‹ Bécassine mobiliséeChapitre 14 sur 61 · 14

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Je vais interrompre le récit de mes aventures de future mobilisée pour vous raconter un petit accident qui m’est arrivé. C’est encore une histoire de stylo. Je vous demande pardon de vous parler si souvent de ce satané outil, mais il tient une grande place…

… dans la vie de quelqu’un qui fait ses mémoires. Donc, un matin, au moment de me mettre à écrire, je m’aperçois que je n’ai plus d’encre. Je descends chez la papetière : « Madame, c’est pour de l’encre à stylo. — Quelle couleur ? — À votre idée : celle qui fait le plus lisible. »

« — Prenez de la noire. » Je prends une petite fiole de noire, je rentre, je charge mon stylo, et je veux écrire. Ça ne marche pas. J’essuie la plume, je secoue mon outil ; l’encre s’entête à ne pas descendre. Me voilà repartie chez la papetière.

« Madame, avec votre encre noire, le stylo n’écrit pas. — C’est parce qu’il est vieux et que l’encre noire est épaisse. Prenez de la bleue claire, elle est plus coulante. » Je prends une fiole de bleue claire ;

… je rentre, je vide mon stylo de la noire, je la remplace par la bleue claire…

… et je commence à écrire. Cette fois, l’encre descend bien, mais elle est toute pâle, on la voit à peine.

Je retourne encore chez la papetière : « Faites excuse, madame, de vous déranger si souvent, mais votre bleue claire, c’est si clair que c’est comme si c’était rien du tout. — Mélangez par moitié les deux encres, vous en aurez une qui sera à la fois coulante et lisible. »

« — Bonne idée, je vas essayer. Merci beaucoup, madame, et bien le bonjour. » Je rentre, je vide le stylo de la bleue claire…

… je pose les deux fioles devant moi et je me dis : « Voyons, Bécassine, ma fille, réfléchis et tâche de ne pas t’embrouiller dans les feux de file.

« Il s’agit de mettre moitié de la bleue dans la noire, et moitié de la noire dans la bleue. Si tu verses la noire dans la bleue, ça débordera puisque la fiole bleue est pleine ; et si tu verses la bleue dans la noire ça sera de même. Alors, il n’y a qu’une chose à faire :

« … c’est de verser la bleue dans la « noire, en même temps que tu verseras la noire dans la bleue. Allons-y, les deux fioles inclinées bien pareil, pour que ça se vide et ça se remplisse ensemble. » Ça me paraissait géométrique et finement raisonné.

Eh bien, ça n’a pas marché du tout comme je pensais. Les deux encres, elles se sont bien mélangées, mais pas dans les bouteilles, dans une grande flaque qu’elles ont faite sur ma table, et que, par la suite, j’ai eu bien de la peine à éponger.

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