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BÉCASSINE
CHEZ LES ALLIÉS
« Me voilà ; c’est moi, votre Bécassine, bien contente de vous retrouver après une si longue séparation. Ce que j’ai pensé à vous ! J’en perdais la tête.
« Ainsi, tenez, pas plus tard que ce matin, j’ai croisé dans la rue une jolie petite fille qui allait au cours avec son institutrice, et qui, en marchant lisait la Semaine de Suzette.
« J’ai sauté sur elle, je lui ai plaqué deux gros baisers les joues. Elle a dû me croire folle ; mais ç’avait été plus fort que moi : il me semblait que c’étaient toutes mes petites amies de Suzette que j’embrassais.
« Mais je bavarde sur des choses sans importance, et j’ai tant d’aventures à vous raconter !… Vous vous rappelez qu’à la fin de mon livre : Bécassine pendant la guerre, j’étais en Alsace, accompagnant ma bonne maîtresse, M la marquise de Grand-Air au mariage de son neveu, M. Bertrand, avec M de Valrose.
« Deux jours après le mariage, on est rentrés à Paris tous les trois (le troisième, c’était mon oncle Corentin). Sans me vanter, je peux dire que j’ai voyagé comme une millionnaire. D’abord, M. de Valrose nous a reconduits dans sa belle auto à la gare où passe l’express.
« C’est à près de 50 kilomètres ; et tout le temps des montagnes, des forêts, des cascades. Enfin, un pays superbe. Je suis contente d’avoir vu ça, quoiqu’il y avait un tel brouillard, que j’ai rien vu du tout.