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Quand la guerre a éclaté, Marie Quillouch, la cousine de Bécassine, venait d’être fiancée au fils d’un fermier des environs, Alain Lanec. Alain est parti avec les autres garçons du pays. Il y a eu des adieux émouvants ; Marie a beaucoup pleuré.
Ce n’est pas qu’elle soit très éprise de son fiancé : Marie est peu sentimentale ; mais toutes ses contemporaines sont mariées ; elles la plaisantent d’être encore fille et lui prédisent qu’Alain ne voudra plus d’elle à la fin de la guerre. Cela enrage Marie.
Un matin, le père Lanec est venu trouver Quillouch : « Voisin, lui a-t-il dit, faut marier nos enfants. — Après la guerre, c’est convenu. — Non, tout de suite ; ça fera bien voir Alain de son capitaine qui n’aime que les hommes mariés, et Marie touchera 25 sous par jour comme femme de mobilisé.
« — Ça, dit Quillouch, c’est des raisons sérieuses. Eh bien, on les mariera quand Alain aura une permission. — Pas besoin d’attendre ; maintenant ça peut se faire sans que le mari soit là. C’est marqué sur le journal de ce matin. » Quillouch prit le journal et lut…
… la loi nouvelle, dite du mariage par procuration, qui autorise l’époux absent à se faire représenter à la mairie par une personne de son choix. « Ça me paraît faisable, dit-il, mais faut que je consulte mes femmes. » Il les appela.
Mise au courant, Marie se sentit au comble de ses vœux. Cependant, comme elle a l’esprit de contradiction, elle prit son air le plus pincé et prétendit qu’elle ne consentait que pour faire plaisir à son beau-père. « Et toi, demanda Quillouch à sa femme, quoi que t’en dis ? »
D’un air encore plus pincé, M Quillouch répondit : « Faudra donner un déjeuner, ça coûtera gros et on n’est guère riche dans le moment. — Ça c’est vrai, fit Quillouch, et c’est aussi une raison sérieuse ; j’y avais pas pensé. »
Le père Lanec représenta qu’en temps de guerre, on pouvait faire un déjeuner simple, avec des choses bourratives et bon marché, des pommes de terre, du boudin. « Je fournis le boudin, conclut-il, j’en ai chez moi qu’est un peu sec, mais encore bien mangeable. » Cette promesse généreuse enleva les dernières résistances.