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« À un endroit où on a grimpé une côte à pied pour se réchauffer, il fallait bien faire attention de ne pas s’éloigner : on se serait perdu. À dix mètres de distance, on avait l’air d’ombres chinoises… C’est amusant le brouillard, surtout dans un si beau pays !
« À la gare, M la marquise a dit que ça l’attristait de voyager toute seule. Elle nous a payé des billets de première. L’oncle Corentin et moi, nous étions fiers ; on tenait ses billets bien apparents, et on aurait été contents d’être vus par des gens de connaissance.
« On n’en a pas rencontré : comme nous sommes des environs de Quimper, nous n’avons pas beaucoup de connaissances en Alsace, ça va de soi. On a fait ses adieux à M. de Valrose, qui a eu un mot gentil pour chacun. Ah ! c’est un bon monsieur !…
« À peine le train parti, M la marquise fait réflexion que l’oncle Corentin ne peut pas se passer de sa pipe, et comme elle est la bonté même, elle lui dit : « Vous pouvez fumer, monsieur Corentin ; en ouvrant la fenêtre, ça ne me gênera pas. »
« Mais l’oncle sait ce qu’on doit aux dames. Il est allé s’asseoir dans le couloir, sur le strapontin, juste devant le compartiment.
« L’oncle n’est pas seulement fumeur, il est aussi un brin bavard. Tout le temps, il ouvrait la porte, soufflait sa fumée, nous disait trois paroles, et puis refermait bien vite. Il avait l’air de mettre la fumée en garde chez nous. Naturellement, il ne s’en rendait pas compte, le cher homme.
« Je lui en ai fait la remarque, et il a été bien confus. Il est devenu tout rouge et il a présenté ses excuses à Madame. Elle ne lui en voulait pas du tout ; même, ça l’avait amusée : elle riait d’un cœur !