‹ Bibliographie Cornélienne Description raisonnée de toutes les éditions des oeuvres de Pierre CorneilleChapitre 1 sur 205 · I

I

1. MELITE, || OV || LES FAVSSES || LETTRES. || Piece Comique. || _A Paris, || Chez François Targa, au premier || pillier de la grande Salle du Palais, deuant || les Consultations, au Soleil d'or._ || M. DC. XXXIII [1633]. || Avec Priuilege du Roy. In-4 de 6 ff., 150 pp. et 1 f. blanc.

Les feuillets prélim. comprennent: 1 f. de titre; 3 ff. pour la dédicace à M. de Liancour, l'avis _Au Lecteur_ et l'_Argument_; 2 ff. pour le _Privilége_ et les noms des _Acteurs_.

Le privilége, daté de Saint-Germain en Laye, le dernier jour de janvier 1633, porte: «Nostre bien amé François Targa, Marchand Libraire de nostre bonne ville de Paris, nous a fait remontrer qu'il a nouvellement recouvré un Livre intitulé _Melite, ou les fausses Lettres, Piece comique_, faicte par Me Pierre Corneille, Advocat en nostre Cour de Parlement de Rouen, qu'il desireroit faire imprimer et mettre en vente, etc.» Le privilége lui est accordé pour dix ans consécutifs, «à compter du jour et datte qu'il sera achevé d'imprimer». On lit à la fin: _Acheué d'imprimer pour la premiere fois, le douziéme iour de Feburier mil six cens trente-trois_.

Tous les biographes de Corneille ont raconté comment il composa _Mélite_, en souvenir d'une aventure galante dont il avait été le héros. Une mention insérée dans un manuscrit de la Bibliothèque de Caen, _le Moréri des Normands_ par Joseph-André Guiot de Rouen, nous a fait connaître le nom véritable de _Mélite_. C'était une demoiselle Millet, qui demeurait, ainsi que nous l'apprend M. Gaillard, rue aux Juifs, no 15. L'abbé Granet, qui avait fait de longues recherches sur Corneille, désigne, il est vrai, l'héroïne de _Mélite_ sous le nom de Mme Dupont, et l'on a supposé, pour concilier les deux versions, que la jeune fille, qui avait d'abord montré une préférence pour Corneille, avait épousé, par la suite, un autre que lui. Les documents retrouvés par M. Gosselin ne permettent pas de s'arrêter à cette hypothèse. «Au moment du mariage de Pierre Corneille, la dame Dupont se trouvait veuve de Thomas Dupont, conseiller-correcteur à la Chambre des Comptes de Rouen, et son nom était Marie Courant. Cela résulte d'un arrêt du Parlement, du 11 août 1639, qui statuait sur une difficulté née antérieurement entre les frères Thomas, Jacques et Guillaume Dupont, et sur laquelle un premier arrêt était déjà intervenu le 26 juin 1638. A cette date, Thomas Dupont vivait encore, et, circonstance assez curieuse, il avait choisi pour son procureur François Corneille, oncle de l'ami de sa femme et le sien aussi sans doute.» (_Particularités de la vie judiciaire de Corneille_, par E. Gosselin; Rouen, 1865, in-8, p. 15.) Si l'on admet l'authenticité du récit relatif à _Mélite_, il faut donc tout au moins distinguer Mlle Millet de Mme Dupont.

Pour ne pas nous éloigner de l'ordre suivi par les éditeurs de Corneille et par Corneille lui-même, nous faisons figurer _Mélite_ en tête de ses oeuvres, bien qu'elle n'ait été imprimée qu'après _Clitandre_. Cette première pièce fut représentée par la troupe de Mondory, la seule qu'il y eût alors à Paris. L'époque de la représentation n'a pu être jusqu'ici exactement déterminée. L'opinion la plus probable la place à la fin de l'année 1629 ou au commencement de l'année 1630. Le succès confirma la vocation dramatique de Corneille.

Quelques exemplaires de l'édition originale présentent des corrections qui indiquent de légers remaniements pendant le tirage. La faute d'impression 9[3](3 à l'envers) au lieu de 63, qui se remarque dans la pagination des premiers exemplaires, a disparu des seconds; on a, de plus, introduit en manchette, p. 101, après le vers:

_Si proches du logis, il vaut mieux l'y porter,_

l'indication d'un jeu de scène: _Cliton et la Nourrice emportent Mélite pasmée en son logis, ou Cloris les suit appuyée sur Lisis_. Par contre, on a laissé subsister les fautes _Episrte_ pour _Epistre_, au titre courant de la p. v, et 79 pour 97 dans la pagination. Les deux tirages se trouvent à la Bibliothèque nationale: le premier y est porté Y. 5801, le second Y. 5801 + A.

Il existe, sous la date de 1633, une édition de _Mélite_ dans le format in-8, que M. Brunet et M. Frère ont rangée, sans l'avoir vue, parmi les éditions originales de Corneille. Nous avons eu l'occasion de l'examiner, et nous avons reconnu que c'est une simple contrefaçon. On en trouvera la description ci-après, en tête de notre chapitre VII. C'est probablement cette édition qui est citée au Catalogue Pompadour (no 890), avec la mention: _Paris_, _Targa_, 1633, in-12.