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Et puis d’autres ont paru, tout semblables, à droite, à gauche ; bientôt, j’ai été entourée d’un cercle de ces poissons montés d’officiers.
Ces méchants hommes disaient : « Bécassine n’ira à Salonique, nous allons couler son baquet. »
Mais je n’avais pas peur du tout. Je me suis dressée toute droite ; Hindenburg a fait de même, presque debout sur la mer. J’ai crié : « Tas de sales boches ! » Le chien a eu un aboiement qui voulait dire la même chose.
Et tout a disparu parce que je me suis réveillée dans mon poste de T. S. F. Le casque cliquetait à mes oreilles. Je me suis précipitée sur l’alphabet, mais je n’ai pas…
… l’habitude, n’est-ce pas et, de distinguer tous ces bruits courts, tous ces bruits longs, de les noter avec mon crayon, de tâcher de les retrouver sur l’alphabet, c’était un travail auquel une plus maligne n’aurait pas suffi. Brusquement, j’ai entendu des paroles.
Je vais les répéter par écrit, et M. Pinchon vous montrera la tête d’épouvante que je faisais ! « C’est toi, mon vieux Fritz ? — Oui, mon vieux Wilhelm. — Tu es là avec ton sous-marin ? — Oui, et toi ? — Moi, pareillement. — Bon. Dans cinq minutes…
« … on lancera les torpilles et on coulera le Yémen. » Vous pensez si j’ai eu la petite mort en entendant ça. Mais quoi faire ? Le commandant m’avait défendu de quitter le casque sous aucun prétexte. J’ai essayé d’aller jusqu’à la porte, pour crier, appeler : les fils n’étaient pas assez longs.
J’en pleurais presque d’énervement et d’angoisse, quand mes yeux sont tombés sur un bouton en dessous duquel il y avait écrit : Signal d’alarme. Je l’ai poussé, et aussitôt la sirène a mugi
… si fort que je l’entendais malgré mon casque. J’entendais aussi tout un branle-bas sur le pont, au-dessus de moi. Puis la porte s’est ouverte, Zidore et Stentor sont entrés, dans un état d’agitation comme je ne les avais jamais vus.
Ils m’ont enlevé le casque, ils n’ont expliqué que ce casque, c’était celui du téléphone intérieur ; qu’ils m’avaient joué un tour, que c’était eux qui, d’un des téléphones du bord, avaient fait les bruits et prononcé les paroles que j’avais entendus.
Ils ont achevé : « Le commandant va être dans une belle colère ! Nous n’y coupons pas de huit jours de fers. » Alors, moi, je leur ai dit : « Quand on fait une mauvaise farce, faut savoir en avaler les conséquences. Cherchons le commandant et racontons-lui l’histoire. »