II
Alors, les hommes de la basse Bretagne venaient au combat, en chantant : « Celui qui a vaincu trois fois, celui-là vaincra toujours !
« A Camaret, dans ces temps-ci, les Anglais ont fait une descente ; ils se pavanaient sur la mer, sous leurs blanches voiles gonflées ;
« Ils sont tombés sur le rivage, abattus par nos balles, comme des ramiers ; de quatre mille qui débarquèrent, il n’en est pas retourné un seul dans son pays.
« A Guidel, ils sont descendus, à Guidel, en terre de
Vannes ; à Guidel, ils sont enterrés, comme ils l’ont été à Camaret.
« Au pays de Léon, en face de l’île Verte, jadis ils descendirent aussi ; ils répandirent tant de sang, que la mer bleue en devint rouge.
« Il n’y a pas en Bretagne une butte, pas un tertre qui ne soient faits de leurs ossements, que les chiens et les corbeaux se sont disputés, que la pluie et les vents ont blanchis. » —
Les archers d’Angleterre, en entendant ces chants, restèrent immobiles d’étonnement ; si belles étaient la mélodie et les paroles, qu’ils semblaient fascinés par elles.
— Archers d’Angleterre, dites-moi, vous êtes donc las, que vous vous arrêtez ?
— Si nous nous arrêtons, nous ne sommes point las ; nous sommes Bretons comme ceux-ci. —
Ils n’avaient pas fini de parler : — Nous sommes trahis ! fuyons, soldats! —
Et les Anglais de s’enfuir au plus vite vers leurs vaisseaux ; mais il n’en échappa que trois.