‹ Bécassine mobiliséeChapitre 60 sur 61 · 60

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Je voulais descendre au bureau, mais Maubec a prétendu qu’on pouvait avoir besoin de nous. Nous sommes donc restés dans l’antichambre qui touche la salle à manger.

Nous y étions à peine qu’on a entendu à travers la porte des éclats de voix de la colonelle, tout un brouhaha de disputes, qui a duré assez longtemps. Et puis le calme s’est fait, auquel a succédé un bruit de sanglots. J’avais le cœur si chaviré que je pleurais presque.

Brusquement, la porte s’est ouverte, Carmencita a paru, une Carmencita méconnaissable, échevelée, les yeux bouffis de larmes, accablée, lamentable. Elle a crié : « Venez, ye veux faire ma confession devant vous. Ye souis oune grande coupable. »

Nous sommes entrés à sa suite. Elle était comme en délire ; elle se frappait la poitrine, elle se jetait aux pieds d’Agénor en lui demandant pardon ; puis, tout à coup, elle a pris, dans la cheminée, un restant de bûche brûlée et elle s’en est coiffée en disant : « Ye me…

« … couvre la tête de cendres, comme on fait dans mon pays, en signe de repentir. » Elle était si drôle ainsi que, tout en étant émue, j’avais peine à ne pas rire. Mais l’envie de rire m’a passé en regardant Agénor. Il était bouleversé, le pauvre cher homme. Il pressait les mains…

… de sa femme, il lui disait : « Calmez-vous. Vous n’êtes coupable que d’un peu d’exagération, ce n’est pas un crime. Vous allez retourner chez nous, à Piton-le-Causse ; je donnerai ma démission et j’irai bientôt vous rejoindre. » Elle a crié : Merci ! Ye vous ai méconnou, homme magnanime ! »

Et elle a fondu en larmes. Je ne l’avais pas attendue pour en faire autant. Mais il faut que je vous explique le motif de toute cette scène. La lettre remise par Maubec était tout simplement l’avis d’un règlement récent, interdisant aux femmes d’origine étrangère d’habiter des locaux où on travaille pour la guerre. En conséquence, Carmencita devait quitter la Ralep.

Au lieu de s’incliner, elle s’était mise en colère ; elle avait dit des injures à l’homme chargé d’apporter l’avis. Il s’était fâché à son tour.

Étant, à ce que j’ai appris, depuis un agent de la police secrète, chargé des enquêtes sur les étrangers, il connaissait toute l’histoire de notre cheffesse et de son premier mari et il l’a racontée. Il paraît que ce fameux colonel avait été colonel de chasseurs, juste pendant deux heures, nommé par les chefs…

… d’une révolution qui avait éclaté en Patagonie ; au bout de deux heures, une autre révolution avait triomphé et Gonzalès était redevenu ce qu’il était avant : chasseur encore, mais de restaurant. C’est cette révélation qui…

… rendait sa veuve si honteuse. Pour en finir avec elle, car je crois bien que je n’aurai plus l’occasion de vous en parler, une lettre de sa bonne m’a appris qu’une fois rentrée à Piton-le-Causse, elle y a vécu dans les larmes et le repentir. Décidément…

… ça n’est pas une méchante femme. La bonne ajoutait qu’elle continue à se mettre des cendres sur la tête, ce qui oblige à balayer tout le temps derrière elle. Ça, c’est une exagération que, comme domestique, au point de vue de la propreté et du ménage, je ne peux pas approuver.

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