XIV
35. LE MENTEVR, || Comedie. || _Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez || Antoine de Sommauille, || en la Gallerie des Merciers, || à l'Escu de France. || Au || Palais || Et || Augustin Courbé, en la mesme || Gallerie, à la Palme._ || M. DC. XLIV [1644]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 4 ff. prélim., 136 pp. et 1 f.
Collation des feuillets prél.: titre, avec le fleuron de _Laurens Maurry_ et les initiales L. M.; 3 ff. pour la dédicace et les noms des _Acteurs_. M. Brunet indique un front. gravé que nous n'avons jamais rencontré.
Le privilége, qui occupe le dernier f., est accordé à Corneille pour _la Mort de Pompée_ et _le Menteur_, à la date du 22 janvier 1644; il est d'une durée de dix ans. On lit à la fin: _Acheué d'imprimer pour la premiere fois, à Roüen, par Laurens Maurry, le dernier d'Octobre 1644._ Il n'est pas fait mention de la cession du privilége aux libraires.
Après avoir emprunté aux Espagnols le sujet du _Cid_, Corneille leur emprunta le sujet de sa première comédie sérieuse. _La Verdad sospechosa_, qui lui servit de modèle, parut en 1630 sous le nom de Lope de Vega (_Parte veynte y dos de las Comedias del Fenix de España, Frey Lope Felix de Vega Carpio_; Çaragoça, Pedro Verges, 1630, in-4), mais elle fut revendiquée en 1630, par son véritable auteur, D. Juan de Alarcon. (_Parte segunda de las Comedias del licenciado Don Juan Ruyz de Alarcon y Mendoça_; Barcelona, Sebastian de Cormellas, 1634, in-4.) C'est de cette pièce, dont on trouvera facilement le texte dans les _Comedias escogidas de Don Juan Ruiz de Alarcon y Mendoza_; Madrid, Ortega y Compañia, 1826-29, 2 vol. in-8, t. Ier, dans les _Comedias escogidas de Don Juan Ruiz de Alarcon_; _edicion de la real Academia española_; Madrid, 1867, 3 vol. in-8, t. IIIe, et dans le _Tesoro del Teatro español, desde su orígen hasta nuestros dias, arreglado y dividido en cuatro partes, por D. Eugenio de Ochoa_; Paris, Baudry, 1838, 5 vol. in-8, t. IVe, que Corneille a tiré les traits principaux du _Menteur_; il ne fait point difficulté de le reconnaître, et il ajoute dans l'_Examen_ joint à la comédie en 1660, «qu'il voudrait avoir donné les deux plus belles pièces qu'il ait faites et que ce sujet fût de son invention.» M. Marty-Laveaux a donné place dans son édition de Corneille (t. IVe, pp. 241-273) à une intéressante étude de M. Viguier, sur l'original espagnol et sur l'imitation française. On peut y suivre, scène par scène, les deux comédies, et s'y rendre compte de tous les détails que Corneille a dû modifier, tant pour accommoder son modèle au goût du temps que pour rester fidèle aux règles qu'il s'était prescrites. L'avantage n'est pas toujours pour Corneille, moins libre dans ses allures que l'écrivain espagnol, mais le poëte français l'emporte par la précision et l'élégance. On ne peut donc que négliger des critiques superficielles comme celles d'un auteur allemand, dont M. Viguier a pris la peine de relever les erreurs. Dans un accès de gallophobie, M. Ad. Fréd. de Schack (_Geschichte der dramatischen Literatur und Kunst in Spanien_; Berlin, 1845-1846, 3 vol. in-8, t. IIe, pp. 430 et 625) a pris plaisir à célébrer les poëtes espagnols aux dépens du _Cid_ et du _Menteur_, mais toutes ses études sur le théâtre espagnol ne lui ont même pas appris à quelle époque écrivait au juste Diamante!
Le _Menteur_ fut représenté au Marais en 1643. Dans une de ses lettres à Corneille, Balzac, s'il ne témoigne pas encore du succès qu'obtint la nouvelle comédie, semble tout au moins indiquer qu'on en parlait déjà dans le public: «Vous serez Aristophane, quand il vous plaira, lui dit-il, comme vous estes déjà Sophocle (_Lettres choisies du sieur de Balzac_; Paris, 1647, in-8, 2e partie, p. 535, lettre du 10 février 1643; _OEuvres de Corneille_, éd. Marty-Laveaux, t. Xe, pp. 442 sqq).» Le Registre de Lagrange nous apprend que la troupe de Molière en donna 3 représentations en 1659. _Le Menteur_ occupait alors une soirée à lui seul; mais, le vendredi 14 novembre de cette année, il ne rapporta aux comédiens que 70 livres, soit 3 livres 3 sols pour chacun des membres de la troupe. Il fut dès lors établi qu'il ne suffisait plus pour «faire la recette». Molière, qui jouait volontiers les oeuvres de Corneille et qui appréciait sans doute _le Menteur_, ne renonça pourtant pas à le jouer, mais il l'accompagna d'une seconde pièce: _le Cocu imaginaire_, _l'École des Maris_, etc. Le Registre de Lagrange mentionne 18 représentations de 1660 à 1666.
La distribution du _Menteur_ indiquée par le Manuscrit du Dauphin, au commencement de 1685, est la suivante:
DAMOISELLES.
Lucresse: _Poisson_. Clarice: _Raisin_. Sabine: _Beauval_. Isabelle: _Guiot_.
HOMMES.
Lisandre [Dorante]: _La Grange_. Cliton: _Poisson_. Artabaze [Alcippe]: _Brecourt_. Philisse [Philiste]: _de Villiers_. Le Pere [Geronte]: _Chanmeslé_. Dueliste [Lycas]: _Beauval_.
Parmi les actrices qui jouèrent _le Menteur_, Dangeau (_Journal_, t. XIe, p. 306) fait figurer la duchesse du Maine qui, le lundi 21 février 1707, donna, dit-il, à Clagny, une représentation de cette pièce à laquelle assista la duchesse de Bourgogne. Il est vrai que, d'après _le Mercure_, ce ne serait pas le _Menteur_, mais _les Importuns_ de Malézieux, que la duchesse du Maine aurait joué à cette occasion.
Les deux artistes qui, de notre temps, se sont le plus distingués dans le rôle du _Menteur_ sont Firmin (m. en 1859) et M. Delaunay.
De 1680 à 1870, la Comédie-Française a donné 616 représentations du _Menteur_, savoir: sous Louis XIV: à la ville, 169; à la cour, 13;--sous Louis XV: à la ville, 161; à la cour, 15;--sous Louis XVI: à la ville, 28, à la cour, 6;--sous la Révolution: 8;--sous le Directoire, le Consulat et l'Empire: à la ville, 74, à la cour, 2;--sous la Restauration: 30;--sous Louis-Philippe: 51;--sous la seconde République: 5; sous le second Empire: 54.
Vendu: 30 fr. mar. v. (_Duru_), Giraud, 1855 (no 1637).
36. LE || MENTEVR, || Comedie. || _Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez || Antoine de Somma- || uille, en la Gallerie || des Merciers, à l'Escu || de France. || Au || Palais || Et || Augustin Courbé, en la mesme Gallerie, || à la Palme._ || M. DC. XLIV [1644]. Auec Priuilege du Roy. In-12 de 4 ff. et 91 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre; 2 ff. pour l'_Epistre_; 1 f. pour le _Privilége_ et les noms des _Acteurs_. Le privilége, qui n'est rapporté ici que par extrait, est le même que dans l'édition in-4; il est suivi du même achevé d'imprimer.
Cette édition fait partie du recueil de 1647.
37. LE || MENTEVR, || Comedie. || Par le Sieur Corneille. || _A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, au Palais, en la || Gallerie des Merciers, sous la montée de || la Cour des Aydes._ || M. DC. LIII [1653]. In-4 de 2 ff et 124 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre; 1 f. pour l'_Epistre_.
Nous avons vu deux exemplaires tout à fait semblables de cette édition, l'un à la Bibliothèque Cousin, l'autre à la Bibliothèque Mazarine; ils n'ont bien tous deux que 2 ff. prélim., c'est-à-dire qu'ils ne contiennent ni le _Privilége_ ni les _Acteurs_. Il est vrai que le privilége n'est pas annoncé sur le titre.
38. LE || MENTEVR, || Comedie. || _A Roüen, Et se vend || A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, Libraire Iuré, au Palais, en la Gallerie des Merciers, à la Iustice_, [ou _Chez Thomas Iolly, au Palais, dans la || petite Salle, à la Palme, & aux Armes de Hollande_; ou _Chez Loüis Billaine, au second Pillier de la grand Salle du Palais, à la Palme & au grand Cesar_]. || M. DC. LXIV [1664]. || Auec Priuilege du Roy. In-12 de 2 (?) ff. et 92 pp.
Collation des feuillets prélimin.: titre; 1 f. pour l'_Extrait du Privilége_ et les _Acteurs_.
Le privilége, daté de janvier 1653, est donné à Corneille lui-même pour neuf années. Corneille déclare y associer _Augustin Courbé_ et _Guillaume de Luyne_, et _Courbé_ fait cession de sa part à _Thomas Jolly_ et à _Louis Billaine_. On lit à la fin: _Acheué d'imprimer pour la premiere fois, [en] vertu du present Priuilege, le dernier d'Octobre 1660, à Roüen, par Laurens Maurry_.
L'exemplaire de la Bibliothèque Cousin, le seul de cette édition que nous ayons eu entre les mains, n'a que deux feuillets prélim. Il est au nom de _Jolly_. Nous avons complété l'adresse des autres libraires sur l'édition de _Cinna_ de 1664 (no 24).
39. LE MENTEUR, Comedie. Par P. Corneille. _A Paris, Au Palais, Chez Guillaume de Luyne, dans la Salle des Merciers sous la montée de la Cour des Aydes à la Justice. Estienne Loyson, au premier Pillier de la Grand'Salle proche les Consultations au Nom de Jesus. Pierre Traboüillet, dans la Galerie des Prisonniers, à l'Image S. Hubert, & à la Fortune proche le Greffe des Eaux & Forests._ M. DC. LXXXII [1682]. Avec Privilege du Roy. In-12.
Nous avons la certitude que cette édition existe, bien qu'elle n'ait pas encore été citée. Elle doit compter 2 ff. et 84 pp. Voy. ci-dessus, no 25.