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Heureusement encore que quand j’écris, je mets toujours comme tapis le mouchoir à carreaux que je tiens de feu ma grand’tante Corentine, et qui est peut-être le seul héritage que je recueillerai de toute ma vie. Ça ne l’a pas arrangé, mon héritage,…
… mais ça a protégé la table qui appartient à ma maîtresse, et comme ça ma bêtise n’a fait tort qu’à moi. C’est ce que j’ai dit à Maria qui est entrée dans ma chambre pendant que je finissais d’éponger, et qui me bougonnait après. Je lui ai répondu…
… poliment, mais sur un ton qu’elle ne me connaissait pas et qui l’a fait filer sans demander son reste. Dame ! je ne suis pas disposée à le laisser attraper par elle, maintenant que me voilà mobilisée, que me voilà quelque chose comme fonctionnaire du gouvernement.
Car, ça y est, je suis engagée. Vous vous rappelez que j’avais décidé de me présenter à l’administration des tramways. J’y suis allée avec Julie et j’ai plu tout de suite à l’employé qui nous a reçues. Il a dit que j’avais l’air honnête et puis que j’avais une figure qui annonçait l’énergie et la décision.
Pour l’énergie et la décision, je ne sais si c’est tout à fait juste, mais ça m’a flattée. Seulement, au moment de signer mon engagement, tout a failli manquer parce que j’ai lu sur le papier que les employés doivent porter l’uniforme de la compagnie.
« Y a rien de fait, que j’ai dit. Jamais je ne quitterai le costume de mon pays. — C’est ennuyeux, a répondu l’employé. Vous me plaisez, je vous prendrais volontiers, mais nous avons notre règlement ; comment arranger ça ? Je vais consulter mon chef. »
Le chef est venu. C’est un vieux petit monsieur, tout doux, tout gentil, et soigné dans sa mise comme une vieille demoiselle. Il tenait à la main cette espèce de bonnet de police qu’on appelle un calot et que portent les employées de tramway.
Il me l’a tendu : « Mettez ça sur votre coiffe, mon enfant, qu’il a dit : nous allons voir si ça tient, et l’effet que ça produit. Car, il n’y a pas à dire, il vous faut un calot ; on ne peut pas concevoir une receveuse de tramway sans calot. »
J’ai fait ce qu’il demandait. Il a regardé, et il a repris : « C’est un peu étrange, mais cela peut aller. En temps de guerre il ne faut pas se montrer trop formaliste. Vous êtes donc engagée ; vous commencerez votre service lundi. »
Il m’a permis d’emporter le calot. Madame et Maria ont bien ri quand elles m’ont vue avec cette drôle de coiffure. J’ai appris que le vieux petit monsieur est un ami de madame et que je lui avais été recommandée. C’est probablement pour ça qu’il s’est montré si accommodant.