‹ Bertrand et Raton, ou l’Art de conspirerChapitre 22 sur 58 · Scène XI.

Scène XI.

RANTZAU, RATON. (Rantzau s’est assis près du comptoir, et Raton de l’autre côté, à droite.)

RATON.

On vous a fait attendre, et j’en suis désolé.

RANTZAU.

J’en suis ravi… je reste plus long-temps avec vous ; et l’on aime à voir de près les personnages célèbres.

RATON.

Célèbre !… vous êtes trop bon. Du reste, c’est une chose inconcevable… ce matin personne n’y pensait, ni moi non plus… et c’est venu en un instant.

RANTZAU.

C’est toujours ainsi que cela arrive. (À part) Et que cela s’en va. (Haut.) Je suis seulement fâché que cela n’ait pas duré plus long-temps.

RATON.

Mais ça n’est pas fini… Vous l’avez entendu… ils vont venir me prendre pour me mener en triomphe. Pardon, je vais m’occuper de ma toilette ; car, si je les faisais attendre, ils seraient inquiets ; ils croiraient que la cour m’a fait disparaître.

RANTZAU, souriant.

C’est vrai, et cela recommencerait.

RATON.

Comme vous dites… ils m’aiment tant !… Aussi, ce soir, ce souper que je donne aux notables sera, je crois, d’un bon effet, parceque dans un repas on boit…

RANTZAU.

On s’anime.

RATON.

On porte des toasts à Burkenstaff, au chef du peuple, comme ils m’appellent. Vous comprenez… Adieu, monsieur le comte.

RANTZAU, souriant et le rappelant.

Un instant, un instant… pour boire à votre santé il faut du vin, et ce que vous disiez tout à l’heure à votre femme.

RATON, se frappant le front.

C’est juste. Je l’oubliais. (Il passe derrière Rantzau et derrière le comptoir, et montre la porte qui est sous l’escalier.) J’ai là le caveau secret, le bon endroit où je tiens cachés mes vins du Rhin et mes vins de France. Il n’y a que moi et ma femme qui en ayons la clef.

RANTZAU, à Raton qui ouvre la porte.

C’est prudent. J’ai cru d’abord que c’était là votre caisse.

RATON.

Non vraiment, quoiqu’elle y fut en sûreté. (Frappant sur la porte.) Six pouces d’épaisseur, doublée en fer ; et il y a une seconde porte exactement pareille. (Prêt à entrer.) Vous permettez, monsieur le comte ?

RANTZAU.

Je vous en prie… je monte au magasin. (Raton est descendu dans le caveau ; Rantzau s’avance vers la porte, la ferme et revient tranquillement au bord du théâtre, en disant :) C’est un trésor qu’un homme pareil, et les trésors… (montrant la clef qu’il tient.) il faut les mettre sous clef.

(Il monte par l’escalier qui conduit aux magasins et disparait.)

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