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Peu de jours après le départ de sa femme, le chef nous a fait ses adieux à son tour : sa démission avait été acceptée et, du reste, la Ralep était supprimée : on s’était enfin aperçu, au ministère, qu’elle ne servait pas à grand’chose.
En une année d’existence, elle avait fait marcher juste une auto : ça mettait cher le tour de moteur. Par suite de tous ces incidents, je me suis trouvée sans emploi. J’ai écrit une belle lettre à M. Bile, pour le prier de me caser quelque part. J’en ai écrit une autre à mon ami Zidore, lui demandant de me souffler une idée, lui qui en a tant.
Mais en attendant, je n’avais rien à faire que d’accompagner ma bonne maîtresse dans ses promenades au parc, qui est devenu bien triste depuis que, par crainte des avions, on a entouré de fagots les belles statues. L’oisiveté et surtout le manque d’aventures me pesaient beaucoup.
Un jour, comme je portais le thé à madame, je l’ai trouvée en conversation, devinez avec qui ?… Avec mon chemineau. Et j’ai été bien surprise de voir ma maîtresse, qui ne reçoit que du beau monde, s’entretenir de bonne amitié avec ce loqueteux. À mon entrée, il a dit : « Voilà notre jeune fille ! » Il est venu à moi et il a repris : « Vous ne me reconnaissez pas ? Pourtant vous m’avez vu souvent, vous avez beaucoup…
… parlé de moi, dans Bécassine pendant la guerre et Bécassine chez les Alliés. Rappelez-vous : le monsieur qui vous a reconduite à Paris en août 1914… le monsieur qui vous a embarquée l’an dernier…
« … pour l’Angleterre et qui a adopté votre chien Hindenbourg. » Ça a été un trait de lumière, j’ai crié : « M. Proey-Minans ! » Et déjà, je retirais ma coiffe pour qu’il puisse tâter mes bosses de tête…
… suivant sa vieille manie. Il m’a arrêtée il a eu la gentillesse de m’aider à me recoiffer ; en même temps, il m’expliquait : « Je ne m’occupe plus de phrénologie ; je m’occupe de police secrète, surveillance des étrangers et des suspects, recherches des espions…
« C’est pour cela que vous me voyez dans ce costume peu reluisant… Mes fonctions sont passionnantes, et vous pouvez m’y aider. » Puis se tournant vers madame, il a dit : « Consentez, chère amie, à ce que Bécassine devienne ma secrétaire : elle a du flair ; le flair c’est tout, dans la police. » Madame était hésitante.
Je l’étais aussi. À ce moment, Maria est venue m’appeler parce que le facteur apportait pour moi deux lettres sur lesquelles il y avait écrit : très pressé. Je les ai lues. C’étaient les réponses de M. Bile et de Zidore. Ils me disaient, l’un…
… qu’il avait en vue un emploi, pour moi ; l’autre, qu’il était plein d’idées et que, venant en permission dans quelques jours, il me les dirait à ce moment. Alors je suis rentrée dans le salon, j’ai demandé à M. Proey-Minans un petit délai pour me décider. Ce que je ferai, je ne le sais pas encore, mais je suis sûre de ne pas manquer…
… d’occupations, et mes pressentiments me garantissent que j’aurai encore bien des histoires, bien des aventures à vous raconter. Nous allons nous séparer pour quelque temps, mes bonnes petites chéries, mais je ne vous dis pas adieu, je vous dis au revoir.