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Bécassine a renoncé à devenir infirmière. Elle est chargée maintenant du vestiaire. Jamais capotes et pantalons ne furent brossés, benzinés, recousus avec plus de soin.
Quand un blessé arrive à l’hôpital, il passe devant la petite table de Bécassine, et elle établit, avec une scrupuleuse minutie, la liste des effets qui seront confiés à sa garde.
Aujourd’hui, Bécassine doit mettre au net son registre. Comme on repeint le vestiaire, elle a été autorisée à travailler dans le cabinet de M de Grand-Air. Elle se carre dans le fauteuil, très fière d’occuper la place de M la Directrice.
Un coup discret à la porte : « Entrez ! » Un blessé paraît. C’est un cycliste d’état-major. Sa blessure n’était heureusement pas grave, il est presque complétement guéri. « Ah ! c’est vous le nouveau, » dit Bécassine, faisant l’importante.
« … Vous venez me trouver pour les effets… Voyons, nous disons : une vareuse, une culotte, des bandes molletières, une ceinture de cuir. Cette petite valise accrochée à la ceinture, quoi que c’est ? — C’est mon étui à revolver.
— Et il est dedans, le revolver ! — Bien sûr. — C’est pas réglementaire. Regardez ce qu’il dit, le règlement : les soldats arrivant à l’hôpital doivent pas avoir d’armes. S’ils en ont conservé, ils les versent au vestiaire. Donnez-le-moi, votre pistolet. » Le blessé obéit.
Bécassine prend l’arme, la regarde avec curiosité en tous sens, et pose un certain nombre de questions saugrenues. Le cycliste commence à beaucoup s’amuser. — Alors, lui demande Bécassine, il est chargé, le revolver ?
— Naturellement. — Eh bien, faut le décharger, et tout de suite. C’est écrit à cette page-là du règlement… Comment que ça se décharge ? — Le plus commode, répond en riant le soldat, c’est de tirer les cinq coups. » Imprudente plaisanterie, car aussitôt, Bécassine…