‹ Bibliographie Cornélienne Description raisonnée de toutes les éditions des oeuvres de Pierre CorneilleChapitre 135 sur 205 · XIV

XIV

971. DE LOOGHENAAR, Blyspel.

_Lodewjk Meyers Tooneelpoëzy_; t'Amsterdam, by Jacob Lescaille, 1658, in-4.

Traduction en vers du _Menteur_, par Louis Meyer, poëte assez estimé du XVIIe siècle. Elle est précédée d'une épître dédicatoire dont voici la traduction:

«A Madame, Madame Anne de Hoorn, épouse du noble et très-vénérable seigneur Messire Corneille de Hooswyck, seigneur de Hooswyck, Diemerbrock et Papekop, Bourgmestre et Conseiller de la ville d'Amsterdam.

«Madame, un étranger ose se jeter à vos pieds pour implorer votre protection, tout indigne qu'il se reconnaisse d'obtenir cette haute faveur. C'est un _Menteur_, né en Espagne, et qui, ayant traversé la France, a l'intention de voir aussi les Pays-Bas. A son arrivée à Paris, il a été accueilli si favorablement que, non-seulement il n'a pas regretté d'avoir quitté sa patrie et d'avoir appris une langue autre que la sienne propre, mais que l'audace lui est venue de s'embarquer pour la Hollande, où, tout en parlant français, il a su charmer tous les gens de goût par son esprit; ce succès lui a donné le courage de plier sa langue à parler aussi notre idiome. Il y a près de six ans qu'il l'a appris par mes soins, et l'expérience lui ayant démontré que lors de sa venue en France il avait bien fait d'échanger ses moeurs et son nom espagnols contre ceux de la France, il a suivi le conseil que je lui ai donné d'élire domicile à la Haye, de prendre un nom hollandais et de conformer sa façon de parler et d'agir à celle qui est en vogue chez nous, afin d'être par là mieux reçu de nos concitoyens. Et maintenant, sur le point de quitter le foyer de son précepteur, il n'ose se hasarder en plein air, s'il ne lui est permis de s'abriter sous les ailes de Votre Seigneurie, laquelle, connaissant à fond la langue française, saura saisir le sens de ses paroles, lorsque, par ci, par là, il lui échappera quelque solécisme. Le jugement sagace de Votre Seigneurie, qui mesure aux bonnes choses les éloges qui leur sont dus et qui ne se laisse point séduire par les mauvaises, toutes fardées qu'elles soient, saura discerner les endroits où il s'écarte de l'esprit et de la gentillesse française et ceux où il a su en approcher. Et quoiqu'il tire son plus grand lustre d'un vice haï de tout le monde et qui le rend indigne de toute faveur, il s'est pourtant mis dans la tête qu'il suffisait de s'orner de l'éclat de votre nom pour obtenir l'estime des Hollandais. Quant à moi, tout en reconnaissant la témérité d'une conduite aussi arrogante, je ne regrette pas de la lui avoir inspirée. Si votre bienveillance pour les Muses et pour ceux qui les cultivent daigne consentir à lui offrir l'asile qu'il réclame, il ne saurait s'y réfugier qu'en présentant en même temps à Votre Seigneurie l'hommage de mon profond respect, et qu'en me fournissant l'occasion de remercier Votre Seigneurie des nombreuses faveurs qu'elle accorde à nos Muses scéniques en leur faisant l'honneur de sa présence, et de lui témoigner la vive reconnaissance que je ressens pour les bontés dont Elle m'a comblé, et dont jamais la mémoire ne périra dans mon coeur. J'aurais bien aimé témoigner ma gratitude en offrant à Votre Seigneurie un sujet noble auquel ma Muse espère donner le jour; mais, comme son fruit n'est point encore à terme, et que je me flatte que l'oeuvre à laquelle deux esprits aussi éminents que Lopez de Vega et Corneille ont travaillé, n'aura pas été tout à fait gâtée par la traduction, je n'ai pas voulu attendre plus longtemps pour vous faire connaître l'ardeur de mon coeur reconnaissant, espérant que Votre Seigneurie daignera jeter un regard de bonté sur ce que je me permets de lui offrir, et me permettra de me nommer,

«Madame, de Votre Seigneurie, le très-humble, très-obligé et très-dévoué serviteur,

«L. MEYER.

«Anne de Hoorn appartenait à une famille patricienne d'Amsterdam, qui compte encore aujourd'hui plusieurs rejetons. C'était une femme d'un haut mérite, très-versée dans les littératures nationale et étrangère. Elle protégeait les gens de lettres, surtout Vondel, qui, dans des temps malheureux, fut tiré par elle de l'indigence.

«La dédicace est suivie d'un couplet adressé _aux Lecteurs_, et dont voici le sens:

«Tout homme qui aime à entendre mentir avec esprit et tromper père, maîtresses, amis et valets, doit faire connaissance avec ce Menteur-ci; mais qu'il se garde d'en suivre l'exemple, à moins qu'il ne soit certain d'être né sous la même planète.» V. L.

972. DE LOOGENAAR, Blyspel. De lastste druk. _T'Amsterdam, by de Erfgenamen van J. Lescailje en D. Rank, 1721._ Pet. in-8.

«Édition revue et corrigée, dans laquelle tous les personnages portent d'autres noms que dans la première édition. Il est presque certain qu'elle avait été précédée d'une autre édition séparée; mais nous n'avons pu la découvrir.

«L'épître dédicatoire nous a déjà appris que le traducteur a transporté la scène de Paris à la Haye, et en général il a adapté avec assez de bonheur les situations et le dialogue au nouveau cadre qu'il a choisi. Les vers de Meyer, sans être des meilleurs, coulent avec assez de facilité, et, si la traduction n'est pas assez bonne pour satisfaire le lecteur qui connaît l'original, elle n'est pas assez mauvaise pour nuire à l'effet que la pièce a pu produire sur la scène.

«Après l'inauguration du nouveau théâtre d'Amsterdam, en 1774, le _Menteur_ ne parut plus sur l'affiche.» V. L.

Les vers de Huygens, dont nous avons parlé ci-dessus, attestent en même temps que cette traduction le succès que le _Menteur_ eut en Hollande. Voy. le no 318.