‹ Bertrand et Raton, ou l’Art de conspirerChapitre 26 sur 58 · Scène II.

Scène II.

CHRISTINE, GŒLHER, KOLLER.

CHRISTINE.

Parlez, colonel ; qu’y a-t-il ?

KOLLER.

Que l’insurrection que l’on croyait apaisée recommence avec plus de force que jamais.

CHRISTINE, à Gœlher.

Vous le voyez. (À Koller.) Et comment cela ?

KOLLER.

On accuse la cour, qui avait promis la liberté de Burkenstaff, de l’avoir fait disparaître pour s’exempter de tenir cette promesse.

GŒLHER.

Eh ! mais, ce ne serait pas déjà si maladroit !

CHRISTINE.

Ypensez-vous ?

(Elle court à ta croisée, qu’elle ouvre, et regarde, ainsi que Gœlher. )

KOLLER, à part et seul sur le devant.

En attendant, nous en avons profité pour soulever le peuple. Herman et Christian, mes deux émissaires, se sont chargés de ce soin, et j’espère que la reine-mère sera contente. Nous voilà sûrs de réussir sans que ce maudit comte de Rantzau y soit pour rien.

CHRISTINE, regardant à la fenêtre.

Voyez, voyez là-bas ! la foule se grossit et s’augmente ; ils entourent le palais, dont on vient de fermer les portes. Ah ! cela me fait peur !

(Elle referme la fenêtre. )

GŒLHER.

C’est-à-dire que c’est inouï !… Et vous, colonel, vous restez là ?

KOLLER.

Je viens prendre les ordres du conseil, qui m’a fait appeler, et j’attends.

GŒLHER.

Mais c’est qu’on devrait se hâter. La reine et toutes ces dames vont être effrayées, j’en suis certain… et l’on ne pense à rien… on devrait prendre des mesures.

CHRISTINE.

Et lesquelles ?

GŒLHER, troublé.

Lesquelles ?… Il doit y en avoir… il est impossible qu’il n’y en ait pas !

CHRISTINE.

Mais enfin, vous, monsieur, que feriez-vous ?

GŒLHER, perdant la tête.

Moi !… Écoutez donc… vous me demandez là à l’improviste. Je ne sais pas.

CHRISTINE.

Mais vous disiez toul-à-l’heure.

GŒLHER.

Certainement… si j’étais ministre… mais je ne le suis pas… je ne le suis pas encore… cela ne me regarde pas ; et il est inconcevable que les gens qui sont à la tête des affaires… des gens qui devraient gouverner… que diable ! dans ce cas-là, on ne s’en mêle pas. Voila mon avis… c’est le seul… et si j’étais de la reine, je leur apprendrais…

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