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BÉCASSINE
PENDANT LA GUERRE

Vers le milieu de juillet 1914, M la marquise de Grand-Air s’installa dans la propriété qu’elle possède aux environs de Dieppe. Sa petite-fille Yvonne et son neveu Bertrand l’accompagnaient.

Bécassine, qui avait eu un congé, rejoignit sa maîtresse le matin du samedi 1 août. Elle la trouva fatiguée et soucieuse : « C’est-y des fois que Madame aurait des ennuis ? demanda-t-elle. — Pas des ennuis, Bécassine, de graves inquiétudes. Il faudrait ne pas être Française pour ne pas se sentir inquiète en ce moment. »

Bécassine, qui n’a pas lu les journaux, reste abasourdie. Elle se cherche des motifs d’inquiétude et ne s’en trouve pas. Pourtant, elle est Française, bien Française.

Elle va demander l’explication du mystère à l’office où sont réunis la cuisinière Marie, le jardinier Firmin et le jeune Zidore, son préféré, son confident. Eux aussi sont mornes et sombres

« Dis-moi, Zidore, pourquoi qu’y faut être inquiète en ce moment quand on est Française ? — Parce qu’y va peut-être y avoir la guerre, Mam’zelle Bécassine. — La guerre ! Avec qui ? — Avec tous les Boches de la Bochie ! — Ah ! » fait Bécassine.

Elle croit devoir prendre la figure de quelqu’un qui a compris, et elle n’a rien compris du tout. La guerre, elle ne sait pas au juste en quoi cela consiste ; les Boches et la Bochie, elle n’en a jamais entendu parler. Mais elle se ferait hacher plutôt que d’avouer son ignorance.

Vite, elle monte dans la chambre d’Yvonne, se rappelant qu’il y a sur la table un atlas. Elle regarde longuement les cartes, la table alphabétique ; pas de Boches, pas de Bochie. Pourtant M Yvonne lui a dit que tous les peuples du monde ont leur nom marqué là dedans. Alors sa figure s’illumine, et elle se précipite au salon.

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