‹ Bibliographie Cornélienne Description raisonnée de toutes les éditions des oeuvres de Pierre CorneilleChapitre 132 sur 205 · L.

L.

956. CINNA, OF GOEDERTIERENHEID VAN AUGUSTUS, Treurspel. _Te Amsterdam, gedrukt voor het Kunstgenootschap, en te bekomen by de Erven van J. Lescailje._ Met Privilegie, 1707. Pet. in-8.

Troisième édition de la traduction de Pels. Van Lennep n'a pas vu les éditions antérieures, mais il en a soupçonné l'existence.

957. CINNA, OF GOEDERTIERENHEID VAN AUGUSTUS. Treurspél. De tweede Druk, mérkelyk verbéterd. _Te Amsterdam, Gedrukt voor het Kunstgenootschap, én te bekomen by de Erven van J. Lescailje._ Met Privilegie. 1716. Pet. in-8 de 6 ff. et 67 pp.

Les feuillets prélim. contiennent 1 fig. signée _Erlinger_, au bas de laquelle se trouve le titre de la tragédie; 1 f. de titre; 1 f. pour le privilége et 3 ff. pour une dédicace à Gérard de Papenbroek, et les noms des personnages. La figure représente les conjurés se jetant aux pieds d'Auguste.

Nouvelle édition corrigée de la traduction de Pels. C'est la quatrième et non la seconde, comme l'indique le titre.

«Gérard de Papenbroek, dont la dédicace fait un pompeux éloge, avait été échevin de la ville d'Amsterdam; il se fit connaître par la protection qu'il accorda aux savants et aux artistes. Il enrichit de ses dons le consistoire de l'Église réformée et l'athénée de la ville.» V. L.

958. CINNA, Treurspel. Uit het Fransch van de Heer Corneille. _Te Amsterdam, by Pieter Rotterdam, Boekverkooper, op de Vygendam, 1720._ Pet. in-8 de 70 pp.

Cinquième édition de la traduction précédente.

Le privilège, accordé à _Albert Magnus_, à la date du 19 octobre 1713, et cédé à Pierre Rotterdam le 18 septembre 1714, est relatif aux oeuvres d'André Pels.

959. CINNA, OF GOEDERTIERENHEID VAN AUGUSTUS. Treurspél. _Te Amsteldam, by Isaak Duim, Boekdrukker en Boekverkooper, bezuiden het Stadhuis._ Met Privilegie, 1736. Pet. in-8 de 6 ff. et 67 pp., fig.

Les 6 feuillets prélim. comprennent la figure, le titre, un privilège daté du 27 mai 1728, la dédicace à Gérard de Papenbroek, et les noms des acteurs.

Sixième édition de la traduction de Pels; elle n'est pas citée par Van Lennep.

960. CINNA, Treurspel. (Na Corneille.) Door Mr Wm Bilderdijk. _Te Amsterdam, bij Immerzeel en Comp._ M.DCCC.IX [1809]. In-8 de 11 ff. prél. (y compris le titre gravé) et 102 pp.

Cette pièce forme la première partie du t. IIIe des tragédies (_Treurspelen_) de Bilderdijk. Elle est précédée d'une épître dédicatoire au roi Louis et d'un avant-propos.

«Guillaume Bilderdijk, né le 7 septembre 1756, mort le 18 décembre 1831, a été le plus illustre poëte que la Hollande ait produit depuis Vondel. Pour l'imagination, il a eu parmi ses compatriotes peu de rivaux; pour la facilité, il n'a pas eu son pareil. Il a traité tous les genres avec un rare bonheur. Dans ses oeuvres poétiques (dont le libraire _Kruseman_ a donné en 1856-59 une nouvelle édition en 16 volumes), on ne sait ce qu'on doit le plus admirer, la beauté des images et de la diction, ou l'immense savoir du poëte, qui montre toujours qu'il connaît à fond la matière qu'il traite. Bilderdijk, en effet, était non-seulement un littérateur érudit, mais un jurisconsulte distingué, familier avec la plupart des langues de l'Europe, avec le latin, le grec, l'hébreu et divers autres idiomes orientaux; distingué par de profondes connaissances en médecine, il dessinait et gravait lui-même les vignettes qui ornaient ses ouvrages. Outre ses poésies, il a publié divers travaux historiques et linguistiques, un traité de perspective, etc.

«Dans sa dédicace, Bilderdijk se plaint en vers magnifiques de la faiblesse de son talent qui l'empêchera de faire sentir les beautés de l'original, et plus encore de ce que le siècle actuel ne produit plus de grands hommes comme Corneille; mais il se dit soutenu par l'espoir que, sous les auspices d'un roi, protecteur des belles-lettres, la terre batave verra naître une époque fertile en génies, comme le siècle d'Auguste.

«Dans la préface, il raconte, en premier lieu, comment le roi, pénétré de la décadence du théâtre, et désirant relever le goût de la nation pour la poésie dramatique, avait exigé de lui une traduction nouvelle de la pièce de Corneille. Le public, poursuit-il, jugera s'il a rempli la tâche qui lui était donnée et s'il s'est pénétré de l'esprit de son devancier. Il doit cependant appeler l'attention du lecteur sur un ou deux points que, pour bien apprécier Corneille, l'on ne saurait négliger. «A l'époque où écrivait Corneille, dit-il, cette délicatesse de sentiments, cette pureté d'expression, cette élégance raffinée, en un mot, qui depuis caractérise les écrivains français, était encore dans l'enfance. Corneille était noble, sublime, parfois divin, et quel vrai poëte peut manquer de l'être? mais il l'était par lui-même et parce qu'il était pénétré de l'esprit (plus que de la manière de dire) des anciens. Il ne pouvait cependant se soustraire à l'influence d'un siècle qui était au-dessous de lui et qu'il avait encore à relever. Il s'ensuit que parfois, s'accommodant au style oratoire de son époque, il se sert d'images moins bien placées dans la bouche des personnages qu'il fait parler, ou peu en harmonie avec la matière qu'il traite.

«Par la même raison, il approche parfois un peu trop, si ce n'est du style, au moins du ton de la comédie. Je cite comme un exemple du premier de ces défauts le passage où Émilie, qui, d'après ce qu'exigent les règles de la bienséance actuelle, devrait conserver dans toutes ses paroles cette réserve de jeune fille qui n'est que la pudeur portée au plus haut degré, où Émilie, dis-je, s'attribue, pour ainsi dire, des enfants:

Enfants impétueux de mon ressentiment, Que ma douleur séduite embrasse aveuglément.

«De même Auguste se sert d'une expression impropre, quand il dit:

Je vois trop que vos coeurs n'ont point pour moi de fard.

«Les lecteurs sagaces trouveront aisément chez Corneille de ces fautes dont Racine est presque toujours exempt, et nous n'en accusons pas le grand poëte, mais l'état de la poésie à l'époque où il vivait; elles ne déparent pas ses lauriers, mais ne doivent point être données aux commençants comme des exemples à suivre.

«Je citerai, parmi les passages où Corneille s'écarte du ton de la tragédie, les réponses d'Euphorbe à Maxime (act. IIIe, scène Ire), et celle de Maxime à Cinna, dont la tournure est absolument celle de la comédie; les vers suivants, par exemple:

C'est ce qu'à dire vrai je vois fort difficile. L'artifice pourtant vous y peut être utile; Il en faut trouver un qui la puisse abuser; Et du reste le temps en pourra disposer.... Vous pourriez m'opposer tant et de tels obstacles, Que pour les surmonter il faudrait des miracles; J'espère toutefois qu'à force d'y rêver, etc.

sont de la comédie toute pure.» «Après avoir dit quelques mots du mérite de la pièce de Corneille, Bilderdijk continue ainsi:

«Lorsque Voltaire attaqua le monologue d'Émilie qui commence la pièce, le qualifia de long et d'inutile, et ne l'attribua qu'à la complaisance du poëte envers les acteurs désireux de briller dans un long discours, il trouva de nombreux échos. Il n'a pas tout à fait tort peut-étre dans les raisons qu'il avance, mais il oublie ce que la tragédie était du temps de Corneille; il oublie que c'est grâce à lui, et grâce à Racine après lui, que la déclamation d'apparat du théâtre latin fit place à des expressions partant du coeur et à un goût se modelant sur celui des Grecs. En condamnant les monologues, Voltaire oublie que la tragédie ne doit pas uniquement représenter l'action qui en forme le noeud, mais aussi les ressorts dont elle résulte, et pour ainsi dire sa conception dans le coeur humain. Les personnages ne doivent pas seulement agir et parler, mais sentir, penser et souffrir; et quelquefois le spectateur, pour trouver dans la pièce des enseignements et une nourriture pour son coeur, doit apprendre à connaître celui qui paraît en scène, non par un dialogue, où malgré toute la confiance qu'il accorde à son interlocuteur, quelque réticence est nécessaire ou probable, mais tel qu'il parle lorsqu'il se montre comme il est, lorsqu'il préfère lire dans son propre coeur. Pour faire voir que le monologue d'Émilie est loin d'être inutile, il suffit de remarquer qu'aussitôt qu'on le supprime, la conversation d'Émilie avec sa confidente paraît sous un tout autre jour, et que son caractère prend quelque chose d'odieux, ce qui n'a pas lieu lorsque son monologue nous a appris à connaître ses vrais sentiments. C'est ce monologue qui nous montre, qu'en suivant l'impulsion de ce qu'elle croit son devoir, elle agit en dépit d'elle-même; que lorsqu'elle donne à Flavie des réponses aussi positives, aussi acerbes, aussi peu conformes à son sexe, elle a refoulé dans son coeur tout sentiment plus doux: c'est ce monologue qui nous prépare à entendre avec indulgence ce qui, sans cela, exciterait chez nous la répugnance et l'indignation. On aime à voir un esprit altier chez une princesse que son âge, sa position et une longue habitude de la domination ont élevée au-dessus de son sexe, et chez laquelle le doute timide d'une jeune fille serait déplacé; mais le front virginal qui ne rougit pas, le jeune coeur qui ne tremble pas à l'idée d'un assassinat, la jeune fille qui ne doit pas mille fois s'enhardir et se cuirasser avant de se résoudre et de soutenir sa résolution même contre la plus légère objection, nous fait horreur. Il serait même à désirer que l'hésitation d'Émilie n'eût pas été attribuée uniquement aux craintes qu'elle ressent pour son amant, et qu'une secrète reconnaissance pour les bienfaits d'Auguste, même quelque aversion pour l'action elle-même qu'elle contemple, y eussent quelque part. Mais le génie de Corneille se plaisait à créer des caractères audacieux et gigantesques, et il faut bien entrer dans le monde où il vit quand on veut sentir ses beautés.

«Mais non-seulement le monologue était nécessaire: il est amené tout naturellement. Qu'y a-t-il de plus naturel, en effet, au moment où l'on va prendre une résolution suprême contre laquelle le coeur se débat, que ce besoin de s'occuper à chaque instant de soi-même, de considérer sous toutes ses faces le projet qu'on va former, tantôt de reculer d'effroi, pour se forger l'instant d'après des prétextes plausibles de se précipiter à corps perdu dans l'exécution? C'est ainsi qu'à coup sûr on doit se représenter la situation d'un conspirateur, même alors que les considérations personnelles de reconnaissance et de relation intime ne subsistent pas.

«On a cependant, dans les derniers temps, supprimé ce monologue à la représentation. On a agi de même avec la prophétie de Livie au cinquième acte, qui manque même dans la traduction de _Nil Volentibus_. Personne, à ce qu'il paraît, n'a senti que par cette omission le spectateur ne peut être satisfait qu'à demi. Malheureux aristarques, vous voulez toujours en savoir plus que le poëte, sans songer que lorsqu'il s'abandonne au torrent impétueux de ses sensations profondes, il arrive toujours à bon port comme y arrive toute chose qui suit l'impulsion que la nature lui imprime! «La pièce, dites-vous, n'est-elle donc pas finie, lorsque la conjuration a avorté, lorsque et Cinna, et Émilie, et Maxime sont sauvés?»--Non, mes amis, elle n'est pas finie. Car ce n'est pas le sort de Cinna, d'Émilie, qui tient notre âme en suspens: c'est celui d'Auguste. Auguste périra-t-il ou régnera-t-il en paix? Voilà le problème qui nous est soumis, et qui n'est pas résolu. On prévoit déjà vers le commencement, on est sûr dès le commencement du quatrième acte que la conjuration de Cinna ne réussira pas; mais ce qu'on ne sait pas et ce que nous tenons à savoir, c'est si l'homme, qui captive de plus en plus notre coeur et qui va échapper à la onzième tentative d'assassinat, n'aura plus rien à craindre d'entreprises pareilles. Plus la bonté dont il fait preuve en pardonnant à ses assassins est touchante, plus il montre de noblesse dans la manière dont il pardonne, plus nous formons le voeu que cette bonté lui soit à la fin salutaire. «Que le conseil de Livie ne te soit pas fatal!» Ce voeu, le poëte l'a pressenti, il l'a lu dans le coeur du spectateur, et il a eu soin d'y répondre. Oui, Livie, dont les conseils ont gouverné, ont guidé, ont convaincu Auguste; Livie à laquelle il doit cette grandeur d'âme qui nous ravit; Livie, dont les avis paraissaient empruntés à la divinité; Livie est mue par une inspiration prophétique, et elle annonce à son époux la fin de ses terreurs et de son incertitude, un règne désormais calme et prospère sur un peuple qui l'adore. Y a-t-il quelque âme assez froide pour vouloir se passer de cette prophétie, je ne lui envie pas sa tiédeur, mais, pour moi, j'admire le poëte de ce que, dans les vingt-quatre vers dont elle est composée, il a su donner à sa tragédie une perfection qui, sans cela, lui aurait manqué. J'exige seulement qu'Auguste, dans la joie que lui cause la perspective qui lui est ouverte, rende grâces de son bonheur à celle dont les conseils l'y ont conduit. Corneille a-t-il pu négliger de lui faire exprimer sa gratitude envers Livie? ou bien devons-nous la lire dans ce vers:

Ainsi toujours les dieux daignent nous inspirer.

«Je le voudrais, pour l'honneur du poëte. Quoi qu'il en soit, j'ai mis dans sa bouche ce que sentait mon coeur, et celui qui trouve oiseux les quatre vers que j'y ai consacrés, est libre de les supprimer.»

«La traduction de Bilderdijk, bien supérieure à celle de Pels, a remplacé celle-ci au théâtre, où elle jouira de la faveur publique toutes les fois qu'elle trouvera de bons interprètes.» V. L.

961. CINNA, Treurspel. (Na Corneille.) Door Mr Wm Bilderdijk. _Te Leyden, by L. Herdingk en Zoon._ M.DCCC.XXIV [1824]. In-12 de 68 pp. et 1 f.

La traduction de Bilderdijk a été, en outre, réimprimée en 1852, dans le _Klassiek Pantheon_, no 47, in-16.