‹ Bécassine pendant la guerreChapitre 2 sur 61 · 2

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Maîtres et domestiques y sont assemblés, très émus. « C’est la guerre, dit Bertrand, qui revient du village. La mobilisation est affichée. Je pars demain. — Moi, j’vas m’engager, » crie Zidore. M de Grand-Air pleure doucement. Son chagrin navre Bécassine ; mais elle va le calmer.

Elle s’approche de sa maîtresse, et lui parlant à l’oreille : « Faut pas que Madame se fasse du mauvais sang comme ça. Possible qu’y aura la guerre, mais comme c’est avec des gens qui n’existent pas, ça ne présente guère de risques. »

L’excellente M de Grand-Air, pour lui laisser passer une nuit paisible, n’a pas détrompé tout de suite Bécassine ; le lendemain seulement, elle lui a révélé que la Bochie c’est l’Allemagne, que la guerre sera terrible. Et Bécassine fond en larmes.

Mais Bertrand et Zidore entreprennent de la consoler. « Vous faites pas de bile, Mam’zelle Bécassine. — On les aura, les Boches. — Ben sûr qu’on les aura, avec des z’héros comme vous, » affirme Bécassine, souriant à travers ses larmes.

« Et puis, reprend Bertrand, si je tombe sur le front, je te fais mon héritière. » Bécassine rit tout à fait : « Ça, M’sieur Bertrand, vous le dites pour vous gausser de moi. C’est pas un grand beau jeune homme qui va tomber sur le front. — Ça peut m’arriver comme aux autres. »

Bécassine est sortie brusquement. Elle reparaît, après quelques minutes. « Prenez ça, M’sieur Bertrand. C’est le bourrelet qu’on me mettait quand j’étais gamine, parce que j’étais sujette à choir. Il est un peu petit pour vous ; tout de même ça vous protégera le front. »

Bertrand a expliqué à Bécassine que le front, c’est la ligne de feu, et les risques qu’on y court. Comment détourner de son jeune maître le danger qui le menace ? Les yeux de Bécassine tombent sur le portrait d’Enguerrand de Grand-Air, contemporain de François I.

Elle se précipite à l’office « Qu’est-ce que tu cherches, Bécassine ? » demande la cuisinière. Bécassine sort de l’armoire une tête rouge et ébouriffée. « Je cherche la bouteille de faineuf pour des nettoyages. » Puis, ayant trouvé l’objet convoité, elle disparaît.

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