‹ Bécassine pendant la guerreChapitre 45 sur 61 · 45

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« — Vous avez-t-y une permission de M’sieu le Maire ? — Non. — Alors, j’peux pas donner de billet. C’est écrit dans l’affiche de là-haut. Tenez : grimpez sur la chaise pou voir. » Mais le voyageur préfère ne pas grimper sur la chaise, qui lui paraît fragile pour sa pesante personne, et aller chercher sa permission à la mairie.

Cependant, midi sonne ; c’est l’heure de déjeuner Bécassine déballe les provisions qu’elle a apportées. Mais il fait chaud dans la petite gare, tandis que sur la voie il y a de l’air et de l’ombre.

Le train ne doit passer que dans deux heures. Bécassine installe donc sur les rails sa table et sa chaise et se met à manger avec son appétit habituel. Elle en est au des quand le voyageur reparaît.

« — Dites-moi, Mam’zelle, M. le maire était parti déjeuner chez lui. Où est-ce, chez lui ? — Tenez, là, à ce bouquet d’arbres, » répond Bécassine en montrant une maison de l’autre côté de la voie.

« — Bon, j’y vas. » Le voyageur s’engage sur les rails. Mais Bécassine s’est dressée devant lui : « Défense de traverser la voie, crie-t-elle ; faut prendre par le passage à niveau. — Ne vous fâchez pas. Ça fait bien de la défense, tout ça ; mais moi, je suis respectueux de l’autorité et des règlements. »

Le passage à niveau, situé à côté de la gare, est confié aussi à la garde de Bécassine. En un clin d’œil, elle prend les insignes de sa fonction, canotier de toile cirée et drapeau rouge, puis bondit jusqu’à la barrière.

Et quand le voyageur, qui a dû faire un détour, y arrive, il la trouve en faction. « Vous voulez passer ? — Vous le savez bien. — Vous avez-t-y une permission de M. le maire ?

« — Mais non, puisque je vais lui en demander une. — Alors, défense de passer. — C’est idiot, à la fin ! » proteste l’homme. D’un ton glacial, Bécassine lui enjoint de se montrer plus respectueux pour M. le maire ; puis, conciliante : « Du reste, y a moyen de s’arranger…

« … à trois minutes d’ici vous trouverez un trou dans la haie. Passez par là : je ferai exprès de regarder d’un autre côté. »

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