‹ Bécassine pendant la guerreChapitre 38 sur 61 · 38

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« On vous a raconté comme quoi que j’ai tiré des coups de pistolet pour éviter qu’ils partent tout seuls. Paraît que j’ai eu tort, car, tout de suite après, M de Grand-Air a dit : « Dans quel état elle a mis mon pauvre salon ! C’est à croire…

« … que le kronprinz et son état-major y ont passé. » Et puis elle a appelé le médecin. Il m’a tâté le pouls, m’a fait tirer la langue, et il a dit :

« Un peu d’énervement… Il lui faut du calme, un changement d’air. » Les médecins, ça croit toujours qu’on est malade. Je sais bien que je le suis pas, vu que je dors des nuits de dix heures et que quand je me trouve en face d’un gigot, c’est pas lui qui me mange ! Mais probable que Madame a été de l’avis du médecin, car elle m’a dit le lendemain :

« Je vous donne un petit congé que vous passerez dans votre pays, à Clocher-les-Bécasses. Votre oncle Corentin, qui a beaucoup à travailler comme maire, sera content que vous l’aidiez. » J’ai un peu pleuré de quitter Madame et les blessés, et puis tout de suite après…

« … j’ai ri d’aller chez nous. Ça a étonné que je pleure et que je rie presque en même temps ; mais je suis comme ça : j’ai trop d’idées, j’en ai souvent plusieurs ensemble, et pas pareilles ; alors je fais des choses qui surprennent tout le monde.

« Le voyage a été long, mais je me suis pas ennuyée. J’ai dormi, j’ai mangé, j’ai causé avec des gens. Un peu avant Quimper, voilà qu’il monte un paysan…

« … qu’il me semble bien que je le connais pour l’avoir vu chez nous, au marché, mais j’étais pas sûre. Je le regarde, il me regarde. Et puis il me demande :

« Vous êtes bien Annaïk Labornez, surnommée Bécassine ? — Oui, que j’y dis. — La nièce à Corentin, le Maire de Clocher-les-Bécasses ? — Bien sûr. — Eh ben ! sauf vot’respect, votre oncle, il a la tête attaquée. »

« Vous pensez si ça m’a mise en fureur d’entendre parler comme ça de mon oncle, qu’est un homme supérieur, un homme qu’a encore plus d’idées que moi. J’en ai dit de toutes les couleurs au croquant, et puis j’ai demandé :

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