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« En arrivant à Port-Balec, on a déposé son baluchon à l’hôtel, et puis on a été sur la plage. Il faisait beau, la mer était toute bleue, et beaucoup de personnes se baignaient. Ça m’a donné envie de faire comme elles, et je l’ai dit à l’oncle.
« Bonne idée, qu’il a répondu ; tu vas profiter de notre voyage pour apprendre à nager. Tiens, regarde le mouvement : un, les bras en avant ; deux, les bras étendus, trois, les mains sous le menton. » J’ai fait comme lui, ça allait bien.
« Quand j’ai voulu faire marcher les jambes en même temps, ça a été moins bien. J’ai dégringolé trois ou quatre fois. Alors l’oncle a décidé de me faire donner des leçons par Jean-Louis, le maître baigneur, qu’est son ami.
« Je les ai trouvés ensemble quand je suis sorti de la cabine où je m’étais habillée pour le bain. Jean-Louis m’a prise par la main ; nous sommes entrés dans l’eau. « Attention aux sous-marins ! » a crié l’oncle pour me taquiner.
« Il a eu tort de crier ça : ça m’a fait revenir ma peur. Pendant que Jean-Louis me tenait et me répétait : « Une, deux, trois… trop vite les bras… les jambes sont en retard, » je regardais de tous les côtés avec inquiétude, et sans beaucoup l’écouter.
« Tout d’un coup, je sens quelque chose qui me frôle, qui s’entortille dans mes pieds. Ça m’affole ; je bouscule Jean-Louis, je me redresse…
« … et me voilà partie à galoper vers la plage en criant : « Un sous-marin !… Il me tient… Il veut pas me lâcher ! » C’était rien d’autre qu’un gros paquet d’algues.
« Ah ! l’oncle n’était pas content. Il m’a dit : « Tu es stupide… Tu me fais honte !… » Moi aussi, j’avais honte de ma bêtise, et, c’est drôle, ça m’a fait tomber toute ma peur.
« Je me suis rhabillée bien vite, j’ai couru à ma chambre. Faut vous dire qu’il m’était venu une idée : c’était de faire oublier ma sottise par un coup superbe, en prenant un sous-marin à moi toute seule… un petit, bien entendu. J’ai relu mon journal illustré…