‹ Bécassine pendant la guerreChapitre 51 sur 61 · 51

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« Malgré ça je me sentais guère rassurée ; alors j’ai été sur la grève regarder si je voyais rien de dangereux en mer. Ça semblait bien paisible. Mais voilà que j’aperçois des petites choses qui paraissaient flotter. Je m’expliquais pas ce que c’était.

« Je grimpe sur des rochers pour mieux voir, et, tout d’un coup, je me rappelle ce que j’ai lu dans le journal : que les sous-marins, ils se dirigent avec une petite machine qu’est sur l’eau, un périscope ça s’appelle… Bien sûr : c’est ça que je vois là, j’en compte une bonne douzaine…

« … preuve qu’y a toute une flotte de sous-marins cachés qui nous guettent. D’émotion je me laisse tomber dans une flaque, et je réfléchis. L’oncle est si brave, que je me dis, qu’il voudra partir tout de même. Comment faire pour pas se noyer ?

« Y a qu’un moyen, c’est d’avoir chacun une bonne ceinture de sauvetage. Je galope à la ville. Je fais cinq ou six magasins : pas de ceintures nulle part. « Par ici, me dit un marchand, on n’en vend jamais. »

« … les pêcheurs les font eux-mêmes avec du liège. » Alors, j’ai acheté du liège, des fils de fer ; j’ai pris aussi des vessies chez le charcutier ; et je suis retournée à mon petit coin de la grève où j’ai travaillé sans perdre une minute. Un peu avant trois heures, les ceintures étaient finies.

« J’en mets une, j’attache après les vessies bien gonflées. Ça me faisait comme des petits ballons tout autour de moi.

« Je cours à l’embarcadère. Tout le monde s’est tordu de rire en me voyant, excepté l’oncle Corentin… Oh ! lui, il ne riait pas ! Il m’a grondée de nous avoir rendus ridicules, et puis de mes craintes : « Une Française ne doit pas avoir peur », qu’il a dit. J’ai essayé de m’excuser en lui parlant des périscopes. Justement le bateau a passé tout près, je les lui ai montrés.

« Cette fois, il n’a pas pu s’empêcher de rire : mes périscopes c’étaient tout simplement des flotteurs de filets de pêche… Ça ne fait rien, j’ai été contente quand on a eu débarqué. C’est plus facile d’être brave par terre que sur la mer. »

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