‹ Bécassine chez les TurcsChapitre 3 sur 61 · 3

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… trouvèrent réunies dans la salle à manger, à l’heure du déjeuner ; M de Grand-Air avait l’estomac brouillé, pouvait à peine manger. « C’est une existence infernale que nous font ces misérables, dit-elle : quatre alertes en cinq jours !…

« — Et puis, je crois que leur grosse Bertha recommence, dit Bécassine prêtant l’oreille. — Les nouvelles du front sont mauvaises, reprit la marquise. — Faut pas s’en faire, opina Bécassine, on les aura, mais pour l’instant, dame, on n’est pas à la noce. »

Cependant Marie s’était plantée devant sa maîtresse. Elle avait son libre parler de vieux serviteur. « La conclusion de tout ça, fit-elle, c’est que Madame s’en aille. C’est-il du bon sens…

… pour une dame d’âge, qui ne peut rien de rien aux choses de la guerre, de risquer de se faire mettre en bouillie, ou d’attraper la petite mort à la cave ? Si Madame ne se décide pas, je lui rends mon tablier. »

Déjà elle le tendait. La marquise hésitait au fond elle donnait raison à sa cuisinière, mais le départ, qui pouvait sembler une fuite, lui répugnait. Perplexe, elle murmura : « Partir !… ne pas partir !… »

La salle à manger était située au rez-de-chaussée, sur la rue. Au moment où M de Grand-Air s’approchait de la fenêtre, une tête bizarre s’encadra dans les vantaux. Une voix très douce demanda :

« Puis-je entrer, ma chère marquise, et causer quelques instants avec vous sans vous déranger ? » M de Grand-Air resta une seconde interloquée, puis reconnaissant celui qui parlait, elle eut un sourire, et répondit : « Entrez donc, cher ami ; c’est…

« … le ciel qui vous envoie pour me donner un bon conseil. — Un ami de Madame, marmonna Bécassine, ce joueur d’orgue costumé en saltimbanque… Un bon conseil de ce galvaudeux ! » La marquise la regarda non sans sévérité.

« Gardez vos réflexions, Bécassine, fit-elle, et dépêchez-vous d’aller ouvrir. Vous ne reconnaissez donc pas l’excellent M. Proey-Minans ? »

Bécassine se précipita.

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