mes enfants, si vous avez souvenir de ma mémoire, n’abandonnez jamais les pauvres ; secourez les affligés, les malades ; ayez compassion de la veuve et des petits orphelins ; mes chers enfants, pensez aux peines des laboureurs ; regardez le ciel plutôt que la terre, l’éternité plutôt que le temps. »
Son élégie n’avait-elle pas droit à une place parmi les chants dont elle a recueilli la fleur ?
L’auteur, l’ancien vicaire de Riec, le bon et vénérable curé d’Eskibien, M. Stanguénec, qui a prêté son cœur aux malheureux pour pleurer ma mère et la leur, me pardonnera d’avoir trahi sa reconnaissance : j’ai voulu lui prouver la mienne.
ÉPILOGUE
Arrivé à la fin de cette publication, ime réflexion me frappe qui m’impose un dernier devoir. Si les chants qu’on vient de lire offrent quelque inlérèt poétique ou historique , ils ne sont ni moins précieux ni moins instructifs, au point de vue philosophique et moral. Ils retracent, en effet, le tableau fidèle des mœurs, des idées, des croyances, des opinions, des goûts, des plaisirs et des peines du peuple breton, aux différentes époques de sa vie. Il s’y peint d’après nature, avec ses vertus et ses vices, sans s’inquiéter de certaim^s dif- formités qu’il n’aperçoit pas, et que l’art apprend à dissimuler par la manière de les éclairer. Le portrait n’est qu’ébauché, sans doute, mais il est frappant de vérité.
L’homme y paraît sous trois aspects qui correspondent aux trois catégories du Romancero de la Bretagne, savoir : aux poésies mytho- logiques, héroïques, historiques et aux ballades; aux chansons de fêtes et d’amour; aux légendes et aux chants religieux.
Les premières nous l’ont montré enfant, puis adolescent, puis parvenant à l’âge mûr ; les autres nous ont initié à sa vie domes- tique, les dernières à sa vie religieuse.
Résumons les traits saillants d’un caractère et d’une physionomie remarquables.
On se souvient de cet enfant, debout près d’un vieillard austère qui lui répète sa leçon : c’est l’Armoricain au début de l’existence sociale, et qu’un druide instruit. Or, Ihomme est un être enseigné : la semence morale déposée dans son âme n’y meurt point; elle s’y développe, elle fructifie , et l’on peut^ encore , après bfen des siècle, juger de h semence par les fruits. L’expérience le prouve, et le sujet qui nous occupe confirme les observations de l’expé- rience.
L’enseignement que le prêtre païen donne à son élève est sérieux, grave, sombre, et, avant tout, religieux. A peine celui-ci est né, qu’il voit autour de son berceau la Mort, la Douleur et la Néces- sité, divinités terribles qu’on lui dit d’adorer : soumis à h loi du destin, il les adore*; mais si le maître lui montre la souffrance comme le lot de l’humanité ici-bas, il fait en même temps bril- ler à ses yeux un royaume enchanté « plein de fruits d’or, de fleurs et de petits enfants qui rient; » et le cœur du jeune néo- phyte, fermé pour la terre, s’ouvre avec l’espérance pour un monde meilleur.
La même voie fleurie le mène à l’amour du merveilleux; son in- stituteur donne un aliment à ce penchant naturel à Ihomme en l’entretenant d’un monde mitoyen, peuplé d’esprits mystérieux des deux sexes, les uns nains, conq osant des breuvages magiques; les autres naines, dansant avec des fleurs dans les cheveux et des robes blanches, autour des fontaines, à la clarté de la lune. Frappé par ces fraîches images, l’enfant croira aux esprits, aux sorciers, aux fées, à l’influence des astres; il sera superstitieux et crédule.
Passant à un autre ordre d’idées, le maître apprend à son élève qu’un jour des vaisseaux étrangers descendirent sur les rivages de la patrie, et qu’ils la dévastèrent ; que les prêtres, pères et chefs du peuple, lurent égorgés, hormis un petit nombre qu’on voyait errer, fugitifs, avec des épées brisées, des robes ensanglantées, des béquilles. Et, devant ce tableau plus saisissant que celui devant lequel fit serment le jeune Annibal, l’enfant va jurer haine à mort aux étrangers, et protester qu’il défendra éternellement contre eux le culte de ses pères, les lois de son pays et son indépendance. De là naît dans son cœur, comme un doux fruit sur une tige amére, cet amour du sol natal et de la liberté, cet esprit de rési4auce opi- niâtre, ce dévouement aux chefs nationaux, et cet instinct con- servateur qu’il. ne perdra jamais.
La suite des siècles nous l’a fait voir mettant en pratique les divers enseignements du maître.
Un prince, ennemi et chrétien, le prend, l’enchaîne, lui crève les yeux, et il chante : « Je n’ai pas peur d’être tué; j’ai assez vécu; peu importe ce qui arrivera, ce qui doit être sera: il faut que tous meurent trois fois avant de se reposer pour jamais-. » Puis il pour- suit d’imprécations l’étranger, oppresseur de son culte et tyran de son pays. C’est le barbare aux passions effrénées, inspiré par une
1 Les séries. page 2 et suiv.
2 La prophétie de Cwenchlan, page 20 et suiv. haine aveugle que la raison ne peut ni blâmer ni absoudre. Ses vices ont le même caractère d’énergie sauvage que ses vertus. Chose étrange 1 ils ont un mobile semblable, ils sont sacrés comme elles. Les sens grossiers qu’il a reçus de la nature, le ciel froid et pluvieux ôous lequel il couche, la vie guerrière et rude qu’il mène, le dé- nùment presque complet où il se trouve des choses les plus né- cessaires au bien-être, la rareté des occasions qu’il a de se distraire des soucis de sa miséiable existence, tout le pousse à chercht^r les ’moyens les plus violents pour assouvir ses penchants brutaux : le pillage, l’ivresse et la danse les lui fournissent. Il pille donc, il danse et il boit*; et, en satisfaisant ainsi d’un même coup ses trois vices, l’amour du gain, l’amour des liqueurs fermentées et iamour de la danse, il croit sérieusement s’acquitter d’un double devoir envers ses dieux et son pays; car, d’une part, c’est le terri- toire ennemi qu’il ravage ; c’est le vin de l’étranger qu’il boit, et il le boit ^chose horrible à dire!) mêlé au sang de l’étranger lui-même; d’autre part, les rondes auxquelles il se livre sont saintes ; et ces rondes, ce vin, ce sang, il les offre en liolocauste au Dieu-soleil qui le bénit et lui sourit.
Pour qu’il puisse distinguer un jour le bien du mal, il faudra qu’un autre soleil l’éclairé, qu’un enseignement nouveau modifie celui qu’il a reçu, qu’une nouvelle loi vienne régler ses nobles instincts et met- Ire un frein à ses passions mauvaises.
Cette loi, il la subit, et le premier cri qui s’échappe au jour de la bataille, de son cœur où la foi du Christ commence de germer, est un défi jeté à la mort, du milieu des eaux sanglantes du baptême, une hymne où la résignation chrétienne triomphe déjà du fatalisme païen’-*. Le même sentiment éclate en ses paroles, quand la peste désole sa patrie : « La peste est au bout de ma maison, lorsque Dieu voudra, elle entrera, dit-il ; lorsqu’elle entrera, je sortirai ^. » Toute- fois, le christianisme pratique n’a pas encore pénétré dans ses mœurs ; les Hébreux étaient moins éloignés de la doctrine évangé- lique; ils disaient : « œil pour œil, et dent pour dent ; » lui, le dis- ciple des druides, il s’écrie, tout chrétien qu’il semble : « Cœur pour œil, et tète pour bras4. »
Ce langage atroce, justifié à ses yeux par l’amour du pays, il le tient et le traduit en actions pendant toute son enfance et pendant toute sa jeunesse. « Il voudrait, dit-il, écraser le cœur du roi en- nemi entre la terre et son talon )’ ; et, bravant une mort certaine, il marche seul contre mille; il suspend en trophée, au pommeau de la
1 Le vin des Gaulois et la danse du glaive, page 4S
2 La marche d’Arlhur, page 51.
3 La peste d’Elliant, page 53.
4 Page 30. selle de son cheval, comme à la porte de sa maison, la tête de l’étranger vaincu ; il rit (et serait blâmé de ne pas rire), il rit de bonheur en voyant l’herbe rougie du sang des oppresseurs de sa nation ; il se couche parmi leurs cadavres comme un lion rassasié au milieu d’un troupeau de daims égorgés, et il se délasse en les regardant . Mais quel changement soudain s’est opéré en lui ? Voilà que ces mêmes yeux qu’un spectacle aussi effroyable a charmés versent des larmes de reconnaissance et de piété ! Le barbare tombe à genoux devant le Dieu qu’il a invoqué, et auquel il doit la victoire ; il lui élève des autels comme au soutien de son pays, comme à son protecteur, et la religion remporte sur lui un nouveau triomphe. Elle l’a rendu modeste au milieu du succès, elle lui inspirera la résignation dans les fers, elle le consoleia, elle lui donnera l’espoir ; et un jour que tout le monde l’auia oublié, que personne ne le reconnailra plus sous la casaque de plomb dont l’étranger Taura chargé ; un jour que sa barbe, devenue grise, descendra jusqu’à sa ceinture, et qu’il ressemblera à un chêne mort depuis sept ans, alors la foi passera sous les traits de la sainte patronne du pays ; elle le regardera, elle le reconnaîtra, elle pleurera, elle coupera ses chaînes, et lui, poussant son cri de guérie, il appellera son pays aux armes. — Aux armes ! — répondent les guerriers. Et pour tribut, il offre aux ennemis la tête du gouverneur chargé de percevoir la taxe ; il les moissonne comme le blé dans les champs, il les bat tomme la paille sur l’aire ; et, toujours dévoué, il chante en l’honneur de ses chefs nationaux un chant de triomphe qui s’étend depuis le mont Saint-Michel jusqu’aux vallées d’Elorn . Mais malheur au fils de ses princes que les étrangers, tout vaincus qu’ils sont, emmènent prisonnier au delà des mers ! L’infortuné meurt de chagrin loin du pays natal ; et la nuit, lorsque les àines des martyrs du dévouement à la patrie viennent, à la clarté de la lune, sous la forme d’oiseaux blancs et noirs, avec une tache rouge au front, se percher sur un chêne au bord de la mer, et chanter, il ne chante pas : « Chantez, petits oiseaux, dit-il d’une voix douce et triste, vous n’êtes pas morts loin de la Bretagne ! »
Malheur bientôt au peuple lui-même ! ses chefs de race disparaissent, sa jeunesse commence, rude, à l’école de princes étrangers. Les envahisseurs qu’ils attirent près d’eux lui fournissent l’occasion de montrer cruellement qu’il n’a rien perdu de son amour pour la patrie, de sa première audace, de son esprit d’indépendance. Page:Barzaz Breiz, huitième édition.djvu/625 Page:Barzaz Breiz, huitième édition.djvu/626 Page:Barzaz Breiz, huitième édition.djvu/627 Page:Barzaz Breiz, huitième édition.djvu/628 Page:Barzaz Breiz, huitième édition.djvu/629 Page:Barzaz Breiz, huitième édition.djvu/630 Page:Barzaz Breiz, huitième édition.djvu/631 Page:Barzaz Breiz, huitième édition.djvu/632
TABLE DES MATIÈRES
Pages
I.
II.
III.
IV.
V.
VI.
VII.
VIII.
IX.
X.
PREMIÈRE PARTIE.
CHANTS MYTHOLOGIQUES, HÉROÏQUES, HISTORIQUES ET BALLADES.
Texte et traduction. Airs notés.
I. —
II. —
III. —
IV. —
I. —
II. —
III. —
IV. —
V. —
VI. —
I. —
II. —