‹ Bécassine chez les TurcsChapitre 5 sur 61 · 5

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Cependant, M. Proey-Minans est entré. D’une voix qui tremble un peu, il dit à M de Grand-Air : « Mauvaises nouvelles, ma vieille amie ; l’ennemi avance, la capitale est menacée ; les raids d’avions se multiplient, et… tenez, écoutez. » Au loin, dans la direction de Paris, une sourde détonation venait de retentir.

« C’est Bertha, reprend M. Proey-Minans, demain les obus peuvent tomber ici. À quoi bon vous exposer, ma chère marquise ? Il faut partir. — Là ! s’écria Bécassine, Madame voit que M. Proey-Minans dit comme Marie et moi. C’est sûr et certain que Madame doit se mettre à l’abri. »

Àpeine Bécassine avait-elle terminé son discours, qu’un terrible fracas retentit dans l’antichambre. La porte, qui n’avait été que poussée, s’ouvrit toute grande ; et l’on vit, tout bondissant, paraître Hindenburg.

Cherchant sa chère Bécassine, il traînait l’orgue à sa suite. À chacun de ses bonds, la manivelle tournait, et l’on entendait quelques notes d’une valse connue dont machinalement M de Grand-Air…

… se prit à murmurer les paroles : « Viens… avec moi… dans une autre patrie… » Malgré la gravité de l’heure, les témoins de cette scène burlesque ne purent s’empêcher d’en sourire.

Enfin, le calme se rétablit et M. Proey-Minans reprit son discours : « Vous avez entendu, chère amie, dit-il, Viens avec moi dans une autre patrie. Hindenburg lui-même vous conseille de partir. — Partons donc, puisque tout le monde m’y engage, consentit la marquise avec un soupir…

… de regret ; mais où aller ? » Dans son émoi, elle n’avait pas entendu un coup de sonnette à la porte de la maison, ni remarqué un nouvel arrivant qui entra juste au moment où elle prononçait ses dernières paroles. C’était Bertrand de Grand-Air, neveu de la marquise.

« Vous cherchez où aller, ma bonne tante, dit-il. Eh bien, venez à Marseille, j’y dois passer quinze jours de permission avant de m’embarquer pour Salonique, où je suis envoyé comme officier d’état-major. Ma femme m’accompagne. Combien nous serons heureux de vous avoir avec nous. — Et je serai du voyage ! cria impétueusement M. Proey-Minans : on m’avait offert une fonction…

« … en Orient, J’hésitais à l’accepter. Voilà qui me décide. » Comme il disait ces mots, une sorte de bolide s’abattit dans le salon.

C’était Hindenburg qui, conduit et attaché dans le jardin, avait réussi à rompre sa corde et faisait sa rentrée par la fenêtre.

« Hindenburg, prononça son maître, tu es incorrigible, mais tu m’es précieux par ton flair et par ta haine des boches ; je t’emmène. »

Sans doute le chien phénomène avait-il compris. Il manifesta sa joie en se dressant et en mettant sa patte à la hauteur de son front, militairement…

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