‹ Bertrand et Raton, ou l’Art de conspirerChapitre 34 sur 58 · Scène X.

Scène X.

CHRISTINE, GŒLHER, FALKENSKIELD ; KOLLER, un peu au fond, avec quelques soldats ; RANTZAU, PLUSIEURS SEIGNEURS ET DAMES ; DES SOLDATS qui restent au fond, en dehors.

FALKENSKIELD.

Cet endroit de l’hôtel est le seul qu’on n’ait pas visité ; ils ne peuvent être qu’ici.

CHRISTINE.

Eh ! mon Dieu, qu’y a-t-il ?

GŒLHER.

Un complot tramé contre nous.

FALKENSKIELD.

Et dont je voulais t’éviter la connaissance ; un homme s’est introduit dans l’hôtel.

GŒLHER.

Les gardes qui étaient postés dans la première cour disent en avoir vu se glisser trois.

RANTZAU.

D’autres disent en avoir vu sept !… de sorte qu’il pourrait bien n’y avoir personne.

FALKENSKIELD.

Il y en avait au moins un et il était armé ; témoin le pistolet qu’il a laissé tomber dans la seconde cour en s’enfuyant ; du reste, et si, comme je le pense, il a cherché asile dans ce pavillon, il n’a pu y pénétrer que par cet escalier dérobé, et je suis étonné que tu ne l’aies pas vu.

CHRISTINE, avec émotion.

Non, vraiment.

FALKENSKIELD.

Ou que du moins tu n’aies rien entendu.

CHRISTINE, dans le plus grand trouble.

Tout-à-l’heure, en effet, et pendant que j’étais à lire, j’ai cru entendre traverser cette pièce ; on se dirigeait vers le salon, et c’est là sans doute.

GŒLHER.

Impossible, nous en venons ; et s’il n’y avait pas des soldats au bas de cet escalier, je croirais qu’il y est encore.

FALKENSKIELD.

Peut-être bien !… voyez, Koller. (Faisant signe à deux soldats, qui ouvrent la porte il droite et disparaissent avec Koller.)

RANTZAU, à part, sur le devant du théâtre à droite.

Quelque maladroit, quelque conspirateur en retard qui n’aura pas reçu contre-ordre et qui sera venu seul au rendez-vous !

KOLLER, rentrant et restant au fond.

Personne !

RANTZAU, à part.

Tant mieux !

KOLLER.

Et je ne conçois pas par quel hasard ils ont changé de plan.

RANTZAU, à part, souriant.

Le hasard ! les sots y croient tous !

FALKENSKIELD, à Gœlher et à quelques soldats, montrant l’appartement à gauche.

Il n’y a plus que cet appartement.

CHRISTINE.

Le mien ! y pensez-vous ?

FALKENSKIELD.

N’importe, entrez-y !

(Gœlher, Koller et quelques soldats se présentent à la porte de la chambre, qui s’ouvre tout-à-coup et Éric paraît.)

Page 1