‹ Bertrand et Raton, ou l’Art de conspirerChapitre 44 sur 58 · Scène IX.

Scène IX.

JEAN, RATON, MARTHE.

RATON, à Marthe et à Jean qui entrent par la petite porte à gauche.

Eh bien ?

JEAN, tristement.

Cela va mal… tout est tranquille !

MARTHE.

Les rues sont désertes, les boutiques sont fermées, les ouvriers que nous avons envoyés ont eu beau crier : Vive Burkenstaff ! personne n’a répondu !…

RATON.

Personne !… c’est inconcevable !… des gens qui m’adoraient hier !… qui me portaient en triomphe… et aujourd’hui ils restent chez eux !

JEAN.

Et le moyen de sortir ? Il y a des soldats dans toutes les rues.

RATON.

Vraiment !

JEAN.

Les portes de nos ateliers sont gardées par des piquets de cavalerie.

RATON.

Ah ! mon Dieu !

MARTHE.

Et ceux des ouvriers qui ont voulu se montrer ont été arrêtés à l’instant même.

RATON, effrayé.

Voilà qui est bien différent. Écoutez donc, mes enfants, je ne savais pas cela. Je dirai à la reine-mère : Madame, j’en suis bien fâché ; mais à l’impossible nul n’est tenu, et je crois que ce que nous avons de mieux à faire est de retourner chacun chez nous.

MARTHE.

Ce n’est plus possible, notre maison est envahie ; des trabans de la garde y sont casernes ; ils mettent tout au pillage ; et si vous y paraissiez maintenant, il y a ordre de vous saisir et peut-être pire encore.

RATON.

Mais ça n’a pas de nom ! c’est épouvantable ! c’est d’un arbitraire !… Et où nous cacher maintenant ?

MARTHE.

Nous cacher ! quand mon fils est en danger, quand on dit qu’il vient d’être condamné !

RATON.

Est-il possible !

MARTHE.

C’est vous qui l’avez voulu ; et maintenant que nous y sommes, c’est à vous de nous en retirer ; il faut agir : décidez quelque chose.

RATON.

Je ne demande pas mieux, mais quoi ?

JEAN.

Les ouvriers du port, les matelots norwégiens sont en liberté ; ceux-là ne reculeront pas ; et en leur donnant de l’argent.

MARTHE, vivement.

Il a raison !… De l’or ! de l’or ! tout ce que nous avons !

RATON.

Permets donc.

MARTHE.

Vous hésiteriez ?

RATON.

Du tout ; je ne dis pas non, mais je ne dit pas oui.

JEAN.

Et qu’est-ce que vous dites donc ?

RATON.

Je dis qu’il faut attendre.

MARTHE.

Attendre !… et qui vous empêche de prendre un parti ?

JEAN.

Vous êtes le chef du peuple.

RATON, avec colère.

Certainement, je suis le chef ! et on ne me dit rien, on ne me commande rien ; c’est inconcevable !

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