‹ Bécassine pendant la guerreChapitre 35 sur 61 · 35

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« Mais l’imprimé, ça m’embrouille. J’ai demandé à M Yvonne de me raconter des histoires d’ambition historique.

« Elle m’a dit des noms difficiles ; je suis pas sûre de les avoir bien mis, mais Zidore a de l’instruction, il a dû comprendre. Je lui ai parlé d’abord d’un nommé Cannibale, roi des Tarte à Gênois, un boche d’autrefois, que je crois, vu qu’il faisait la guerre à nos bons amis et alliés les Italiens.

« Au lieu de rester tranquille dans son pays, il a voulu prendre Rome. Le résultat, c’est qu’il s’est ramolli dans les délices des Papous, et qu’il a été obligé de se sauver chez le roi de Titinie, qui l’a forcé à se périr avec de la poison. Voilà où ça mène, l’ambition !

« Après, j’ai parlé de Napoléon (cette histoire-là, je la connaissais, j’ai pas eu besoin de M Yvonne). Il était petit caporal, que j’ai expliqué à Zidore, il a voulu se faire empereur, et c’est ça qui l’a empêché de rester lieutenant d’artillerie.

« J’ai envoyé ma lettre, et j’ai attendu une semaine, deux semaines, trois semaines. Tous les matins, je demandais au facteur s’il y avait une lettre de Zidore. « Rien pour vous », qu’il répondait. Je craignais un malheur ; ce qui est arrivé est pire que tout.

« Ce matin, enfin, j’ai eu un mot de Zidore, trois lignes gribouillées. Très pressé. Content de mon changement. Mes Boches m’obéissent au doigt et à l’œil. Faut voir comme je les fais marcher : une, deusse, une, deusse… le pas de parade, le pas de l’oie, C’est si amusant de commander ! Ainsi, Zidore a trahi !

« Il a passé aux Boches pour devenir officier, brigadier ou général, je sais pas au juste. Ça m’étouffe, ça me tuera, vu que je veux dire cette honte à personne. Même le général Joffre et M. Poincaré me demanderaient mon secret, je refuserais de leur dire.

« Deux jours après. Post-Scriptum. Zidore a pas trahi. Une lettre s’était égarée et vient d’arriver. Zidore y dit qu’il est nommé gardien dans un camp de prisonniers. Il dit qu’avec ou sans galons, il fera toujours son devoir. Quel brave petit ! Je suis si contente… que, depuis ce matin, je pleure comme une sainte Madeleine ! »

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