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« … Le voie d’eau n’est pas trop grande. Tout le monde sera sauvé. » Déjà des bateaux sont mis à la mer, des groupes s’embarquent. Tout ça se fait sans tumulte, bien en ordre. Nous aussi nous devrions embarquer, mais nous attendons notre chef de groupe…
… M. Proey-Minans. Où est-il passé ? Ce serait lâche de partir sans lui ; pourtant il faut se presser. Qu’est-ce qu’a donc Hindenburg ? Il tire comme un fou sur sa laisse, il m’échappe.
Il a couru d’un trait à l’autre bout du pont. Voilà qu’il se précipite sur un cuisinier que je voyais depuis quelques minutes s’agiter là-bas. Il le conduit vers nous.
Et je reconnais M. Proey-Minans, je reconnais la malle qu’il porte : c’est celle qui contient tous ses déguisements. M. Proey-Minans nous explique rapidement que ses mauvais yeux l’avaient empêché de retrouver l’endroit de réunion. Et nous, nous ne pouvions deviner que ce chef de cuisine, c’était notre chef de groupe.
Faut avouer que c’est une drôle d’idée de se déguiser en gâte-sauce pour aller dans la grande sauce… Zidore et Stentor aident à mettre notre barque à la mer… Ben Kaddour dégringole l’échelle avec une agilité de singe.
Les trois autres n’en finissent pas de nous rejoindre.
Je les appelle. Ils devraient se presser : le Yémen commence à pencher et à couler de l’arrière.
… Je vais plier soigneusement mes mémoires, je les mettrai dans une bouteille dont j’enfoncerai le bouchon de toutes mes forces. J’ai lu que ça se fait toujours en cas de naufrage.
M. Proey-Minans, Zidore, Stentor apparaissent en haut de l’échelle. Ils descendent. Auront-ils le temps d’arriver ?… Le Yémen, en se retournant, ne va-t-il pas nous mettre, nous aussi, la quille en l’air ?
C’est le moment de jeter la bouteille… Adieu, mes chers mémoires, sur lesquels j’ai passé tant de temps et fait tant de pâtés ! Dieu veuille que vous arriviez à mes bonnes petites de la Semaine de Suzette… et que je puisse encore écrire pour elles !!!