‹ Bertrand et Raton, ou l’Art de conspirerChapitre 45 sur 58 · Scène X.

Scène X.

LES PRÉCÉDENTS, L’HUISSIER.

L’HUISSIER, s’adressant à Raton et lui présentant une lettre sous enveloppe.

Àmonsieur Raton Burkenstaff, de la part de la reine.

RATON.

De la reine ! c’est bien heureux ! (À l’huissier qui se retire.) Merci, mon ami. Voilà enfin ce que j’attendais pour agir !

MARTHE et JEAN.

Qu’est-ce donc ?

RATON.

Silence ! Je ne vous le disais pas, je ne disais rien ; mais c’était convenu, concerté avec la reine ; nous avions notre plan.

MARTHE.

C’est différent.

RATON.

Voyons un peu… d’abord ce petit mot. (Lisant à part.) « Mon cher Raton, je vous confie, comme chef du peuple, cet ordre du roi. » Du roi ! est-il possible ! « Vous le remettrez vous-même à son adresse. » Je n’y manquerai pas. « Après quoi, et sans entrer dans aucun détail ni éclaircissement, vous vous retirerez, vous sortirez du palais, vous vous tiendrez soigneusement caché. » Tout cela sera scrupuleusement exécuté. « Et demain au point du jour, si vous voyez le pavillon royal flotter sur les tours de Christianborg, parcourez la ville avec tous les amis dont vous pourrez disposer, en criant : Vive le roi ! » C’est dit. « Déchirez sur-le-champ ce billet. » (Le déchirant.) C’est fait.

MARTHE et JEAN.

Eh bien ! qu’y a-t-il ?

RATON.

Taisez-vous, femme ! taisez-vous ! les secrets d’état ne vous regardent pas ; qu’il vous suffise d’apprendre que je sais ce que j’ai à faire. Voyons un peu… (Prenant le papier cacheté.) « À Raton de Burkenstaff, pour remettre au général Koller. »

MARTHE.

Koller !

RATON, cherchant.

Qu’est-ce que c’est que ça ? (Se rappelant.) Ah ! je sais… un des nôtres dont la reine nous parlait ce matin… tu ne te rappelles pas ?

MARTHE.

Si vraiment !

RATON.

Il l’aura bientôt, c’est convenu. Quant à nous, mes enfants, ce qui nous reste à exécuter, c’est de sortir d’ici sans bruit, de nous tenir cachés toute la soirée.

MARTHE.

Ypenses-tu ?

RATON.

Silence donc ! c’est dans notre plan. (À Jean.) Toi, pendant la nuit, tu rassembleras les matelots norwégiens dont tu nous parlais tout-à-l’heure ; tu leur donneras de l’or, beaucoup d’or ; on me le rendra… en honneurs et en dignités… et puis vous viendrez tous me trouver avant le point du jour, et alors…

MARTHE.

Cela sauvera-t-il mon fils ?

RATON.

Belle demande !… Oui, femme, oui, cela le sauvera… et je serai conseiller, et j’aurai une belle place, et Jean aussi… une petite.

JEAN.

Laquelle ?

RATON.

Je te promets quelque chose. Mais nous perdons là un temps précieux, et j’ai tant d’affaires en tête ! Quand il faut penser à tout, par où commencer ? Ah ! cette lettre à M. Koller, c’est par-là d’abord qu’il faut. Venez, suivez-moi.

(Jean et Marthe vont pour sortir par la porte à gauche ; Koller parait à la porte du fond ; Raton s’arrête au milieu du théâtre.)

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